Audrey Gagnon, la mère de la petite Rosalie, a été condamnée à la prison à perpétuité. Elle devra purger un minimum de 14 ans avant de pouvoir présenter une demande de libération conditionnelle.
Audrey Gagnon, la mère de la petite Rosalie, a été condamnée à la prison à perpétuité. Elle devra purger un minimum de 14 ans avant de pouvoir présenter une demande de libération conditionnelle.

Audrey Gagnon plaide coupable du meurtre de sa fille Rosalie [VIDÉO]

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
«Coupable». D’une voix forte, un peu vacillante, Audrey Gagnon a reconnu avoir assassiné à coups de couteau sa fille Rosalie, deux ans, avant de l’abandonner dans une poubelle.

En plus du meurtre non prémédité, la jeune femme de 25 ans a aussi reconnu sa culpabilité à l’accusation d’outrage à un cadavre. Son procès devant jury, qui devait commencer le 7 avril, n’aura donc jamais lieu.

Audrey Gagnon a été condamnée à la prison à perpétuité. La Couronne et la défense recommandaient à la Cour supérieure d’imposer une période de 14 ans avant que la femme puisse faire une demande de libération conditionnelle. Audrey Gagnon est détenue depuis deux ans; elle pourra donc présenter une demande dans 12 ans.

Le chef d’accusation d’outrage au cadavre vaut à Gagnon une peine de cinq ans, qui sera purgée de façon concurrente.

Pour en arriver à faire cette suggestion, la Couronne et la défense ont considéré le jeune âge de la victime et sa vulnérabilité. Ils ont aussi tenu compte, comme facteurs aggravants du caractère «horrible et violent» du crime, a commenté le procureur de la Couronne MFrançois Godin. Le fait que le corps a été caché et la scène de crime nettoyée ont aussi pesé dans la balance.

Les antécédents judiciaires d’Audrey Gagnon viennent noircir le portrait. En 2014, la jeune femme a plaidé coupable à une accusation de voies de fait graves pour avoir donné sept coups de couteau à son conjoint de l’époque. Elle avait été condamnée à une peine de six mois de prison.

À titre de facteur atténuant, les parties retiennent qu’Audrey Gagnon souffre depuis déjà quelques années d’un trouble de personnalité du groupe B (qui inclut les personnalités antisociale, borderline, histrionique et narcissique). La jeune femme était suivie à l’hôpital de l’Enfant-Jésus. Elle a déjà fait plusieurs psychoses toxiques.

Au moment du meurtre, elle suivait un programme de sevrage avec de la méthadone. Son problème de polytoxicomanie allait semble-t-il mieux depuis la naissance de sa fille, en mars 2016. 

Enfant, Audrey Gagnon a été placée durant six ans en famille d’accueil parce que ses parents, toxicomanes, ne pouvaient en prendre soin. Elle a par la suite été recueillie par un membre de sa famille, qui en aurait abusé physiquement et psychologiquement. La jeune femme aurait un diagnostic de choc post-traumatique.

Elle a été expulsée du centre d’hébergement Marie-Rollet cinq jours avant le drame parce qu’elle aurait eu des comportements non conformes avec les règles de l’établissement. Sans ressource, avec sa fille, elle a finalement abouti chez un ami, avenue Gaspard à Charlesbourg.

Le juge Carl Thibault de la Cour supérieure a accepté la recommandation des parties, une peine, dit-il, en harmonie avec celles généralement imposées pour les meurtres au second degré dans des circonstances du même genre. Il a dit tenir compte du pénible parcours de vie de l’accusée. «Vous avez commis l’irréparable, vous avez enlevé la vie à votre enfant, à votre propre chair, a souligné le juge Thibault, en détachant chaque syllabe. En espérant qu’avec le temps, vous allez cicatriser vos plaies intérieures...»

Salle vide

Le plaidoyer de culpabilité s’est déroulé dans une salle d’audience presque complètement vide. Les médias avaient obtenu l’information seulement quelques minutes avant l’audience. La Couronne a contacté les quelques membres de la famille de la petite victime, dont l’oncle et la mère de l’accusée, qui ne souhaitait pas se faire entendre devant le tribunal. Le père de Rosalie est inconnu.

Lors d’un bref point de presse, les procureurs de la Couronne Me François Godin et Me Mélanie Dufour ont dit espérer que le dénouement du dossier judiciaire permettra aux proches «de tourner la page et de mettre un peu de baume sur leurs plaies».

Devant le tribunal, les avocats d’Audrey Gagnon, Me Marco Robert et Me Geneviève Bertrand, ont fait remarquer que dans le cas de leur cliente, le nécessaire filet de sécurité qui doit protéger les femmes et les enfants fragiles n’a jamais été déployé.

La défense avait déposé plusieurs requêtes pour dénoncer ce qu’elle qualifiait de violation par les policiers des droits de l’accusée, notamment une sur le respect du droit à l’avocat. Audrey Gagnon a en effet été arrêtée à 16h15 le 18 avril 2018 par l’unité des crimes majeurs de la police de Québec, mais n’a pu exercer son droit à l’avocat qu’à 19h30.

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