Rémy Bélanger de Beauport est une des cinq personnes blessées par l’homme qui a aussi tué avec un sabre deux résidents de Québec le soir de l’Halloween.
Rémy Bélanger de Beauport est une des cinq personnes blessées par l’homme qui a aussi tué avec un sabre deux résidents de Québec le soir de l’Halloween.

Attaque du Vieux-Québec: «Je n’ai jamais pensé qu’il allait me frapper»

Jean-François Néron
Jean-François Néron
Le Soleil
«Je vois ma main ouverte et à côté, mon index complètement séparé de ma main. Je me vois reprendre mon index et refermer ma main et me dire «peu importe ce qui arrive (…)»

Ces paroles sont de Rémy Bélanger de Beauport, artiste, violoncelliste-improvisateur. Il est une des cinq personnes blessées par l’homme qui a aussi tué avec un sabre deux résidents de Québec le soir de l’Halloween.

De l’hôpital où il prend du mieux 18 jours après la sauvage agression, M. Bélanger livre sur sa page Facebook un long et poignant récit de l’attaque. 

Le 31 octobre, il se rend dans le Vieux-Québec près d’où il demeure pour y faire une marche. Il emprunte la rue Saint-Jean jusqu’à la basilique-cathédrale Notre-Dame, puis il emprunte la rue du Trésor et se rend à la place d’Armes, face au Château Frontenac.

À 22h18, il prend une photo et l’envoie à un ami. Il range son téléphone et monte les marches qui mènent vers la voûte du Château. C’est à ce moment que le tueur arrive vers lui. Il porte alors un genre de chapeau, des pantalons «un peu spécial», une cape et tient un sabre dans sa main.

«Je pense que c’est un gars chaud d’Halloween qui va faire une blague de mauvais goût. Qu’il va faire semblant de te frapper juste pour t’écoeurer. Je n’ai jamais pensé qu’il allait me frapper», raconte M. Bélanger.

Mais le sabre est redescendu directement sur sa tête. Il est tombé, étourdi, mais n’a jamais perdu connaissance. «Qu’est-ce que tu fais là?» lui a-t-il lancé, sans songer à riposter pendant qu’il recevait encore des coups. À cet instant précis, il s’est dit que sa seule chance de s’en sortir était de crier à l’aide. 

Il a fui vers la fontaine où se trouvaient deux jeunes. Après avoir réalisé ce qui se passait, ils ont pris la fuite. M. Bélanger a grimpé dans la fontaine de la place d’Armes. «Je suis assis et je suis rompu de partout», se souvient-il. Après un moment, il se rend au Château demander de l’aide.

«Ça s’est passé tellement vite», précise-t-il. Plusieurs flashes de cette soirée lui reviennent parfois en tête. Comme celui de conserver dans sa main son index sectionné.

«Je passais des radiographies lorsqu’un médecin m’a demandé ce que je tenais. Je lui ai répondu : “C’est mon doigt. Je suis musicien”», explique-t-il en substance. Par la suite, il a été transféré à Montréal pour y subir une délicate chirurgie de réimplantation.

Sa main droite a subi de lourdes blessures. Outre l’index, il a le majeur et l’annulaire sectionnés et le pouce à moitié amputé. Les coups de sabre ont laissé des traces à plusieurs autres endroits sur son corps. 

Il a subi trois fractures du crâne, des fractures aux deux omoplates et à l’un des deux humérus. Les muscles des omoplates sont endommagés tout comme une partie du grand fessier qui est déchirée et il a des lacérations dans le bas du dos. «Je guéris extrêmement vite», affirme-t-il, malgré ce tour d’horizon corporel assez sombre.

Pardonner

M. Bélanger reconnaît que le contexte ne prête pas à l’empathie. C’est pourtant ce qui l’habite face à son agresseur. «J’étais dans l’ambulance et je lui avais déjà pardonné.» 

Si pour la majorité des victimes, la satisfaction est de le savoir derrière les barreaux, le musicien croit davantage dans une justice réparatrice. Il voudrait pouvoir discuter avec son agresseur. 

«Je veux savoir qui il est et qu’il sache qui je suis. Pour moi, ce gars-là, si y’a été «fucké» par quelque chose pour commettre ce qu’il a commis, c’est exactement ce qui pourrait arriver à bien d’autres. C’est difficile d’obtenir des services en santé mentale. Il aurait eu besoin d’un filet (…) Ma satisfaction, c’est de savoir que ce gars obtienne de l’aide et que beaucoup plus de personnes obtiennent de l’aide. Il y a trois ans, je vivais une situation et j’avais besoin de parler. Je n’ai pas eu accès à de l’aide parce que c’était trop dispendieux pour mes moyens. Espérons qu’on n’entende plus jamais dans les médias que les gens avec des problèmes en santé mentale sont des gens dangereux.»

Message d’espoir

Selon ses médecins, tout pourrait revenir comme avant. M. Bélanger veut bien joindre son souffle à ce vent d’optimisme, mais le doute l’assaille. «Si je reviens à 99,5 %, ça ne sera peut-être pas assez pour le niveau que j’avais au violoncelle et au piano», nuance-t-il, tout en admettant qu’il a accompli des «pas de géants» dans sa réhabilitation.

Au terme de son long message de 45 minutes, il dit avoir une pensée pour les étudiants du secondaire et du cégep. «Si c’est vraiment difficile de faire les devoirs, moi je viens de me faire donner 8 à 10 coups d’épée. Je m’en sors et ça va bien. Ça faque, hein, on va étudier et ça va bien aller. Le gars ici, y’a survécu. Toi aussi, t’es capable.»

M. Bélanger souhaite avoir inspiré les gens avec son témoignage. Il trouve la force de poursuivre dans les mots d’encouragement reçus et dans l’attention de ses proches et de l’équipe médicale.

Encore aujourd’hui, il se demande pourquoi son agresseur ne l’a pas «achevé». Il ose croire qu’il a réussi à toucher un peu d’humanité en lui en appelant à l’aide, couché au sol par la force des coups.