Se basant sur la Charte des droits et libertés de la personne, qui stipule que toute personne âgée doit être protégée de l'exploitation, le juge Huot a condamné Marc Vallières à payer 34 000 $ de dommages moraux, punitifs et exemplaires à sa mère en plus de 27 064,64 $ pour rembourser ses honoraires professionnels.

Après l'avoir poursuivie pour 116 000 $, il doit dédommager sa mère centenaire

Estimant que l'homme d'affaires Marc Vallières avait exploité financièrement sa mère centenaire, le juge François Huot a rejeté la poursuite de 116 000 $ qu'il avait intentée contre elle et trois de ses frères et soeurs. Il a au surplus sommé le Beauceron de leur payer plus de 98 000 $ en dommages et remboursement d'honoraires.
Cette histoire rocambolesque est le résultat d'une convention signée par Vallières, sa mère et ses quatre frères et soeurs après le décès de leur père, créant un groupe connu sous le nom de Club Vallières. Le but était de préserver l'avoir de la mère afin de pouvoir subvenir à ses besoins.
Alors que sa mère, ses deux soeurs et l'un de ses frères estimaient que l'argent appartenait à leur mère, Marc Vallières prétendait plutôt que chacun des six membres du Club possédait une part égale des actifs.
Ainsi, en 2010, Marc Vallières a acquis pour 30 000 $ la «part» de son frère Raymond et celle de sa mère pour 31 000 $. Quelques mois plus tard, il s'est aperçu que le compte avait été vidé par sa mère, qui souhaitait dorénavant gérer ses biens elle-même avec son conseiller financier et une troisième personne mandatée en cas d'inaptitude. 
Marc Vallières réclamait donc 116 050,36 $ représentant les trois parts qu'il prétendait lui appartenir dans le Club Vallières. Le juge Huot a cependant rejeté sa demande et démoli son argumentaire, estimant qu'il n'existait aucune preuve de la volonté réelle de la mère de se départir de son argent en faveur de ses enfants.
Peur et intimidation
Il a également souligné que Raymond Vallières ne pouvait pas vendre sa part et que c'est dans un contexte «de peur et d'intimidation» que sa mère avait consenti à la vente d'une partie de ses avoirs au bénéfice de son fils. «Le consentement exprimé [...] ne saurait être qualifié de libre et éclairé. Il était plutôt vicié par la crainte que suscitait chez la défenderesse son fils Marc», écrit le juge.
Le magistrat s'estime d'ailleurs convaincu que la pauvre femme vivait depuis plusieurs années sous le joug de son fils Marc qui n'hésitait pas à recourir aux menaces, injures et autres formes d'abus verbal pour obtenir d'elle divers avantages. 
«Depuis plus d'une vingtaine d'années, son fils Marc se comporte à son égard en véritable despote, aveuglé par un insatiable esprit de lucre. [Son attitude] témoigne non seulement d'une absence de piété filiale, mais encore d'un égoïsme, d'une vulgarité et d'un acharnement à soulever le coeur», poursuit le juge. 
Se basant sur la Charte des droits et libertés de la personne, qui stipule que toute personne âgée doit être protégée de l'exploitation et qu'une atteinte à ce droit confère le droit à la réparation, il a donc condamné Vallières à payer 34 000 $ de dommages moraux, punitifs et exemplaires à sa mère en plus de 27 064,64 $ pour rembourser ses honoraires professionnels et déboursés extrajudiciaires.
Il devra en plus verser 12 362,66 $ à ses deux soeurs et à l'un de ses frères qu'il poursuivait dans la même cause pour rembourser leurs honoraires professionnels et déboursés extrajudiciaires.

Pas à ses premiers déboires

L'homme d'affaires Marc Vallières n'en est pas à ses premiers démêlés financiers. Alors qu'il possédait depuis 2006 trois succursales du commerce de véhicules récréatifs Motorisés Leblanc, dans lequel il avait investi 10 millions $ et qui employait une soixantaine de personnes, Vallières s'est retrouvé en position précaire en 2009 en raison de la crise du crédit. Son entreprise, dont il a fermé les portes, traînait un lourd passif de 20 millions $. Il s'est alors prévalu du dépôt d'une proposition concordataire qui a été accepté par ses créanciers.

Trois ans plus tard, la Municipalité de Desbiens, au Saguenay, reprenait possession de l'ancienne usine Johnson & Johnson, que Vallières avait tenté de relancer depuis 2005 avec son associé Gaston Desmeules, et de tous les terrains qui y étaient rattachés. Le duo devait pour plus de 270 000 $ en taxes municipales impayées.
Bénéfices
Malgré ses déboires financiers et le fait que Vallières prétendait ne gagner que 12 000 $ par an, il a été démontré devant la cour que ses états financiers de 2014 montraient un bénéfice de 89 000 $, un solde de 650 800 $, des actifs totalisant près de 26 millions $, un capital de 657 800 $ et des actions valant plus de 2,5 millions $. Il possède aussi des créances de près de 3,4 millions $ à l'égard de sa femme et de ses deux fils en plus d'avoir bénéficié récemment d'un prêt bancaire de 15 millions $.
Quant au frère de Marc Vallières, Raymond, le seul à avoir témoigné en sa faveur contre sa mère, il fait face à ses propres ennuis dans un tout autre dossier. Coupable de possession dans le but de trafic de sirop d'érable recelé dans le dossier du mégavol de 18,7 millions $ commis entre 2011 et 2012 dans l'entrepôt de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec à Saint-Louis-de-Blandford, il est en attente de peine.

Le fils de Raymond Vallières, Richard Vallières, considéré comme l'une des têtes dirigeantes dans ce dossier, purge une peine de huit ans de prison en plus d'avoir à rembourser 10 millions$ à la Fédération après avoir été trouvé coupable de vol, fraude et trafic de biens recelés.

NDLR: cet article a été modifié par rapport à sa version originale pour préciser la nature des premiers démêlés financiers de l'homme d'affaires, ainsi que la sentence de Richard Vallières