Le cofondateur du Centre culturel islamique Boufeldja Benabdallah était présent au palais de justice de Québec, lundi.

Alexandre Bissonnette directement à procès

Le dossier d'Alexandre Bissonnette, auteur présumé de la tuerie à la Grande Mosquée, ira directement à procès en Cour supérieure et aucune accusation de terrorisme ne viendra s'ajouter.
Le procureur de la Couronne Me Thomas Jacques a déposé lundi un acte d'accusation direct, un privilège de la poursuite, qui défère automatiquement le dossier à la Cour supérieure. Le dossier sera inscrit au rôle de la Cour supérieure lors du prochain terme des assises, le 11 décembre. 
Cette décision du Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a été «longuement mûrie et prise dans l'intérêt public», s'est contenté de dire Me Jacques.
Le désir d'accélérer le processus judiciaire est un des facteurs qui a pesé dans la balance, a-t-il ajouté.
Il n'y aura donc pas d'enquête préliminaire, cette étape qui sert de répétition générale au procès. 
La Couronne déclare être parée dès aujourd'hui à fixer la date du procès devant jury, qui pourrait se tenir dès les premiers mois de 2018, si la défense était aussi prête.
En point de presse après l'audience, Me Jacques a confirmé que son acte d'accusation était désormais complet, en regard de la preuve soumise. Aucune accusation de terrorisme ne sera portée.
Bissonnette est déjà accusé six fois de l'accusation la plus grave au code criminel canadien, a insisté le procureur de la Couronne.
Les dirigeants du Centre culturel islamique de Québec (CCIQ) ont fréquemment réclamé, et encore lundi matin, de telles accusations contre celui qui a visé leur communauté.
«S'il n'y a pas de condamnation pour le terrorisme, ça va être une déception énorme, estime le confondateur du CCIQ, Boufeldja Benabdallah. On considère qu'il a joué un rôle de terroriste inimaginable. Il n'y a pas de psychopathie dans ça. Il y a un acte délibéré de viser une communauté.»
Avant de repartir vers les bureaux de la Couronne, Me Thomas Jacques a longuement parlé avec les représentants du CCIQ des chefs d'accusation et de la tournure du dossier.
Les 35 fidèles
En plus des six accusations de meurtre au premier degré et des cinq tentatives de meurtre, le ministère public a ajouté, dans son acte d'accusation directe, un douzième chef d'accusation. Alexandre Bissonnette est désormais accusé de tentative de meurtre sur les 35 fidèles qui étaient présents, le soir de la tuerie, mais n'ont pas été physiquement blessés par le tireur. Les noms de chacun d'entre eux sont inscrits dans l'acte d'accusation.
Les veuves de quatre des victimes de meurtre étaient présentes pour assister au retour à la cour de celui qui est accusé d'avoir tué leurs maris à la Grande Mosquée, le 31 janvier.
Plusieurs ont pleuré silencieusement durant la courte audience, chargée d'émotions.
Boufeldja Benabdallah avoue qu'il a baissé la tête, incapable de regarder les veuves et d'affronter leur douleur. «Elles n'ont pas commencé leur deuil, souligne M. Benabdallah. C'est extrêmement difficile pour elles.»
Saïd Akjour, grièvement blessé lors de la tuerie, était aussi présent, assis en première rangée dans la salle d'audience.
À l'arrivée du juge Jean-Louis Lemay de la Cour du Québec sur le banc, les avocats de Bissonnette ont demandé quelques minutes de plus pour parler à leur client et lui expliquer la nouvelle tournure prise par le dossier.
L'accusé de 27 ans a eu un bref regard vers la salle d'audience puis fait un sourire crispé au juge avant de s'asseoir.
Par ailleurs, le procureur de la Couronne Me Thomas Jacques a officiellement complété la divulgation de preuve avec un ultime cd-rom.