En 2016, 430 dossiers d'agressions sexuelles ont été ouverts par la police de Québec contre 377 en 2015 et 370 en 2014, une augmentation de plus de 10 %.

Agressions sexuelles: hausse des plaintes à Québec

La police de Québec enregistre une hausse de plus de 10 % du nombre de plaintes d'agressions sexuelles en 2016. Une situation qui tend à réconforter ceux qui craignaient une baisse des dénonciations en raison de dossiers médiatisés, ne menant à aucune condamnation ou accusation.
Dans son plus récent rapport rendu public jeudi, le service de police indique avoir ouvert l'an dernier 430 dossiers d'agressions sexuelles comparativement à 377 en 2015 et à 370 en 2014. «Est-ce que c'est parce qu'il y en a plus? On ne peut répondre à cette question», prévient l'agent Étienne Doyon.
Selon lui, plusieurs facteurs expliquent cette hausse dont un très important. «C'est un crime de dénonciation. C'est les citoyens qui se déplacent pour porter plainte ou communiquent avec le 911. S'il y a eu beaucoup de dénonciation, c'est que les gens sont possiblement beaucoup conscientisés à l'importance de le faire. Évidemment, nous encourageons les victimes à dénoncer.»
Il faut dire que 2016 a été une année médiatique faste en matière de crimes sexuels dénoncés sur la place publique. En février s'ouvrait à Toronto le procès du célèbre ex-animateur de CBC, Jian Ghomeshi. Il faisait face à quatre chefs d'accusation d'agressions sexuelles sur trois femmes. Dans la foulée de ces allégations, un important mouvement était né pour dénoncer les violences sexuelles faites aux femmes.
Au Québec, une autre affaire retenait l'attention à l'automne 2016. Le 19 octobre, Alice Paquet, étudiante à l'Université Laval, créait une commotion lors d'une vigie organisée en soutien aux jeunes femmes victimes d'une série d'agressions survenues dans la nuit du samedi 15 octobre dans les chambres du pavillon Alphonse-Marie-Parent de l'Université Laval. Elle disait avoir été agressée par un élu de l'Assemblée nationale. Le député Gerry Sklavounos était visé par ces allégations. Encore une fois, un fort mouvement populaire dénonçant la culture du viol avait vu le jour.
Fort soutien populaire
Jian Ghomeshi a été acquitté et aucune accusation n'a été déposée contre Gerry Sklavounos. Des situations qui pourraient dissuader les femmes à dénoncer. «On craint toujours ça, lance Stéphanie Trembay, porte-parole du Regroupement québécois des centres d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (CALACS). C'est des processus lourds et longs. En plus, si on voit qu'il y a peu de chances d'obtenir justice...» ajoute-t-elle.
Heureusement, cet impact dissuasif a comme contrepoids le fort soutien populaire avec la création de mouvements sur les réseaux sociaux. «Quand il y a des cas fortement médiatisés, on constate que les femmes vont plus chercher d'aide parce que ça leur fait revivre des événements vécus et les incitent à en parler davantage», explique Mme Tremblay, soulignant que chaque victime réagit différemment.
«C'est vraiment important qu'elles en parlent. Nous les accompagnons et les conseillons, mais jamais nous n'insistons pour déposer une plainte criminelle bien qu'on souhaite toujours qu'un agresseur soit condamné», renchérit la porte-parole, rappelant que seulement 5 % des agressions aboutissent devant la justice.