Guy Laliberté a été mis en en examen et placé sous contrôle judiciaire en Polynésie française.

Affaiblie par le Brexit mais résiliente: anatomie de l'économie britannique avant les élections

LONDRES — Croissance anémique, investissements paralysés, emploi résilient: l’économie britannique, heurtée par l’interminable processus de Brexit et par le ralentissement mondial, est au coeur d’une campagne pour des élections législatives anticipées axée sur les inégalités.

Pendant que le gouvernement vante le plein emploi, l’opposition dénonce les inégalités et la destruction des services sociaux. Tous promettent un déluge de dépenses. Résumé des dernières statistiques publiées cette semaine, à un mois du scrutin.

Croissance anémique, mais récession évitée

Après s’être contractée au deuxième trimestre, l’économie britannique a rebondi avec une croissance de 0,3 % au troisième trimestre, évitant la récession grâce aux services, qui représentent le gros de l’activité au Royaume-Uni.

Sur un an, la croissance est au plus bas depuis quasi une décennie au troisième trimestre à 1,0 %. La Banque d’Angleterre (BoE) prévoit 1,4 % pour l’ensemble de cette année.

L’industrie manufacturière stagne, notamment à cause de l’incertitude du Brexit qui paralyse les investissements. De nombreux groupes comme Nissan ou Airbus menacent aussi de réduire la voilure en cas de Brexit «dur».

Cette perspective s’éloigne grâce à l’accord signé par le Premier ministre Boris Johnson avec Bruxelles, mais n’est pas totalement exclue, notamment en raison des incertitudes plannant sur le résultat de l’élection.

Dans ce contexte, les économistes s’inquiètent que la croissance ne tienne plus que grâce à la consommation des ménages — qui résiste comme le montrent les chiffres sur les ventes de détails jeudi — et aux dépenses gouvernementales.

Plein emploi et pauvreté

Avec un taux de chômage à 3,8 %, le Royaume-Uni est techniquement au plein emploi. Logiquement les salaires progressent, même s’ils n’ont pas encore retrouvé leur niveau d’avant la crise de 2010.

En outre, derrière cette statistique se cachent des inégalités criantes entre les milliardaires de la City et les millions de travailleurs pauvres.

Cette semaine des employés de la chaîne McDonald’s au Royaume-Uni ont notamment fait grève contre leurs conditions de travail: «nous en avons assez de vivre dans la pauvreté et de travailler pour rien», dénonçait l’une des grévistes, Melissa Evans.

Le «miracle» de l’emploi britannique tient notamment à sa grande flexibilité avec des contrats précaires («zéro heure») ne garantissant pas de minimum horaire. Les travaillistes comme les conservateurs se sont engagés à augmenter le salaire minimum, les premiers promettant de le faire passer à 10 livres (17 $) par heure contre 8,21 livres (13,98 $) actuellement.

L’inflation ralentit, la BoE en embuscade

Entre la croissance qui s’essouffle, les prix de l’énergie en baisse et une intense concurrence sur les prix dans de nombreux secteurs, l’inflation ne donne toujours pas de signes d’échauffement:  à 1,5 % en octobre, elle est au plus bas depuis trois ans.

Une bonne nouvelle pour le pouvoir d’achat, mais le Brexit pourrait faire remonter l’inflation, surtout en cas de sortie de l’UE sans accord qui ferait probablement chuter la livre et s’accompagnerait de droits de douane sur les produits importés, avec en conséquence des prix qui s’envoleraient dans de nombreux secteurs.

Pour l’instant, la faiblesse de l’inflation donne de la marge à la Banque d’Angleterre, qui a laissé entendre la semaine dernière qu’elle pourrait si besoin baisser ses taux pour soutenir l’économie.

Que peut changer l’élection ?

Elle pourrait «sceller l’avenir du Brexit», ce qui dissiperait l’incertitude qui mine l’économie depuis plus de trois ans, relève la maison de recherche Capital Economics. En cas de victoire nette des conservateurs, Boris Johnson aurait notamment une majorité parlementaire pour faire approuver son accord de Brexit avec Bruxelles avant la date limite actuellement prévue au 31 janvier.

Quoi qu’il en soit, relève Capital Economics, «l’économie devra affronter après l’élection soit un cocktail de politiques favorables aux affaires avec un Brexit plutôt dur sous les conservateurs, ou des politiques jugées «anti-business» si le travailliste Jeremy Corbyn arrive au pouvoir, avec un Brexit a priori plus doux... voire annulé en cas de second référendum.

Face à ces scénarios multiples, la BoE prévoit 1,2 % de croissance pour 2020, et 1,8 % en 2021, et les Tories comme le Labour promet en cas de victoires des centaines de milliards de livres injectés dans les infrastructures, les écoles, les hôpitaux, en dépit d’une dette qui pourrait flamber.