Le palais de justice de Québec
Le palais de justice de Québec

Adolescente troublée, mais témoin «sincère et digne de foi»

Gabrielle* n’était pas une adolescente facile. Elle savait mentir pour éviter des conséquences. Pourquoi n’aurait-elle pas inventé les agressions sexuelles aux mains de son père, soumettait la défense? Après l’avoir entendue, le juge Mario Tremblay de la Cour du Québec qualifie plutôt la jeune fille de «sincère et de digne de foi» et condamne son père sur toute la ligne.

Le Soleil vous a déjà raconté l’histoire de Gabrielle, aujourd’hui âgée de 20 ans. 

À ce moment, elle attendait, depuis 40 mois, le procès de son père, accusé de l’avoir agressée sexuellement de toutes les manières possibles, à de nombreuses reprises. Gabrielle a dénoncé les abus à sa meilleure amie et à une éducatrice spécialisée de son école lorsqu’elle avait 15 ans.

Mardi, Gabrielle a entendu le juge Mario Tremblay de la Cour du Québec prononcer le mot «coupable».

Gabrielle a passé toute son enfance avec sa mère, une danseuse toxicomane. La jeune fille était heureuse de voir son père revenir dans sa vie, à l’été de ses 11 ans.

Jusqu’à ce que, un peu moins de deux ans plus tard, il l’amène dans un motel de L’Ancienne-Lorette. Il lui a fait boire beaucoup d’alcool. Gabrielle a un souvenir un peu flou de son père au-dessus d’elle sur le lit, qui la pénètre, et de la douleur ressentie. Au petit matin, elle allait avoir 13 ans.

Gabrielle va décrire pour le tribunal les 15 à 20 relations sexuelles qui vont suivre dans des chambres de motel, durant les deux années suivantes. Elle est parfois précise sur les lieux et les dates, parfois moins. 

Conversations inventées?

Des conversations par message-texte extrêmement graphiques, où le père décrit les services sexuels qu’il attend de sa fille, ont été déposées en preuve au procès. L’avocat du père a tenté de convaincre le tribunal que la jeune plaignante avait pu forger ces conversations. Invraisemblable, conclut le juge Tremblay, indiquant qu’il aurait fallu que la jeune fille soit alors en possession du téléphone cellulaire durant une longue période.

Le procureur de la Couronne Me Michel Bérubé a pu déposer en preuve un reçu d’hôtel qui montre que l’accusé avait loué une chambre le soir où Gabrielle situe la première agression.

Le père a commis certaines agressions en faisant croire à l’adolescente qu’ils allaient faire beaucoup d’argent en tournant un film pornographique. La Couronne a présenté au juge l’image de la teinture pour cheveux achetée par le père pour aider Gabrielle à mieux jouer son rôle...

Comme c’est son droit, le père n’a présenté aucune preuve en défense. Son avocat a plutôt mis la sincérité et l’honnêteté de la plaignante au coeur du litige. Et il a échoué à soulever un doute raisonnable dans l’esprit du juge.

Le juge Mario Tremblay a pu observer Gabrielle témoigner durant neuf heures, en plus de lire et de voir ses déclarations aux policiers. À la lumière de la preuve, rien ne permet d’avoir un doute sur la crédibilité de la jeune fille.

Le père est donc déclaré coupable d’inceste, d’agression sexuelle, d’incitation à des contacts sexuels, de leurre et d’avoir donné des stupéfiants à la victime.

* Prénom fictif. Une ordonnance de non-publication protège l’identité des victimes d’agressions sexuelles.