Les avocats d'Adèle Sorella, Pierre Poupart et Guy Poupart, au palais de justice de Laval, mardi

Adèle Sorella témoigne à son procès pour le meurtre de ses filles

LAVAL - Adèle Sorella a commencé à témoigner mardi matin à son procès pour le meurtre de ses deux filles, Amanda et Sabrina. Elle a relaté, avec beaucoup d’émotion, que ses enfants étaient sa joie de vivre et comment une chirurgie pour enlever une tumeur au cerveau a été le début de problèmes physiques à répétition et le chemin vers une maladie mentale.

Les accusés ne sont jamais obligés de témoigner à leur propre procès, mais Mme Sorella a choisi de le faire.

Son témoignage est toutefois ardu: elle est sourde d’une oreille, dit-elle, et demeure avec une paralysie partielle au visage depuis la chirurgie pour la tumeur. Et puis, ses propos sont entrecoupés par ses pleurs. Vers la fin de la matinée, elle a demandé une pause avant de pouvoir poursuivre.

S’adressant au jury en anglais, elle a raconté comment, enceinte de sa deuxième fille, Sabrina, elle s’est retrouvée à l’urgence de l’hôpital pour des vomissements. Rendus sur place, les médecins ont constaté une perte de son ouïe.

Mais elle a refusé la médication de cortisone offerte pour ne pas causer du tort à l’enfant qu’elle portait. Les médecins ont aussi suggéré la chirurgie au cerveau, mais elle a préféré attendre d’avoir donné naissance à Sabrina.

Après la chirurgie, sa vie a changé, a-t-elle expliqué. Un oeil ne fermait plus, sa bouche était paralysée, elle perdait l’équilibre sans cesse. «Je ne pouvais plus sourire, je ne pouvais plus prendre mes enfants dans mes bras, je n’ai pu prendre soin d’eux pendant deux ans», a-t-elle relaté.

«J’étais un fardeau, je me sentais inutile.»

Les terribles maux de tête, la fatigue continue, «c’était le début de ma maladie mentale», a-t-elle fait valoir. «Je suis tombée dans ma maladie mentale et ma maladie mentale m’a tout enlevé.»

«J’étais brisée», a-t-elle résumé aux 12 membres du jury, qui écoutent avec attention.

Mais durant toute cette période, ses enfants étaient «ma raison de vivre, la seule chose dans ma vie qui m’apportait de la joie», a-t-elle ajouté.

Son procès devant jury a débuté le 12 novembre dernier, devant la juge Sophie Bourque, de la Cour supérieure, au palais de justice de Laval.

La Couronne tente de démontrer la culpabilité de la femme de 52 ans depuis quelques semaines.

Sa théorie de la cause est qu’elle est la seule qui ait eu l’occasion d’enlever la vie de ses deux petites filles ce jour-là.

Les fillettes, Amanda, âgée de neuf ans, et Sabrina, âgée de huit ans, ont été retrouvées sans vie par leur oncle dans la salle de jeu de leur maison de Laval, le 31 mars 2009, en après-midi. Une chambre hyperbare se trouvait dans la maison, pour traiter l’arthrite juvénile de Sabrina. Mme Sorella était absente de la maison.

La cause de leur mort n’a pas été déterminée. Toutefois, «la mort simultanée et inattendue des deux soeurs qui étaient en bonne santé écarte de toute évidence une mort de cause naturelle», avait fait valoir comme argument dans son exposé introductif au jury le procureur de la Couronne, Nektarios Tzortzinas.

Le jour où les petites filles ont été retrouvées mortes, la mère de Mme Sorella avait un rendez-vous et a quitté la maison en matinée. L’accusée n’est pas allée chercher sa mère par la suite, comme prévu. La grand-mère n’a pas revu ses petites-filles vivantes. Les deux enfants ne se sont pas rendues à l’école ce jour-là, mais elles ont été retrouvées vêtues de leur uniforme scolaire.

Mme Sorella a été arrêtée au cours de cette nuit-là.

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Adèle Sorella au palais de justice de Laval, le 12 novembre 2018

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Un avocat témoigne

Plus tôt en matinée, le jury a pu entendre le témoignage de Me Jean-Daniel Debkoski. C’est lui qui a été réveillé en plein milieu de la nuit par un coup de fil d’un enquêteur de police, qui se trouvait en compagnie de Mme Sorella. Arrêtée et détenue au poste de police, elle exerçait son droit à l’avocat.

Me Debkoski a commencé à lui expliquer ses droits, a-t-il témoigné. Il lui a indiqué qu’elle était arrêtée pour le meurtre de ses enfants.

«Mais la dame me dit: Maître, c’est impossible, mes enfants sont vivants.»

Elle est si convaincue, dit-il, qu’il a demandé à reparler au policier, croyant à une erreur. Celui-ci a alors confirmé que les corps des enfants avaient été trouvés.

Il reparle alors à Mme Sorella, qui insiste: les enfants ne sont pas morts, ils sont à la maison.

Me Debkoski dit avoir alors abandonné. Il a relaté au jury qu’il ne pouvait expliquer à l’accusée ses droits constitutionnels et «qu’elle devait être vue».

Le témoignage de Mme Sorella se poursuit mardi après-midi.

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L'avocat Jean-Daniel Debkoski a été appelé à la barre des témoins mardi.