Martin Bolduc, père de Dereck Bolduc-Coulombe et sa tante, Natasha Bolduc, se sont recueillis après le prononcé de la peine.

Accident mortel en Beauce: sept ans de prison pour le travailleur guatémaltèque

Le travailleur saisonnier guatémaltèque, Pedro-Antonio Ovalle Leon, a écopé de sept ans de pénitencier pour avoir causé la mort de deux jeunes de 19 ans, en plus d'en blesser gravement deux autres, alors qu'il conduisait un véhicule en état d'ébriété à Scott-Jonction en août 2015. Bien qu'insatisfaits, les proches des défunts savent qu'aucune peine ne peut ramener les victimes de cette autre tragédie causée par l'alcool à marquer la région.
Les parents et amis des quatre jeunes impliqués étaient nombreux, lundi, au palais de justice de Saint-Joseph-de-Beauce pour entendre le prononcé de la peine par la juge Réna Émond. Pendant près d'une heure, elle a reconstitué le fil des événements et expliqué sa décision. Dans le box, Ovalle Leon est demeuré impassible, tête baissée, pendant que l'interprète traduisait les paroles de la juge.
D'entrée de jeu, la magistrate a souligné que «c'est un exercice délicat de déterminer la peine. C'est l'équilibre entre la gravité de l'infraction et le degré de responsabilité du délinquant», a-t-elle souligné. À écouter le récit de cette soirée funeste, la responsabilité du Guatémaltèque de 33 ans ne peut être mise en doute.
L'accusé avait plaidé coupable, en septembre, à 14 des 18 chefs d'accusation qui pèsent contre lui, dont ceux de conduite dangereuse et de conduite avec les facultés affaiblies causant la mort. Les quatre autres chefs d'accusation, qui abordent la négligence criminelle, ont été abandonnés par la Couronne.
Le 22 août 2015, vers 23h, Ovalle Leon était ivre au volant d'une camionnette appartenant à son employeur - qu'il n'avait pas l'autorisation de conduire au moment des faits - sur la route 171, à Scott, lorsqu'il a frappé de plein fouet la voiture à bord de laquelle se trouvaient Louis-David Fournier et Dereck Bolduc-Coulombe, tous deux décédés à la suite du face-à-face. Les deux autres passagers, Gabriel Langlois et Mélinda Guay-Dionne, ont subi de graves blessures dont ils portent encore les stigmates.
Au moment de l'impact, l'accusé roulait à 130 km/h en sens inverse depuis 170 mètres dans une zone de 50 km/h. Son alcoolémie se situait entre ,13 et ,16, soit environ deux fois la limite permise de ,08. Près de lui, les policiers ont trouvé une caisse entamée de six cannettes de bière et six comprimés de méthamphétamine dans une poche. Il était en route vers Québec pour sortir dans les bars. 
Dans l'autre véhicule, le quatuor se rendait à Sainte-Marie. Louis-David, qui était conducteur désigné, roulait à 64 km/h. Il n'a jamais pu éviter la camionnette. 
La juge Émond a longuement insisté sur les conséquences dramatiques de la tragédie telles que rapportées par les survivants et leurs proches. «Son départ a brisé la famille dans un présent figé dans le temps», avait exprimé Vicky Coulombe, mère de Dereck. 
La mère de Louis-David, Josée Morin, avait décrit le «moment dévastateur, l'horrible décision de débrancher le respirateur qui tenait son fils en vie». 
Les deux jeunes blessés doivent aussi vivre avec de terribles souvenirs. Gabriel a vu David convulsé alors qu'il était lui-même prisonnier du véhicule. Aujourd'hui, sa santé physique l'empêche de travailler dans son domaine d'étude. Il doit recommencer une autre formation. Il se sent désorienté et stressé par rapport à son avenir.
Mélinda était en couple avec Louis-David au moment de l'accident. Elle a frôlé la mort. La jeune femme a été hospitalisée un mois, dont deux semaines dans le coma. Elle a subi de multiples fractures au bassin et aux côtes et un sévère traumatisme crânien.
Un crime trop fréquent
La défense suggérait une peine de 5 ans tandis que la Couronne réclame 8 à 10 ans. La juge Réna Émond dit avoir pris en compte le fait que les tribunaux ont reconnu la nécessité de privilégier les objectifs de dénonciation et de dissuasion pour déterminer la peine de sept ans, citant l'affaire Tommy Lacasse, ce jeune homme de la Beauce qui avait tué ses passagères en 2011 alors qu'il conduisait en état d'ébriété. Il avait écopé de six ans et demi. Elle a rappelé que la conduite avec les capacités affaiblies est le crime qui entraîne encore le plus de décès au Canada, le plus de pertes sociales, et ce, malgré toutes les campagnes de sensibilisation.
Ovalle a déjà purgé l'équivalent de 27 mois et deux semaines, tenant compte du fait qu'il est emprisonné depuis son arrestation et que cette détention préventive de 18 mois est majorée de 0,5 du temps réel. À partir d'aujourd'hui, il lui reste donc 56 mois et deux semaines à purger. Bien qu'il ne bénéficie pas d'une libération conditionnelle comme tout autre résident canadien, il devra être libéré au deux tiers de sa peine s'il garde une bonne conduite. Ce qui veut dire qu'il devrait passer deux ans et demi derrière les barreaux. Dès sa sortie, il retournera dans son pays d'origine.

«Ça ne sera jamais assez»

Mélinda Guay-Dionne, survivante de l'accident, serre dans ses bras la mère de Dereck Bolduc-Coulombe.
Les proches des victimes ont accueilli le prononcé de la peine avec douleur et déception, bien qu'ils sachent que rien ne peut ramener à la vie Louis-David et Dereck. 
«J'ai de la rage, lance le père de Dereck, Martin Bolduc. Deux ans avant l'accident, il m'avait demandé ce que je ferais si quelqu'un fonçait sur lui en état d'ébriété...» Une phrase qu'il ne terminera jamais, mais qui en dit beaucoup sur l'impuissance que ressentent les proches quelques minutes après la fin des procédures.
Ce qui choque à leurs yeux, c'est de savoir que l'accusé retournera possiblement chez lui dans deux ans, reprendra sa vie, fondera peut-être une famille. Des choses que Dereck et Louis-David ne feront jamais.
«Ça ne sera jamais assez. On sait que peu importe la peine, ça ne nous les ramènera pas. 
Mais j'aurais aimé une peine encore plus sévère», lance Natasha Bolduc, tante de Dereck. Elle a une tout autre opinion que la juge sur la sincérité des remords exprimés par Ovalle Leon.
Pour elle, comme tous les autres qui fréquentaient les victimes, le plus difficile est d'apprivoiser le vide. «Ma mère s'est mariée l'été passé et Dereck n'était pas là. Ça va toujours être comme ça», poursuit Mme Bolduc.
«En toute équité»
La procureure au dossier, Me Audrey Roy-Cloutier, dont le travail a été félicité par la famille malgré la déception, estime, d'un point de vue juridique, la qualité de la peine. «En toute équité, et de façon très objective, c'est une peine adéquate», a-t-elle lancé aux médias.
Que restera-t-il maintenant du drame et de ces 18 mois de procédures, hormis la souffrance? «J'espère juste que ça va sensibiliser davantage les gens à ne pas prendre le volant en état d'ébriété, souhaite Mme Bolduc. Profitez du monde que vous avez autour de vous. Si vous prenez un verre, réfléchissez, avant de prendre le volant, peu importe la distance à parcourir», conclut-elle. 

Qui est Pedro-Antonio Ovalle Leon?

Le 22 août 2015, Pedro-Antonio Ovalle Leon était ivre au volant d'une camionnette sur la route 171, à Scott, lorsqu'il a frappé de plein fouet la voiture à bord de laquelle se trouvaient deux jeunes de 19 ans, décédés à la suite du face-à-face.
Venu travailler au Canada pour aider financièrement sa famille, l'accusé a gâché des années de labeur en agissant «sans respect pour la sécurité d'autrui». Pedro-Antonio Ovalle Leon travaille depuis l'âge de 15 ans pour aider sa mère et ses soeurs après le départ de son père. Le Guatémaltèque de 33 ans arrive au Québec la première fois en 2009 pour faire du transport de volailles. Son salaire permet aussi de défrayer les soins médicaux de sa grand-mère. En 2014, il amorce un dernier voyage pour épargner et fonder une famille avec sa conjointe restée là-bas. Il a expliqué être peu conscient des valeurs et des lois du Québec en matière de consommation d'alcool et de conduite automobile. Chez lui, ce phénomène est moins répréhensible. Il dit aussi avoir commencé la consommation de méthamphétamine au cours de son dernier contrat pour «oublier la douleur» et que la consommation d'alcool était banalisée parmi les travailleurs guatémaltèques qu'il fréquentait presque exclusivement. Depuis la tragédie, il affirme avoir fait une prise de conscience sur le sens à donner à sa vie, dont celui de demeurer sobre, et il assume la conséquence de ses actes. Le bagage culturel de l'accusé, notamment la banalisation de la conduite en état d'ébriété, n'a pas été pris en compte par la juge pour déterminer la peine.

Extraits du jugement sur les facteurs aggravants et atténuants

La procureure au dossier, M<sup>e</sup> Audrey Roy-Cloutier, dont le travail a été félicité par la famille malgré la déception, estime que la peine est adéquate d'un point de vue juridique.
• «Il a pris des risques et il a agi de façon irresponsable... sans respect pour la sécurité d'autrui»
• «Si tout visiteur du Canada ne s'enquiert pas comme il se doit de la législation applicable, il lui faut agir minimalement avec respect, moralité et civilité-»
• «Il est sans antécédent judiciaire. Il a toujours occupé des emplois et est un actif pour sa famille» 
• «Sa culpabilité morale est fortement engagée parce qu'il a pris le véhicule sans permission et il a voulu diminuer sa consommation d'alcool [le soir du drame]»
• «Il reconnaît ses torts en évitant un procès douloureux et coûteux»
• «Il est conscient des conséquences. Il a des remords sincères et démontré de l'empathie»