Accident mortel à Thetford Mines: Snapchat ou la radio?

Marc Allard
Marc Allard
Le Soleil
Au volant de sa Honda Civic sur la route 112, à Thetford Mines, Miguel Bolduc, 18 ans, échange des messages sur l'application Snapchat avec deux amies.

Audrey Gagnon lui envoie une photo d’elle qui fait une grimace, puis Bolduc répond sur son iPhone : «quoi ?» en lui envoyant une photo de lui avec un fond sombre. Son amie le relance : «Pourquoi tu m'as répondu "quoi" ?»

En même temps, Miguel Bolduc échange des «snaps» avec Amélie Routhier. Mais le dernier message de Mme Routhier reste sans réponse, tout comme le dernier message de Mme Gagnon.

C'est à peu près à ce moment que la voiture de Miguel Bolduc se met à dévier légèrement de sa trajectoire sur la route 112 et happe mortellement Danick Lachance, 19 ans, qui marchait sur l'accotement.

Mardi, lors du deuxième jour de son procès pour négligence criminelle causant la mort, au palais de justice de Thetford Mines, Miguel Bolduc, qui a maintenant 22 ans, a reconnu avoir échangé des messages sur Snapchat avec Audrey Gagnon et Amélie Routhier peu avant la collision, le 21 janvier 2017. Il a dit avoir échangé ces messages alors qu'il était arrêté à une lumière rouge et alors que sa voiture était en mouvement après le feu vert.

Mais, «en aucun cas, au moment de l'impact, je n'utilisais mon téléphone», a-t-il juré.

Miguel Bolduc a affirmé que ce n'est que le lendemain de la collision qu'il a compris pourquoi sa voiture avait dévié juste avant l'impact. «J'ai pris un fixe» sur le bouton de la radio, a-t-il expliqué. «Le volume, je ne le trouvais pas assez haut. J'ai voulu le monter».

Des heures qui se recoupent

Avant que Bolduc ne soit appelé à la barre des témoins, la procureure de la Couronne, MAudrey Roy-Cloutier avait fait témoigner le sergent Steve Berberi, spécialisé en extraction de données informatiques à la Sûreté du Québec. Le policier a notamment présenté un relevé des échanges Snapchat de Miguel Bolduc le soir de la collision.

Obtenu directement auprès de Snapchat, en Californie, le relevé montre que Miguel Bolduc a reçu cinq «snaps» et en a envoyé deux à ses amies entre 21h07 et 21h11. Lundi, Marie-Ève Ouellet, qui a porté secours à la victime, avait déclaré qu'elle avait fait un appel au 911 à 21h11.

La procureure de la Couronne a souligné le risque que Miguel Bolduc a pris en envoyant des «snaps» au volant. «Alors que vous conduisez, vous décidez que vous utilisez Snapchat malgré toutes ces manipulations-là que vous devez faire, alors que vous devez normalement être concentré sur la route», a dit Me Roy-Cloutier.

L'avocat de la défense, Me Luc Ouellette, a fait valoir que le recoupement suggéré par la poursuite entre les heures d'utilisation de Snapchat et le moment de la collision ne voulait pas dire que son client tenait son téléphone quand il a happé Danick Lachance. Les moments où il a manipulé son iPhone totalisent seulement quelques secondes, a-t-il estimé.

La défense a par ailleurs fait témoigner Bruno Côté, un employé du ministère des Transports qui épandait du sel de déglaçage sur la route 112 le soir du drame. M. Côté, qui avait aperçu Danick Lachance sur l'accotement, avait signalé sa présence à son contremaître, considérant que c'était dangereux. «J'ai trouvé que c'était anormal que quelqu'un marche là», a-t-il dit lundi.

Contre-interrogé par la procureure de la Couronne, Bruno Côté a toutefois reconnu que l'éclairage des lampadaires lui avait permis de voir le piéton.

L'ensemble de la preuve ayant été présentée par les deux parties, la poursuite et la défense feront mercredi leurs plaidoiries devant la juge Marie-Claude Gilbert de la Cour du Québec.