Ernest Murray

Absolution pour l'ex-attaché politique de Pauline Marois

Le financement illégal des partis politiques a plongé le Québec dans une grave crise de confiance. Et l'ex-attaché politique de Pauline Marois, Ernest Murray, y a participé. Mais ce n'est pas une raison pour lui refuser l'absolution, estime la Cour supérieure.
En mars 2016, Ernest Murray a été arrêté par l'UPAC en même temps que l'ex-vice-première ministre libérale Nathalie Normandeau, son attaché politique Bruno Lortie, l'ancien organisateur libéral Marc-Yvan Côté, le grand patron de Roche Mario W. Martel, sa vice-présidente France Michaud et l'ancien maire de Gaspé François Roussy.
Ernest Murray a été lui aussi accusé de complot et de fraude.
Le Charlevoisien a finalement plaidé coupable en août à une accusation moindre d'avoir conseillé de commettre un acte criminel, soit la fabrication et l'utilisation de faux.
En décembre 2008, alors que la province vit sa troisième campagne électorale en 18 mois, les militants de la circonscription de Charlevoix, fief de Pauline Marois, peinent à atteindre leur objectif de financement; il manque au moins 10 000 $ en contributions politiques.
Et ça, c'est douloureux pour l'orgueil d'un organisateur politique, admet Ernest Murray.
L'attaché politique se confie à Martin Lapointe, consultant pour la firme d'ingénierie Roche.
Répondant à une demande du consultant, Murray va fournir les noms de trois personnes pouvant servir de prête-nom. Les dons ne seront toutefois jamais faits.
Témoignant lors des représentations sur la peine, Ernest Murray, militant du PQ depuis 1994, admet qu'il connaissait les règles de financement. «Je l'ai pas vu venir, j'ai passé sur une lumière rouge», soupire-t-il.
Ernest Murray ne s'est pas mis un sou noir en poche, plaide l'avocat de défense Me Mathieu Camirand.
Et sa vie personnelle en a été affectée, ajoute l'avocat. Ernest Murray, 65 ans, dit avoir dû cesser son bénévolat avec des patients en soins palliatifs. «Je ne voulais pas leur imposer davantage de complications», assure M. Murray.
Ses quatre garçons ont dû lui cacher des messages négatifs publiés sur les réseaux sociaux.
La famille d'Ernest Murray est enracinée à La Malbaie depuis 1798, confie l'ex-attaché politique. «On n'a jamais eu de problème avec la loi, souligne-t-il, la voix étranglée. Ça, ça me fait de quoi.»
Ernest Murray réclamait une absolution conditionnelle pour pouvoir concrétiser le projet d'amener sa petite-fille en voyage humanitaire au Tibet, dans deux ans.
Ne pas banaliser
Le procureur de la Couronne Me Claude Dussault s'oppose à la demande d'absolution. À ses yeux, une sentence suspendue est la peine minimale pour le geste commis, à l'époque où il a été commis. 
«Il y a du cynisme envers les institutions. Là, on a un geste qui est au coeur de la problématique qu'on a vécu et qui a provoqué la commission Charbonneau, plaide Me Dussault. Est-ce qu'avec une absolution, on ne se retrouverait pas à banaliser le comportement?»
Le juge Richard Grenier de la Cour supérieure ne croit pas qu'il faut faire un exemple avec Ernest Murray.
«Son nom est sorti à chaque fois qu'on parlait de cette affaire-là même s'il n'avait peut-être jamais parlé aux autres coaccusés, a fait remarquer le juge Grenier. Il vivait dans un petit milieu, l'impact est plus grand à La Malbaie. Je ne vois pas l'intérêt de la société à ce qu'il ne bénéficie pas d'une absolution conditionnelle.»
Ernest Murray devra garder la paix durant une période de six mois.
Le dossier des six autres coaccusés reviendra à la cour le 8 septembre. Les parties débattent notamment du mode de procès.