Jonathan Falardeau-Laroche au palais de justice de Québec, mardi  
Jonathan Falardeau-Laroche au palais de justice de Québec, mardi  

32 mois de prison pour le conducteur épileptique qui a fauché une femme enceinte

Isabelle Mathieu
Isabelle Mathieu
Le Soleil
Insouciance, mensonge, immaturité: «ici, une certaine sévérité s’impose» estime le juge Pierre-L. Rousseau, en infligeant une peine de 32 mois de prison à Jonathan Falardeau-Laroche, le jeune conducteur épileptique qui a fauché la vie d’une femme enceinte devant le CHUL, en août 2016.

Falardeau-Laroche, aujourd’hui âgé de 26 ans, a été déclaré coupable au terme de son procès de négligence criminelle causant la mort de Marie-Pier Gagné, 27 ans, et causant des lésions au bébé qui a heureusement survécu ainsi qu’à la passagère d’une autre automobile.

Près de quatre ans après le drame, les circonstances donnent encore froid dans le dos. Le matin du 10 août 2016, Jonathan Falardeau-Laroche sort d’une consultation avec son neurologue, inquiet de voir ressurgir des symptômes. Malgré la consigne de son médecin, il prend le volant pour rentrer chez lui. 

Quelques secondes après avoir quitté le stationnement du CHUL, le conducteur a un moment d’absence en raison d’une crise d’épilepsie. Le jeune homme est épileptique depuis l’enfance, mais avait eu quelques années d’accalmie. 

La voiture conduite par Jonathan Falardeau-Laroche percute alors Marie-Pier Gagné. La jeune femme, enceinte de près de 40 semaines, se trouvait sur le terre-plein du boulevard Laurier et attendait son tour pour traverser. Elle sortait d’un rendez-vous de suivi de grossesse. 

La petite Rio blanche de Falardeau-Laroche poursuit sa route jusqu’à la prochaine intersection où elle frappe un véhicule, blessant sérieusement la passagère.

Marie-Pier Gagné est décédée peu de temps après l’impact. Les médecins et le personnel hospitalier ont réussi à accoucher et à sauver la petite fille de la victime, qui a subi une double fracture du crâne.

Dans sa décision, le juge Pierre-L. Rousseau de la Cour du Québec rappelle que, moins d’un an avant la collision devant le CHUL, Jonathan Falardeau-Laroche avait subi un grave accident à l’entrée du pont Pierre-Laporte, à nouveau en raison d’une crise d’épilepsie. Ses collègues de travail avaient tenté de le sensibiliser et son médecin l’avait averti de ne pas conduire.

«L’accusé Falardeau-Laroche a fait preuve d’un degré d’insouciance élevé à l’égard de la vie et la sécurité d’autrui, analyse le juge. Le tribunal considère qu’ici, une certaine sévérité s’impose.»

L’accusé ne s’est pas exprimé au procès ou lors des représentations sur la peine. Les agents de probation qui l’ont rencontré constatent qu’il a tendance à rejeter la faute sur son médecin. Il reconnaît avoir un problème de dépendance à l’alcool, mais n’avait pas l’intention de s’en affranchir.

Depuis le début des procédures, le jeune homme a vécu une profonde dépression et a eu des épisodes suicidaires.  

Le procureur de la Couronne Me Thomas Jacques réclamait une peine de 36 à 42 mois de pénitencier, s’approchant du maximum imposé, selon la jurisprudence, pour des cas de négligence criminelle causant la mort.

Les avocats de la défense Me Simon Roy et Me Sophie Dubé militaient pour une peine de détention de 12 mois. La défense recommandait au tribunal de considérer, à titre de facteur atténuant, la grande médiatisation du dossier. Le juge ne retient pas cet argument. «L’ampleur médiatique du présent dossier est semblable à tous les cas où il y a mort d’un être humain, considère le juge Rousseau. Cela découle des contrecoups de l’acte criminel commis par l’accusé.»Interdit de conduire pour cinq ans

Marie-Pier Gagné a été happée mortellement devant le CHUL le 10 août 2016. 

Après la fin de sa période de détention, Jonathan Falardeau-Laroche sera sous le coup d’une interdiction de conduire pour une durée cinq ans. 

Ce n’est que par la suite que la SAAQ examinera son dossier. En 2015, le jeune homme avait caché certaines informations à une médecin dans le but de ravoir son permis de conduire.

De nombreux proches de Marie-Pier Gagné ont assisté au prononcé de la peine. Un petit noyau était présents en salle d’audience. La grande majorité, dont Sylvain Bittner-Lamy, le conjoint de Marie-Pier ont suivi grâce au web cette ultime audition d’un dossier qui a engendré son lot de souffrances pour plusieurs personnes.

Au moment où le juge Rousseau a prononcé le chiffre confirmant l’emprisonnement, ils ont vu Jonathan Falardeau-Laroche se lever de la dernière rangée et marcher jusqu’au box de détention. Le jeune homme a remis son veston noir à son avocat avant de quitter avec les agents des services correctionnels.