Jugement sur les maisons closes: bordels à sécurité variable

Les travailleuses - et les travailleurs - du sexe de Québec n'ont pas attendu un jugement favorable de la Cour d'appel ontarienne pour bosser dans des maisons closes! Rien de nouveau sous le soleil. Salons de massage osé, bars de «danseuses», agences d'escortes fleurissent au gré des descentes policières. Et ce ne sont pas toujours des havres de sécurité...
Des maisons de prostitution prospèrent donc dans l'ombre, chez nous comme dans les autres grandes villes. Quelques opérations récentes des policiers en témoignent. Au cours de l'hiver, ils sont intervenus sur la 1re Avenue, dans Limoilou : l'agence d'escortes les Fées enchanteresses s'y cachait derrière un magasin de vêtements où les clients payaient les services sexuels par carte bancaire. Début mars, les enquêteurs avaient visité deux salons de massage, rue Belvédère et boulevard du Versant Nord; une femme de 24 ans a été accusée d'avoir tenu une maison de débauche et de proxénétisme.
«C'est un milieu extrêmement secret, discret, parallèle au nôtre, observe Rose Dufour, directrice générale de la Maison de Marthe, un organisme aidant les prostituées à se sortir de la rue. [Des bordels], il y en a partout dans Québec. Ça peut être dans le bloc appartements où vous habitez.»
Des lieux sécuritaires? «Il est faux de croire que, parce qu'une femme est dans un bordel, elle est protégée», lance Mme Dufour, ouvertement abolitionniste. «Lorsqu'il y a de la violence, les proxénètes prennent pour les clients, pas pour les filles. Elles n'ont pas besoin de juges qui permettent aux proxénètes de les exploiter.»
Lundi, les magistrats du plus haut tribunal de l'Ontario ont jugé qu'il est temps de sortir les travailleuses du sexe de l'illégalité. L'interdit de tenir une maison close exposerait les prostituées à un danger trop grand. Elles seraient mieux protégées si les clients pouvaient les visiter dans une chambre, un appartement autorisé.
L'objectif de sécurité est louable, commente la coordonnatrice du Projet intervention prostitution Québec, Geneviève Quinty. «Mais il n'y a pas de solution miracle.» Si les prostituées sont sous le joug d'un maquereau qui gère le bordel comme une entreprise sans se préoccuper des conditions de travail, qui accepte toutes les demandes tordues des clients, qui prélève 50% du cachet... La sécurité devient vite un concept à géométrie variable.
Certaines y trouveront néanmoins leur compte, évalue-t-elle. Surtout les femmes qui se regroupent en «coopérative», qui louent ensemble un appartement et le partagent. Sans patron.
Le jugement ontarien risque fort d'être soumis à la Cour suprême canadienne avant d'être appliqué. S'il est maintenu par le plus haut tribunal du pays, Geneviève Quinty souligne qu'il faudra songer à demander aux principales intéressées ce dont elles ont vraiment besoin. L'objectif est de sécuriser leur travail, mais est-ce que la création de maisons closes officielles est la bonne réponse à leurs problèmes? demande Mme Quinty.