Louis Vézina parcourant la Grande Muraille de Chine.

Journée mondiale de la prévention du suicide: vivre jusqu'au prochain «ravito»

Trois Québécois se suicident chaque jour. Si la statistique est saisissante, elle ne compte pas les «milliers de personnes qui vont vers les ressources d'aide» quotidiennement, rappelle le coureur et bénévole Louis Vézina. Comme lors d'une course de sentier, nombreux sont ceux qui «font un pas en avant pour apprendre à vivre avec cette détresse-là, à la surmonter et à se rendre au prochain ravito. C'est ça qu'il faut célébrer.»
«En trail, on veut juste se rendre au prochain ravito, et tout ce qu'il y a au-delà n'a pas d'importance», explique Louis Vézina, fondateur de l'organisme Courir pour la vie. C'est ainsi qu'il illustre le chemin à parcourir pour les personnes aux prises avec une détresse psychologique en cette Journée mondiale de la prévention du suicide.
Il parle en connaissance de cause, lui qui a été une oreille pour bon nombre de victimes collatérales du suicide depuis la fondation de Courir pour la vie, en 2009. Un père ayant perdu sa fille, deux frères orphelins de père, un groupe d'amis endeuillés... Les exemples de témoignages sont nombreux.
Louis Vézina a lui-même vécu le suicide d'un ami durant ses études secondaires, en plus de voir son ex-conjointe perdre son père, alors âgé de 64 ans.
«Je me disais que le petit jeune en secondaire 4, naïf face à la vie, c'était à quelque part le manque d'expérience. Mais après ça, l'homme de 64 ans, tu te dis : "C'est quoi leur point commun? " Le point commun, c'est de perdre espoir. Et il n'y a pas d'âge pour perdre espoir. Pour moi, ce sont ces deux suicides, qui sont à l'opposé [...] qui ont fait que j'ai eu beaucoup de questionnements et que je me suis dit qu'il fallait faire quelque chose.»
«Un outil de deuil»
Ce «quelque chose» se traduit depuis neuf ans par des courses auxquelles prennent part des participants dans le but d'amasser des fonds pour les centres de prévention du suicide. «En 2009, il n'y avait que moi qui courais. Ça devait se terminer là. Je voulais ramasser 1000 $», raconte Louis Vézina. L'année suivante, 56 coureurs prenaient part au Marathon des Deux Rives pour la cause. «Là-dessus, 52 n'avaient jamais couru», se réjouit l'organisateur, qui se consacre à Courir pour la vie de manière totalement bénévole. «Je m'attendais vraiment à attirer des coureurs, mais j'ai plutôt attiré des sympathisants de la cause.»
Un phénomène qui s'explique par le fait que la course devient «un outil de deuil» pour plusieurs. «C'est dur de donner un sens à la mort de ton cousin, de ton frère, de ton fils, de ton père. Mais dans l'année qui suit, de s'entraîner, de commencer une première course, de focaliser sur autre chose», ça peut faire toute la différence, croit-il.
La voix brisée par un sanglot, il a une pensée particulière pour des mamans qui ont perdu un enfant, et qui s'impliquent auprès de son organisme. «Ça donne un sens à la mort de leur enfant.» À propos d'une en particulier, il souffle : «Sa grande fille de 22 ans n'est plus là, mais elle fait quand même des coupes à vin pour ramasser des fonds.»
Depuis les débuts de Courir pour la vie, quelque 1500 coureurs ont amassé plus de 630 000 $ pour la prévention du suicide. S'il dénonce haut et fort le manque de financement public alloué aux centres de prévention du suicide, il indique que la valeur de son organisme ne se mesure pas à l'argent qu'elle permet d'amasser, mais plutôt aux rapprochements qu'elle suscite. 
Il se souvient notamment de la fin tragique d'une étudiante en pharmacie à l'Université Laval, et de la vingtaine de camarades de classe qui ont pris part à une course à L'Isle-aux-Coudres pour lui rendre hommage. «Tous ces gens-là auraient vécu leur peine chacun de leur bord, mais ils se sont mis à la course.» Ce qui a même fait emboîter le pas au père de l'étudiante décédée.
Cet été, six coureurs se sont par ailleurs attaqués à 70 kilomètres de la Grande Muraille de Chine, qu'ils ont traversée en cinq jours pour Courir pour la vie. Louis Vézina y était, et en a tiré un court-métrage dont le lancement aura lieu ce dimanche à 13h au pavillon La Laurentienne de l'Université Laval.
Le film PAO : Courir la Muraille sera également présenté le 26 septembre à La Korrigane. Voir la bande-annonce ici.