À l’occasion de la Journée internationale de la fille, ce 11 octobre, l’organisation Plan International Canada révèle les résultats de son étude <em>Libres d’être en ligne?</em>.  
À l’occasion de la Journée internationale de la fille, ce 11 octobre, l’organisation Plan International Canada révèle les résultats de son étude <em>Libres d’être en ligne?</em>.  

Journée internationale de la fille: vers des plateformes en ligne plus sûres

Émilie Pelletier
Émilie Pelletier
Le Soleil
Messages vulgaires répétés, photos explicites non désirées et commentaires sexistes. Il ne s’agit que d’une poignée de comportements auxquels font face Rosalie et Andrée-Anne lorsqu’elles naviguent sur les réseaux sociaux. Et elles ne sont pas les seules. Plus de six filles sur dix âgées de 15 à 25 ans interrogées au Canada ont été victimes de harcèlement en ligne. À l’occasion de la Journée internationale de la fille, ce 11 octobre, l’organisation Plan International Canada révèle les résultats de son étude Libres d’être en ligne?.  

Les médias sociaux sont devenus des outils vitaux dans nos vies, qu’ils soient utilisés pour socialiser, se divertir, ou pour apprendre, on leur trouve bien des vertus, explique Nafi Faye, porte-parole de l’organisation mondiale Plan International Canada, qui se voue à la promotion des droits de l’enfant et de l’égalité des filles. «Mais les réseaux sociaux, ce n’est pas sécuritaire pour elles. Ça entraîne un sentiment de peur.» 

«Elles», ce sont les filles âgées de 15 à 25 ans. Rosalie et Andrée-Anne, deux jeunes femmes de 24 et 22 ans sont à même de le constater. Présentes sur les réseaux sociaux depuis environ une dizaine d’années déjà, elles ont vécu «toutes sortes» de situations «désagréables» et «stressantes». 

«Le harcèlement en ligne est une violence basée sur le genre faite en utilisant la technologie, décrit Mme Faye. Il peut prendre la forme de discours grossiers ou sexistes, de gestes intentionnels à l’endroit de la fille, de harcèlement avec des photos ou de l’intimidation» 

«C’est une violence faite à l’endroit des filles, parce qu’elles sont des filles» résume-t-elle. L’enquête de Plan International Canada, qui a été menée auprès de 14 000 filles dans 22 pays, montre que plus de la moitié de celles qui utilisent les réseaux sociaux (58 %) a déjà été victime d’abus ou de harcèlement en ligne.  

Au Canada, ces chiffres sont encore plus élevés : 62 %. Les deux jeunes femmes de Québec approuvent.  

«J’ai eu plein de petits mots ici et là, tellement random et souvent vulgaires et agressifs. Mais c’est comme si d’emblée, on le sait que parce qu’on est une fille, on s’expose à ça», témoigne Andrée-Anne, une étudiante à l’Université Laval.  

«On reçoit des photos ou des commentaires qu’on n’a jamais demandés. Quand on ne répond pas aux messages, ça n’arrête pas pour autant. Mais il me semble que ne pas avoir de réponse, c’est assez clair que c’est parce qu’on n’est pas intéressées», ajoute Rosalie.  

Une vie en ligne 

Malgré tout, elles ne sont pas près de cesser d’utiliser les plateformes numériques. Avec la pandémie, un plus grand nombre d’activités ont eu à se dérouler en ligne, pour éviter les contacts sociaux et ainsi tenter de réduire la propagation du virus.  

«La COVID a marqué l’année 2020 et les filles étaient plus présentes en ligne. Pendant le confinement, il y a eu plus de cours en ligne avec la fermeture des écoles», mentionne la porte-parole de l’organisation qui a publié le rapport.  

Le harcèlement en ligne n’est pas sans conséquence, rappelle Nafi Faye. Selon les données recueillies au cours de l’enquête, près des trois quarts des filles (72 %) ont déclaré que le fait d’avoir été harcelées sur les plateformes en ligne leur avait causé des effets négatifs comme une baisse de l’estime de soi ou un stress mental ou émotionnel.  

«Personnellement, j’avoue que je trouve ça stressant de publier une photo, on ne sait jamais qui peut tomber dessus et se retrouver à être confrontées à toutes sortes de commentaires déplacés», réfléchit Andrée-Anne, qui note que la situation est aussi répandue sur les sites de rencontre. 

«Tout le monde peut s’écrire sur les réseaux sociaux, c’est tellement facile, alors ça devient dangereux surtout pour les plus jeunes d’ajouter des inconnus parce qu’elles ne voient pas les conséquences», observe pour sa part Rosalie.  

Changer les choses? 

Devant une problématique aussi répandue dans le monde, qu’est-ce que la publication d’un tel rapport sur le harcèlement en ligne pourrait changer pour les adolescentes et les jeunes femmes, a demandé Le Soleil.  

«On souhaite continuer le plaidoyer auprès des entreprises, des gouvernements et des communautés pour permettre aux filles d’exprimer et de mettre en lumière des problèmes auxquels elles sont confrontées quand elles sont en ligne», exprime Nafi Faye, chez Plan International Canada. 

Certaines filles ayant pris part à l’étude ont d’ailleurs adressé une lettre ouverte à l’intention des dirigeants de réseaux sociaux tels que Facebook, Twitter, Instagram et TikTok pour les encourager à devenir leurs «alliés» pour rendre leurs plateformes «plus sûres».  

Pour Rosalie et Andrée-Anne, une chose est certaine : du travail doit être fait en amont, pour sensibiliser les jeunes au phénomène d’harcèlement en ligne.  

«C’est bien de continuer la conversation, ça expose une problématique tabou. En même temps, ce n’est pas la première fois qu’on en parle et il tarde à y avoir des résultats. Si les entreprises et les gouvernements prenaient plus de responsabilités, ça pourrait devenir plus concret», songe Andrée-Anne.  

«Au moins, on commence à en parler dans les écoles, alors c’est signe qu’on est dans la bonne voie», termine-t-elle. 


« Personnellement, j’avoue que je trouve ça stressant de publier une photo, on ne sait jamais qui peut tomber dessus et se retrouver à être confrontées à toutes sortes de commentaires déplacés »
Andrée-Anne, victime d'harcèlement en ligne

Conclusions du rapport Libres d’être en ligne? au Canada 

  • 1 002 filles et jeunes femmes âgées de 15 à 24 ans ont répondu à l’enquête. 
  • Environ trois filles et jeunes femmes sur cinq sont victimes de harcèlement en ligne fréquemment (25 %) ou très fréquemment (35 %). 
  • Les types de harcèlement auxquels la plupart des filles sont confrontées au Canada sont le langage abusif et insultant (72 %), la mise dans l’embarras délibérée (64 %), la honte du corps (61 %), le harcèlement sexuel (55 %) et le harcèlement criminel (51 %). 
  • Dans l’ensemble, 72 % d’entre elles ont déclaré avoir subi des effets négatifs du fait d’avoir été harcelées sur les plateformes de réseaux sociaux. Les effets négatifs les plus courants du harcèlement en ligne sont une baisse de l’estime de soi ou une perte de confiance et un stress mental ou émotionnel, suivis par des problèmes à l’école. 
  • Pour éviter le harcèlement en ligne, 19 % des filles interrogées au Canada ont déclaré qu’elles cesseraient de publier des contenus qui expriment leur opinion. 8 % ont déclaré qu’elles quitteraient la plateforme sur laquelle elles ont été victimes de harcèlement. Près de la moitié des filles et des jeunes femmes interrogées (48 %) choisiraient d’ignorer le harcèlement, tandis que 37 % choisiraient de signaler/bloquer le harceleur ou d’augmenter leur niveau de protection de la vie privée. 
  • Plus de la moitié des filles interrogées au Canada pensent que les entreprises de réseaux sociaux devraient faire davantage pour lutter contre ces problèmes sur leurs plateformes. 

Qu’est-ce que la Journée internationale de la fille?

Plan International Canada a mené, en 2009, une vaste campagne pour tenter de «mettre fin à l’inégalité entre les sexes et à reconnaître les droits des filles comme des droits humains». Puis, en 2011, le gouvernement canadien a, avec le soutien des autres partis politiques, amené les Nations Unies à déclarer officiellement le 11 octobre comme étant la Journée internationale de la fille. 

«Une très grande occasion pour mettre les projecteurs sur les droits des filles dans le monde entier pour lutter contre les problèmes, les défis auxquels elles font face tout simplement parce qu’elles sont jeunes et qu’elles sont de sexe féminin», écrit l’organisation.