Des gens de la communauté guinéenne se sont rassemblés pour pleurer deux résidents de l'édifice qui ont perdu la vie dans l'attentat, soit Mamadou Tanou Barry, 42 ans, et Ibrahima Barry, 39 ans.

Jour de deuil après une nuit sans réponses

Frères, soeurs, pères, enfants, conjoints, collègues et amis... C'est unies que les familles de la région de Québec ont appris le décès de l'un de leurs proches victime de la fusillade de dimanche soir au Centre culturel islamique de Québec, à Sainte-Foy.
Après une nuit sans réponses, pour plusieurs, la mauvaise nouvelle est tombée en après-midi. Le Soleil a rencontré et même partagé un repas avec différentes familles et amis touchés dans leur foyer, impuissants devant la tragédie qui a fait six morts et plusieurs blessés. Certaines attendaient toujours des réponses lors de notre passage et d'autres étaient sans mot.
Vêtue de mauve, Khadija Thabti gardait espoir, installée dans le salon de son logement de la rue des Mélèzes, à Sainte-Foy. Plus d'une centaine de personnes, notamment des gens de Montréal qui ont fait le trajet, ont tenu à venir soutenir la dame au cours de la journée. «Je n'ai toujours pas de confirmation. C'est difficile», a-t-elle simplement confié, les larmes aux yeux.
Vers 11h30, lors du passage du Soleil, la pièce était plutôt silencieuse. Une vingtaine d'amis et de proches étaient réunis dans l'appartement, principalement des femmes, dont certaines avec leur bébé. Des dizaines de bottes et de souliers obstruaient le corridor. Bouleversés, tous attendaient une confirmation des policiers.
C'est à 14h qu'elle arrivera.
Aboubaker Thabti est décédé, laissant dans le deuil entre autres sa conjointe, mais aussi ses deux enfants, Mariem, 3 ans, et Mohammed, 11 ans. Ce dernier était présent dans l'appartement.
Technicien pharmaceutique de formation, le Tunisien de 44 ans était débarqué dans la capitale le 4 octobre 2011 pour quitter le climat politique de son pays et offrir une meilleure éducation à ses enfants. D'ailleurs, son petit bonhomme avait obtenu sa nationalité le 3 septembre 2015.
M. Thabti rêvait de venir s'établir dans la région de Québec, pour entre autres son climat de paix et ses besoins en main-d'oeuvre, ont confié certains de ses proches. Il était considéré comme une personne travaillante, à l'écoute des gens et très proche de sa famille. Il a fait sa demande d'immigration en 2008, tout comme son bon ami Tarek Dhouibi.
«Nous étions très proches. On se connaît depuis la Tunisie», indique celui qui est arrivé au Québec en janvier 2012. «Il m'a nourri et m'a logé durant trois semaines. Il m'a même donné sa voiture pour que je puisse me déplacer. Je n'avais pratiquement plus d'argent lorsque je suis arrivé», poursuit M. Dhouibi, saluant la générosité de l'homme envers son prochain. «Il était gentil, sympathique et très tolérant.»
Depuis ses premiers pas dans la province, M. Thabti oeuvrait chez Exceldor à Saint-Anselme. Il a d'ailleurs grimpé au fil des ans les échelons pour devenir chef d'équipe. Quant à sa conjointe, elle tenait une garderie. Lorsque la fusillade a éclaté, la victime était à environ trois mètres de la porte, endroit où il aimait faire sa prière.
«C'est une personne qui aidait tout le monde et c'est peut-être ça qui lui a coûté la vie. Les événements se sont produits une dizaine de minutes après la prière. Et il avait comme habitude, après chaque prière, de parler avec les gens et de regarder s'il n'y avait pas quelque chose à faire pour les aider», note M. Dhouibi qui, après avoir pris connaissance du drame dimanche soir, a tenté de joindre à maintes reprises celui qu'il considère «comme un frère».
«Environ 98 % des gens qui fréquentent la mosquée le connaissaient. Il parlait avec tout le monde», indique celui qui s'inquiète pour l'avenir de sa conjointe. «Elle n'a pas de permis de conduire et c'est M. Thabti qui s'occupait de la paperasse et des comptes. Ça va être difficile pour elle de passer à travers ça», ajoute-t-il, promettant d'être présent pour elle.
Parti de Montréal en avant-midi, l'un des cousins de la victime prenait également part au rassemblement. «Il était une personne qui aidait les immigrants. Il les dépannait. Des rassemblements comme ça, c'est exceptionnel», a-t-il dit, préférant taire son nom. Quant à la question des funérailles, il a confié qu'il était trop tôt pour savoir si l'homme serait mis en terre au Québec ou en Tunisie.
«Viens manger mon frère»
Quelques kilomètres plus loin, toujours dans le secteur de Sainte-Foy, des gens de la communauté guinéenne s'étaient également rassemblés dans un immeuble à logements pour pleurer deux résidents de l'édifice qui ont perdu la vie dans l'attentat, soit Mamadou Tanou Barry, 42 ans, et Ibrahima Barry, 39 ans.
Tout comme chez Aboubaker Thabti, des dizaines de souliers jonchent le corridor, devant les appartements de la rue de La Pérade. Il y a beaucoup de va-et-vient. 
«Viens manger, mon frère», a été invité Le Soleil, patientant dans l'entrée de l'un des appartements au cinquième étage. Invitation acceptée, pour partager un plat de viandes et de riz. Une vingtaine d'hommes étaient présents dans le salon et discutaient de la tragédie et une quinzaine d'autres personnes se tenaient dans l'appartement voisin, dont les veuves et leurs enfants. «C'est triste et incompréhensible, dit l'un d'entre eux. C'est douloureux pour tout le monde.»
Des proches d'une victime de l'attentat de la mosquée de Sainte-Foy s'enlacent au lendemain de la tragédie.
L'un des décès avait alors été confirmé à l'une des familles, mais l'autre était toujours en attente de confirmation.
Sur place, le président de l'Association des Guinéens à Québec, Souleymane Bah, s'est fait le porte-parole du groupe. Il a entre autres dénoncé les actes de violence à la mosquée.
«Hier soir [dimanche], je soupais avec Mamadou Tanou Barry, Ibrahima Barry et un compatriote qui venait de perdre son père en Guinée. Nous étions réunis pour offrir nos condoléances et faire des prières, raconte M. Bah, ébranlé. Ils sont partis plus tôt pour la mosquée. C'était un ami proche [Mamadou Tanou Barry]. Une personne très instruite, qui avait l'habitude d'aller prier», poursuit celui qui a choisi de rentrer chez lui. Il souligne que la mère de Mamadou Tanou Barry était arrivée de Guinée samedi soir, en visite.
Pour le président d'association, il est important que les Québécois se soutiennent au cours des prochaines semaines, mois, et années afin de combattre la haine.
«On est tous des Canadiens. Au Québec, nous sommes une famille unie. Le Canada est un modèle en matière d'intégration des immigrants. Dans la société, vivre ensemble, c'est se connaître et se parler. Imaginez une personne dans une mosquée, qui est assise après avoir prié, qui nourrit de jeunes enfants, et ils perdent la vie. C'est complètement déshumain. Cette barbarie, cette tragédie, nous devons la combattre ensemble», conclut-il.