Après la défaite de Joëlle Boutin aux élections générales de l’an dernier, le ministre délégué Éric Caire en a fait sa directrice de cabinet. Poste qu’elle a beaucoup aimé occuper, jusqu’à hésiter à se représenter dans Jean-Talon.

Joëlle Boutin, candidate de la CAQ dans Jean-Talon: sur les ailes de la politique

En vue de l’élection provinciale partielle dans la circonscription de Jean-Talon, le 2 décembre, à Québec, Le Soleil rencontre les candidats des quatre partis représentés à l’Assemblée nationale. Aujourd’hui : Joëlle Boutin, de la Coalition avenir Québec.

Avion, bateau, moto, auto et même bus, elle est de toutes les expéditions. Bon, pas trop moto depuis qu’elle a failli se tuer la veille de son examen de permis. Mais depuis un an et demi, sa nouvelle aventure, c’est la politique active.

Joëlle Boutin vient d’avoir 40 ans. Née le 2 octobre, même jour de l’année que Gandhi. Ça se place bien dans une conversation. Mais plus que ça, cette coïncidence lui a servi dans son ancienne entreprise de draps pour enfants en coton biologique fabriqués dans le sud de l’Inde.

C’est ça, une conversation avec Mme Boutin. Un voyage rempli d’anecdotes et de lieux, comme Dolbeau, où elle est née, l’Italie, Schefferville, le Grand Nord, le Sri Lanka, qu’elle n’a finalement jamais traversé à moto, Ottawa, l’Angleterre, Madagascar et surtout Québec, ville dont elle a habité plusieurs quartiers avant de se poser dans Saint-Sauveur.

Dans le café Second Cup du chemin des Quatre-Bourgeois où elle a donné rendez-vous au Soleil — elle y avait demandé à sa grande amie Jennifer d’être marraine de son premier enfant —, on la suit sur les ailes de son petit avion. Au figuré comme au sens propre. Car elle a été pilote pendant cinq ans.

«Ç’a été une expérience incroyable! J’ai eu la chance d’aller partout au Québec. La chance d’atterrir à Salluit [deuxième village le plus au nord du Québec] le 23 décembre, dans la tempête de neige, parce que tu vas porter des gars d’Hydro ou des Inuits. Ce n’est pas tout le monde qui fait ça, à 23 ans», reconnaît-elle.

Indiana Jones, mon père

Fille d’une infirmière et d’un pilote de brousse, elle a d’abord suivi les traces de celui qu’elle qualifie d’«Indiana Jones des temps modernes». Il avait pourtant tout fait pour l’en décourager.

«Je me suis fait engager chez Air Canada comme agente de bord et j’ai dit que j’irais faire passer ma licence de pilote à Halifax. Alors mon père a flanché et m’a dit : “Je te paie soit l’université, soit la licence”. J’ai choisi la licence, en me disant que j’allais me payer l’université plus tard. En fin de compte, je paie encore mes études!» s’esclaffe celle qui a ensuite étudié l’économie et la politique.

«Pas sûre que je serais encore capable de le faire aujourd’hui», laisse-t-elle tomber, sur ses années aériennes. «Quand tu as des enfants, tu n’as comme plus le droit de mourir!» constate la maman d’Enzo, 11 ans, et de Stella, 7 ans.

«À ce moment-là, je n’avais rien à perdre et je voulais juste vivre intensément. Mais j’ai failli mourir quelques fois. Une fois, j’étais copilote et c’était une erreur humaine du commandant. L’autre, c’était strictement mécanique, un boulon qui a sauté de l’aile et on n’avait plus de contrôle sur l’appareil.

«C’est là que j’ai découvert que j’ai un sang-froid incroyable. Après, tu réfléchis à ta vie et tu réalises que ce n’est pas tout le monde qui vit comme ça», poursuit Mme Boutin.

«Dans mon cockpit, je transportais beaucoup de monde politique, des gens d’affaires. Mais je trouvais que je n’avais pas d’impact concret. J’ai toujours voulu être utile à la société», explique celle qui, à l’âge de 17 ans, manifestait pour l’environnement et Amnistie internationale, entre autres causes.

Après sa défaite aux élections générales de l’an dernier, le ministre délégué Éric Caire en a fait sa directrice de cabinet. Poste qu’elle a beaucoup aimé occuper, jusqu’à hésiter à se représenter quand la démission du député libéral Sébastien Proulx a forcé la tenue d’une élection partielle dans Jean-Talon.

«Ma mission de vie, c’est d’aider des millions de personnes. Pour vrai!» lance-t-elle, au journaliste incrédule. «Un matin, je me suis levée en me disant : “Comment je vais faire pour y arriver?” Comme directrice de cabinet, c’est fou, parce qu’on élabore des politiques qui ont un impact sur des millions de personnes. Mais si je deviens députée, vais-je pouvoir avoir autant d’impact? C’était vraiment ma question!»

Le plus gros sapin de Noël

Elle se considère chanceuse de bénéficier d’une bonne santé et de n’avoir manqué de rien durant sa jeunesse. «Mais on ne naît pas tous égaux. Ce n’est pas vrai! Alors quand on peut, il faut redonner au suivant», fait valoir celle dont le paternel s’est retrouvé à la rue à 12 ans, sans argent ni éducation.

Elle a donc fini par «faire confiance à la vie». En plus d’écouter ses mentores, dont la candidate péquiste dans Taschereau l’an dernier et ancienne curatrice publique, Diane Lavallée. La perspective d’une première victoire non libérale en 54 ans d’existence du comté a achevé de la convaincre.

Après le 2 décembre? Mme Boutin installera «le plus gros sapin de Noël que je n’ai jamais eu de ma vie» dans sa nouvelle demeure au plafond cathédrale. Traverser l’Atlantique en bateau à voile, sport qu’elle adore, attendra encore un peu.

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ENJEUX DE CIRCONSCRIPTION 

L’éducation

«L’état des écoles. J’ai déjà fait sortir les listes des écoles qui pourraient avoir besoin de rénovation dans Jean-Talon. Aussi le soutien aux professeurs, il manque d’orthopédagogues, etc. Beaucoup de professeurs habitent dans Jean-Talon.»

Les aînés

«Les aînés veulent qu’on prenne soin d’eux. Une politique des proches aidants s’en vient. Le rehaussement de la qualité dans les CHSLD, il y en a un dans Jean-Talon, Saint Brigid’s Home, en plus d’un projet en cours. Je serai la première à le prendre et à le pousser, je sais comment pousser des projets au gouvernement.»