Le maire Steve Lussier a annoncé la décision de son conseil en insistant sur la capacité de payer des Sherbrookois.

Jeux de la Francophonie: Sherbrooke dit oui à une condition

Sherbrooke dit oui aux Jeux de la Francophonie de 2021 à une condition : la part financière de la Ville doit se limiter à 5,5 M$, peu importe le montant de la facture finale. La balle est donc dans le camp des deux paliers de gouvernement qui devront négocier leur contribution respective.

Réunis en séance extraordinaire lundi soir, les élus ont été favorables au dépôt de la candidature de la Ville pour accueillir les Jeux de la Francophonie à Sherbrooke.

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Rappelons que lors de la mise en candidature de Sherbrooke en 2015, le budget projeté pour l’événement était de 52 M$. La part de la Ville s’élevait alors à 8,75 M$.

« Le mandat que le comité a reçu était de vérifier s’il était possible de réaliser ces Jeux, mais avec un budget moindre de la part de la Ville et nous avons réussi à descendre l’implication de Sherbrooke à 5,5 M$. Il reste maintenant à vérifier avec les autres paliers de gouvernement quelle est la vraie valeur des Jeux et combien sont-ils prêts à payer », a expliqué aux conseillers le directeur général de la Ville, Daniel Picard, pendant sa présentation.

Outre M. Picard, le comité de vérification mis sur pied la semaine dernière à la suite de l’annonce du désistement de Moncton et Dieppe était composé de services de la Ville, de partenaires (UdeS, Bishop’s, Cégep...), de représentants d’Excellence sportive Sherbrooke et de partenaires culturels.

Immobilisations

Sur les 5,5 M$ prévus par la Ville, 2,5 M$ sont consacrés à des immobilisations, 1 M$ est réservé pour la mise à niveau de la piste d’athlétisme, 600 000 $ sont prévus au transport pendant les Jeux et 1,4 M$ est réservé pour des biens et services de la Ville. 

Notons que les dépenses prévues pour les immobilisations étaient déjà notées dans le plan triennal de la Ville et que le 1 M$ affecté à la piste d’athlétisme a déjà été budgeté en 2019.

« Le budget de Sherbrooke dans un événement de cette envergure est important, mais ce qui est primordial, c’est d’obtenir des engagements de la part des deux gouvernements autant pour les frais connus que pour les frais toujours inconnus et c’est ce qui reste à négocier », a souligné le dg.

Selon les derniers chiffres avancés par Moncton et Dieppe, après analyse du cahier de charges de l’Organisation internationale de la Francophonie, l’organisation des Jeux se chiffrait à 62 M$.

Ni le maire ni les élus ont voulu s’avancer lundi sur les sommes qu’accepteraient de verser Québec et Ottawa.

Jointe en soirée par La Tribune, la ministre Marie-Claude Bibeau a réaffirmé qu’Ottawa était prêt à verser 50 % des coûts assumés par le secteur public.

« Le budget ne sera final qu’une fois que nous aurons accès au cahier de charges. Et c’est le gouvernement du Québec qui, à titre de mandataire, obtiendra le cahier de charges et décidera d’aller de l’avant », a précisé M. Picard.

La ministre québécoise de la Francophonie, Nadine Girault, s’est rendue à Sherbrooke pour rencontrer le maire plus tôt lundi. Dans les prochains jours, Mme Girault rencontrera les ministres Isabelle Charest (déléguée à l’Éducation), Nathalie Roy (Culture et communications), François Bonnardel (responsable de la région de l’Estrie) et Danielle McCann (Santé et services sociaux).

Enjeux

Le comité de vérification s’est penché sur plusieurs enjeux dans les derniers jours avant de recommander à la Ville de redéposer sa candidature, notamment sur les raisons qui ont mené à l’explosion des coûts à Moncton-Dieppe.

Selon M. Picard, la télédiffusion des Jeux, l’accompagnement des dignitaires et la sécurité sont trois postes de dépense qui ont augmenté considérablement les coûts. 

« Est-ce que le gouvernement du Québec pourra négocier à la baisse certaines exigences avec l’OIF? C’est un défi que le gouvernement aura pour que les Jeux soient réalisables », a fait valoir le dg.

Les frais reliés à l’entrée au pays des athlètes ainsi que les frais de santé ont également fait partie des enjeux analysés par le comité. La possibilité de mobiliser des équipes et l’échéancier serré avant la tenue des Jeux faisaient aussi partie de l’analyse. Le comité a toutefois jugé que ces derniers enjeux ne constituaient pas des obstacles pour Sherbrooke. 

Les membres de l’OIF se réuniront à Paris les 14 et 15 février pour discuter de la suite des choses.

« Les braises des Jeux d’été du Canada sont encore bien chaudes et suffit d’un peu de souffle pour que ça reprenne », a commenté Vincent Boutin.

« On ne sautera pas en bungee sans un élastique solide »

« Il est hors de question de créer une taxe spéciale pour les Jeux. Il y a une capacité de payer des citoyens et je veux m’assurer que ce sera respecté. La recommandation est une décision unanime, mais ça ne se fera pas au détriment des services aux Sherbrookois. »

Steve Lussier est catégorique : 5,5 M$ pour les Jeux de la Francophonie, pas un sou de plus. À l’issue de la séance extraordinaire de lundi où le conseil s’est prononcé en faveur du dépôt de la candidature de Sherbrooke pour accueillir les Jeux, le maire a démontré un enthousiasme prudent.

« On ne sautera pas en bungee sans un élastique solide », a affirmé le maire. 

« Ça va être aux gouvernements provincial et fédéral de s’asseoir ensemble pour déterminer leurs coûts, maintenant qu’ils connaissent nos chiffres », a-t-il soutenu.

Président du comité du sport et du plein air, Vincent Boutin était enchanté de l’ouverture du conseil à accueillir les Jeux. « À Sherbrooke, l’organisation d’événements on a ça dans notre ADN. Les braises des Jeux d’été du Canada sont encore bien chaudes et suffit d’un peu de souffle pour que ça reprenne », a-t-il commenté.

« Je pense que la proposition que l’on fait aujourd’hui est très intéressante autant pour les gouvernements que pour les citoyens sherbrookois », a avancé Rémi Demers.

Julien Lachance affirmait avoir « rarement vu une aussi belle opportunité considérant nos forces et notre expertise ».

Son collègue Pierre Tremblay considère que le conseil a posé le bon geste en posant sa candidature. « On a mis des objectifs financiers précis et on demande à l’organisation de faire un effort pour s’assurer de respecter la capacité de payer », a pour sa part commenté Marc Denault.

Chantal L’Espérance se disait prête à aller de l’avant. « Ce sont des retombées de plusieurs dizaines de millions de dollars pour la Ville, ce n’est pas rien! Et c’est un legs pour le sport et pour la culture et ça, c’est du jamais vu », a-t-elle souligné.

Sa collègue Annie Godbout estimait que le conseil était prudent dans sa démarche. « On donne le mandat ce soir d’aller négocier, c’est une décision sage de notre part parce qu’on a beaucoup à gagner avec un projet comme celui-là. »

Pierre Avard se disait fier que la Ville ait pris la balle au bond. « La prochaine étape sera la plus importante. La clé, c’est les négociations qui vont suivre. »

Évelyne Beaudin souhaite que les Jeux « mettent Sherbrooke sur la carte ». 

Finalement, Nicole Bergeron a espéré que l’OIF veille à réduire les coûts associés à ce genre d’événement. 

Berthold et Gingues préoccupés

Danielle Berthold est l’élue ayant démontré la plus grande réticence face à l’obtention des Jeux de la Francophonie. 

« J’ai beaucoup de réticences dans ce dossier. Mes plus grandes préoccupations demeurent le taux d’endettement et la capacité de payer des citoyens. Le cahier de charges sera déterminant dans cette démarche », a-t-elle fait valoir. 

« Je me rallie ce soir pour que l’on puisse explorer davantage la possibilité de recevoir les Jeux à Sherbrooke. Mais il y a des choses inquiétantes dont la recherche de commandites, la sécurité et plusieurs autres détails importants auxquels il faudra s’attarder », a prévenu Mme Berthold.

Paul Gingues croit que Sherbrooke a les atouts nécessaires pour ce genre d’événement, mais a rappelé à ses collègues que plusieurs gros projets se mettront en branle à Sherbrooke dans les prochains mois. « Va falloir choisir nos batailles. »

« Je me rallie ce soir, mais il y a un mot clé et c’est : conditionnel. »