L’attention du gouvernement reste concentrée sur la gestion de la crise, insiste Jean-Yves Duclos.
L’attention du gouvernement reste concentrée sur la gestion de la crise, insiste Jean-Yves Duclos.

Jean-Yves Duclos: «Nous sortirons plus forts de la crise si on le fait ensemble»

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
LA POLITIQUE EN QUESTIONS / Chaque samedi, Le Soleil braque les projecteurs sur des sujets politiques chauds passés sous la loupe d’acteurs du milieu ou d’observateurs avisés.

Alors que le gouvernement Trudeau s’apprête à relancer l’activité parlementaire à Ottawa, Jean-Yves Duclos a déjà les deux mains dans la relance économique. Le député libéral de la circonscription fédérale de Québec a vu son rôle de président du Conseil du Trésor du Canada prendre une autre dimension au cours des derniers mois marqués par la pandémie.

Q Quelles orientations le gouvernement libéral souhaitera-t-il mettre en évidence dans le discours du Trône, mercredi?

R Les mots-clés seront santé et sécurité. Notre priorité est la santé des gens, évidemment, mais aussi la santé économique et la santé de l’environnement. Et si on veut une relance forte, elle doit être sécuritaire.

J’utilise l’analogie du feu de circulation avec les lumières verte, jaune et rouge. Quand les gens regardent la lumière rouge, ils savent qu’ils sont en sécurité. Le jaune, c’est pour être juste, donner du courage et de la lumière à ceux qui en ont besoin pour passer à travers. Le vert, c’est l’espoir, essentiel. Aussi le développement durable, qui prendra encore plus d’importance après la pandémie.

Q Quel sera l’élément central de la relance économique, surtout à l’aube d’une possible deuxième vague?

R On veut donner à la fois le sentiment et la réalité de sécurité pour nos travailleurs, nos familles et nos aînés. On sent beaucoup d’anxiété chez les gens, ce qui inclut les travailleurs et les entrepreneurs, de passer à travers la crise sanitaire. On doit maîtriser la crise pour donner confiance aux gens, ce qui va relancer l’économie.

Q Le programme de la Prestation canadienne d’urgence (PCU) tire à sa fin. Quel bilan en faites-vous?

R Un bilan très positif, autant dans la dimension économique que sociale. Au plan économique, il est absolument essentiel de s’occuper de ceux qui subissent le plus les effets de la pandémie, c’est-à-dire les jeunes, les femmes, les travailleurs sans sécurité d’emploi, les gens à faible salaire, les travailleurs autonomes.

Plus de 8,5 millions de Canadiens ont eu besoin de la PCU, dont 2 millions au Québec et 250 000 juste dans la région de Québec. Des salariés et des travailleurs autonomes qui ont eu besoin de la PCU pour mettre de la nourriture sur la table.

En l’absence d’intervention rapide, on aurait eu une énorme crise sociale à Québec et partout au pays. Plein de gens qui auraient été incapables de payer l’épicerie, leur carte de crédit, leur maison. Un drame terrible qui aurait affecté le tissu social et économique.

Q Comment envisagez-vous la tenue d’une campagne électorale pancanadienne en période de pandémie, que ce soit cet automne ou au printemps prochain?

R Notre attention est entièrement focalisée sur la gestion de la crise à la fois sanitaire et économique. On n’a aucune intention et aucun intérêt à forcer des élections dans les prochains mois, alors que la situation est critique autant au Québec qu’au Canada. Mais nous sommes en situation de gouvernement minoritaire et la décision revient aux partis d’opposition. Nous, on se concentre à prendre soin des gens et des entreprises dans le contexte actuel.

Q Il s’affiche déjà pro-choix et en faveur du mariage gai. Voyez-vous en Erin O’Toole, le nouveau chef conservateur, une menace plus importante pour les libéraux au Québec qu’Andrew Scheer?

R Le Parti libéral a une philosophie assez différente de celle du Parti conservateur. La philosophie du Parti libéral repose sur la liberté de choix, la possibilité de chaque personne de s’épanouir comme elle veut le faire, non seulement dans le respect de la différence, mais dans la valorisation de la différence. Les différences rendent notre société plus forte et plus fière.

On croit à la solidarité, encore plus en temps de crise. Nous sortirons plus forts de la crise, mais seulement si on le fait ensemble, en s’entraidant. Les autres partis ont des philosophies différentes, alors je laisse aux gens le souci de choisir ce qui est important pour eux.

Q Êtes-vous surpris de la hausse des cas de COVID-19 à Québec, surtout que la région avait été relativement épargnée au printemps dernier?

R La région de Québec est comme les autres régions au Québec et ailleurs au pays. Tout le monde a intérêt à protéger sa santé et celle des autres. Dans la région et dans ma circonscription, j’ai observé qu’une grande majorité des gens portent le masque, se lavent les mains, gardent leur distance. Et ils me disent qu’ils le font pour eux, mais surtout pour les autres.

Q Blitz régional : questions courtes, réponses courtes. Peinture du pont de Québec?

R On a fait un grand bond. Il y a un an, c’était la première fois dans l’histoire qu’un gouvernement canadien reconnaissait que la reprise faisait partie des possibilités. Le récent rapport d’Yvon Charest permet d’aller de l’avant.

Q Projet Laurentia du port de Québec?

R Projet solide du point de vue économique. Mais comme tout projet d’envergure en 2020, il doit passer les étapes importantes des évaluations et des approbations environnementales.

Q Un gouvernement fédéral libéral financera-t-il le troisième lien?

R Notre priorité au cours des quatre dernières années a été de financer le plus gros investissement gouvernemental fédéral de l’histoire dans la région de Québec, c’est-à-dire le projet de réseau structurant de transport en commun. Une grande fierté. On continue à être à l’écoute d’autres occasions d’appuyer les projets à Québec et, comme tout le monde, on a envie d’en savoir plus sur le troisième lien.

Q Y a-t-il de l’eau dans le gaz du tramway?

R Québec est la seule ville de cette taille au Canada à ne pas avoir de réseau structurant de transport en commun, anomalie qu’on doit corriger. Une ville moderne comme Québec doit avoir ça. En plus, on a une chance exceptionnelle dans l’alignement des trois paliers de gouvernement pour permettre la construction de ce réseau.

Q Les travailleurs du chantier Davie de Lévis peuvent-ils voir à long terme?

R Les 20 prochaines années à la Davie marqueront l’émergence d’un rôle maritime d’une taille et d’une modernité qui va compétitionner avec tous les grands chantiers navals à l’échelle mondiale. Le chantier et ses 900 fournisseurs ne seront plus ce qu’ils ont été ces dernières années.