Jean-Mathieu Fortin est membre et serveur bénévole de la coopérative Le Cabestan, qui gère la microbrasserie La Fabrique de Matane.

Jean-Mathieu Fortin, celui qui veut faire la différence

Ils sont jeunes, ils vivent en région, ils ont des idées et ils affichent de l’ambition. Le Soleil est allé à la rencontre de ces «changeurs de monde». Dernier de 5

Présentation

Nom : Jean-Mathieu Fortin

Âge : 30 ans

Lieu : Matane

Réalisation : par ses multiples engagements bénévoles et professionnels, Jean-Mathieu Fortin défend les citoyens et les consommateurs en travaillant très fort pour que leur voix soit entendue.

Prochain projet : fonder une entreprise d’économie sociale en agriculture urbaine au centre-ville de Matane.

-----

MATANE — Tenter de suivre Jean-Mathieu Fortin dans une seule journée a de quoi donner le tournis. À le voir aller, on peut croire que le jeune trentenaire a le don d’ubiquité. Si le Matanais donne beaucoup de son temps bénévolement, c’est parce qu’il croit qu’il peut faire la différence. 

«Il n’y a rien d’impossible, en région, est-il persuadé. Au contraire, tout est à faire! C’est ce qui est magnifique, en région. On a moins de ressources que dans les grands centres, mais ce n’est pas un manque, un creux ou un vide, c’est une opportunité de construire des choses et de laisser sa marque dans la communauté, mais pas dans un objectif de prestige ou d’avoir une dalle de trottoir à son nom! C’est de construire quelque chose pour que les autres générations puissent aller plus loin.»

À la fin de ses études secondaires, Jean-Mathieu fonde Polygourmand, une jeune entreprise de fabrication de chocolat. Puis, après ses études au Cégep de Matane, pendant lesquelles il a été président de l’association étudiante, il quitte sa région natale pour Québec, persuadé qu’il n’avait aucun avenir à Matane.

Pendant qu’il étudiait à l’Université Laval, il cofonde Chez Henri, le premier café étudiant du Pavillon Louis-Jacques-Casault. Après avoir abandonné ses études, il travaille dans deux commerces de Québec. 

En 2009, par un beau matin de novembre, alors qu’il voyage en autobus de nuit, c’est le lever du soleil sur la baie de Matane qui le réveille. «Là, je me suis dit que je m’ennuyais de mon fleuve, de ma région», se remémore-t-il. 

Dès le lendemain, il abandonne la capitale, bien décidé à revenir à Matane. Il s’inscrit au programme de travail social du Cégep de Matane. Par la suite, il complète un certificat en gestion de projet à l’Université du Québec à Rimouski.

Pendant ses études, il travaille pour la coopérative Le Cabestan, qui gère la microbrasserie La Fabrique de Matane. Il y est d’ailleurs toujours membre et serveur bénévole, un soir par semaine.

Jean-Mathieu Fortin a multiplié les engagements bénévoles : Maisons des jeunes, Table jeunesse, Commission jeunesse, conseils d’administration du Cégep de Matane et du Réseau Accès Crédit ainsi que délégué national de la Table de concertation des forums jeunesse. Il a aussi été membre fondateur de la Ligue d’improvisation de Matane et d’Émergence Matanie. 

Aujourd’hui, il est animateur pour la Société canadienne de la sclérose en plaques, deuxième vice-président du Club Lions de Matane et comédien dans la troupe de théâtre Cravate et boule de gomme. Quand vient le temps de la guignolée et du Relais pour la vie, il répond présent.

Jean-Mathieu Fortin a reçu le prix Claude-Masson dans le cadre des prix Hommage bénévolat-Québec. Il a aussi été lauréat régional du prix «S’impliquer, ça rapporte», décerné par les forums jeunesse et le Secrétariat à la jeunesse.

Sur le plan professionnel, il est directeur de l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) de la Péninsule et est chargé de cours en travail social au Cégep de Matane.

***

PREMIER MOUVEMENT LGBT À MATANE?

Jean-Mathieu Fortin est gai. C’est d’ailleurs l’une des raisons qui lui a aussi fait fuir sa région, convaincu qu’il lui était impossible de vivre pleinement son homosexualité à Matane. «C’était une fausse croyance, sait-il aujourd’hui. Il y a maintenant plus d’ouverture par rapport à ça.»

Il y a longtemps que l’homme de 30 ans rêve d’un regroupement LGBT dans sa région. «Ça s’en vient, croit Jean-Mathieu Fortin. Peut-être que, dans un avenir proche, ce sera mon nouveau défi». Voilà que l’idée est lancée. Pour celui qui admet posséder «un capital énergétique très important», il n’en faut peut-être pas plus pour que le mouvement voie bientôt le jour!

Impossible aussi de cacher une autre de ses passions. Les tatouages qui tapissent l’un de ses bras le trahissent. «Je suis un amateur d’agriculture», dit-il sans grande surprise. «Je caresse un projet d’entreprise d’économie sociale en agriculture urbaine au centre-ville de Matane. Ce serait de la culture en serre pour produire des aliments et les transformer sur place, tout en étant complémentaire de ce qui se fait comme culture locale.»