Jean Garon s'éteint à 76 ans

L'ex-ministre péquiste et ex-maire de Lévis, Jean Garon, est décédé mardi soir. Bouillant homme politique, membre fondateur du Parti québécois aux côtés de René Lévesque, il a consacré sa vie à la promotion de la souveraineté et à la défense de l'agriculture. Il s'est éteint à 76 ans à l'Hôtel-Dieu de Lévis, dans la ville qu'il a tant chérie.
«Il est resté lui-même jusqu'à la fin», a souligné sa femme Judith dans un court entretien accordé au Soleil mercredi matin. Son mari, a-t-elle affirmé, a fait ce qu'il aimait tout au long de sa vie pendant laquelle il s'est battu constamment, notamment pour l'indépendance du Québec. Pendant son hospitalisation, celui qui est à l'origine de la Loi sur la protection du territoire agricole cherchait même à savoir si les produits dans son assiette provenaient du Québec, a illustré Mme Garon.
Le politicien souffrait de diabète depuis longtemps mais il est toujours demeuré très discret sur son état de santé. Il serait mort d'un arrêt cardiaque. Ironiquement, cet ardent défenseur de la souveraineté a rendu l'âme le jour de la fête du Canada.
Jean Garon avait un style bien à lui, que tous soulignent spontanément quand on leur demande de partager leurs souvenirs de l'homme qu'ils ont côtoyé. Lui-même en était très conscient, se décrivant sans détour comme un populiste avec un côté pitbull.
C'est qu'il avait la réputation de défendre avec acharnement ce qui lui tenait à coeur, mais aussi d'être dur avec les journalistes, avec son entourage et avec lui-même. «Il travaillait tard et partait toujours avec des piles de documents de six à huit pouces d'épais. Le lendemain, il avait tout fini. Je pense qu'il ne dormait pas de la nuit», raconte Alain Lemaire, ex-maire de Charny, qui été conseiller sous son administration à Lévis au début des années 2000.
S'il a trouvé difficiles les «petites tempêtes», les «prises de bec viriles» et le caractère bourru de l'ex-maire, il a apprécié profiter de l'expérience de l'homme politique. «C'était un personnage. C'était un monsieur qui était instruit, qui avait une bonne plume et qui avait une superbe mémoire.»
Né à Saint-Michel-de-Bellechasse le 6 mai 1938, Jean Garon a obtenu un baccalauréat en sciences sociales en 1960, une maîtrise en sciences sociales avec spécialisation en économique en 1962, et une licence en droit en 1969 de l'Université Laval. Il a été admis au Barreau du Québec en juin 1970.
Après avoir travaillé comme économiste et comme professeur, il a entrepris sa carrière politique. Il est d'ailleurs un membre fondateur du Parti québécois en 1968. Il a été élu député de ce parti dans Lévis en 1976 et était un souverainiste de la première heure.
Au sein du gouvernement péquiste, sous René Lévesque, Pierre-Marc Johnson et Jacques Parizeau, il a occupé les postes de ministre de l'Agriculture et de ministre de l'Éducation. Il s'est démené pour la protection du territoire agricole et pour l'autosuffisance alimentaire du Québec.
En 1998, il ne s'est pas représenté au provincial et s'est tourné vers la politique municipale dans sa ville, Lévis. Il a été élu maire le 1er novembre 1998, puis maire de la nouvelle Ville de Lévis en 2001. Il a été battu en 2005 par Danielle Roy Marinelli.
Il avait un profond attachement pour Lévis, témoignent les gens qui le connaissaient. Alors qu'il était encore député et qu'il avait perdu le portefeuille de l'Éducation, il avait déclaré en entrevue : «Je suis député de Lévis et je suis très heureux, c'est mon plus beau titre, celui que j'aimerais faire inscrire sur ma tombe.»
«Il était très près du citoyen ordinaire et il prenait beaucoup de temps à discuter avec lui. C'était sa marque de commerce», rappelle l'actuel maire de Lévis, Gilles Lehouillier, qui a par ailleurs été adversaire politique de M. Garon au palier municipal.
C'est grâce à Jean Garon, ajoute-t-il, si Lévis est aujourd'hui une grande ville. «On a fait le regroupement des 10 ex-villes, en 2001, et je faisais partie d'une coalition où on proposait trois villes. M. Garon était probablement le seul qui proposait une seule ville. [...] Force est de constater que le temps lui a donné raison.»
Il croyait en la force de Lévis et en sa capacité de se développer par ses propres moyens, sans l'aide de sa voisine Québec, relate Alain Lemaire. Il s'est farouchement opposé à l'idée de créer une seule grande ville, qui se déploierait sur deux rives. «Les gens du côté sud étaient capables de s'organiser. Il aimait mieux développer avec Chaudière-Appalaches que d'aller du côté de Québec.» C'était un homme qui aimait avoir le contrôle, glisse son ancien allié. 
M. Garon est décédé non sans avoir fait son testament politique dans Pour tout vous dire, une autobiographie publiée en 2013. Il avait aussi commenté la dernière campagne électorale, affirmant que si le PQ avait subi une telle raclée, c'est parce que les Québécois «n'aimaient pas Pauline» Marois. Il s'agira de sa dernière entrevue accordée au Soleil. Celui qui a qualifié les Québécois de «peuple peureux» n'aura pas pu réaliser son rêve ultime, celui de voir le Québec accéder à l'indépendance. «C'est évident que je voudrais que ça se fasse de mon vivant», avait-il confié au Soleil plus tôt cette année. «J'ai été militant depuis l'âge de 23 ans, j'ai été indépendantiste depuis mon bas âge. Je voudrais voir ça avant la fin de mes jours.»
Drapeaux en berne à Lévis
Les drapeaux sont en berne à Lévis depuis mercredi en mémoire de Jean Garon. Le maire Lehouillier a annoncé qu'ils le demeureront jusqu'au lendemain des funérailles, dont les détails seront connus au cours des prochains jours. La Ville de Lévis offrira à la famille de prêter main-forte pour l'organisation de la cérémonie, a-t-il confirmé. «Pour les funérailles, si la famille souhaite que la Ville organise un événement particulier, on le fera avec grand plaisir, mais c'est à la famille d'en décider.»  
JEAN GARON EN QUELQUES CITATIONS
«Je pense que les gens n'aimaient pas Pauline [Marois]. Pauline n'était pas populaire.» - Le Soleil, 9 avril 2014
«Lucien Bouchard a toujours été un nationaliste profondément conservateur, ancré dans le passé religieux du Québec, et jamais un souverainiste social-démocrate. Il en a parfaitement le droit, mais pourquoi avoir voulu être chef d'un parti dont la raison d'être est justement la souveraineté et dont, dans le fond, il rejetait la philosophie sociale-démocrate?» - Autobiographie Pour tout vous dire, 2013
«Les gars à Bouchard [dont François Legault] sont des opportunistes.» - Autobiographie Pour tout vous dire, 2013
«L'opposition, dans un conseil municipal, c'est une nuisance.» - 11 octobre 2005, en campagne électorale municipale
«Yé mou. Un vrai marshmallow. Vous pesez dessus, il vient plate. Vous le roulez, il vient rond. Vous le laissez aller, il revient comme avant.» - Parlant de Robert Bourassa, 27 novembre 1985
«À part cela, le ministère de l'Agroalimentaire est un des plus importants du Québec. Dans ce sens, peu d'autres ministères peuvent être considérés comme une promotion, relativement au MAPA (ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation). Et puis, j'aime bien finir moi-même les réformes importantes que je prône.» - Lors du renouvellement de son mandat, 21 décembre 1984
Compilation Annie Morin
<p>Régis Labeaume a souligné l'immense contribution de Jean Garon au monde agricole avec sa loi sur le zonage qu'il avait présentée à l'Assemblée nationale à grand renfort de panneaux explicatifs.</p>
«Un gars tordant», dit Labeaume
Jean Garon n'a laissé personne indifférent. À commencer par le maire de Québec, Régis Labeaume, qui a côtoyé le coloré politicien alors qu'il venait de quitter les bancs d'université. 
«Je terminais mon université et je travaillais pour un député qui était président du caucus des députés ministériels de la région de Québec et Jean Garon était élu dans la région. Il m'a fait beaucoup rire. C'était un gars tordant, mais qui n'avait jamais l'air de bonne humeur.»
M. Labeaume rappelle avec le sourire l'habitude de M. Garon d'entreprendre des régimes alimentaires «à tous les six mois». «C'est moi qui commandais le lunch. Il avait décidé que parce qu'il était à la diète, il ne mangeait pas de pain. Il mangeait seulement ce qu'il y avait dans le sandwich, il laissait aller le pain et il me disait toujours : "Monsieur Labeaume, me semble que ça manque un peu de viande!"»
Je pense que c'est un très grand Québécois», a exprimé le maire, saluant cet «indépendantiste convaincu» qui a maintenu ses idées jusqu'à la fin. M. Labeaume n'a pas manqué également de souligner son immense contribution au monde agricole avec sa loi sur le zonage qu'il avait présentée à l'Assemblée nationale à grand renfort de panneaux explicatifs. «C'était tout un spectacle. Il aimait donner du spectacle. [...] C'était le dernier des vieux politiciens du Québec en termes de style, selon moi. Il était truculent.»
François Gendron
«Un compagnon de lutte»
Denier politicien actif à l'avoir côtoyé dans le mythique cabinet de René Lévesque, le député péquiste François Gendron a rendu hommage «à un compagnon de lutte extraordinaire, un personnage authentique, bagarreur». Le doyen de l'Assemblée nationale a insisté que Jean Garon a mis l'agriculture québécoise «sur la mappe».
François Gendron a offert ses condoléances à la famille de M. Garon, mais aussi «sympathies pour le mouvement indépendantiste, pour ce qu'il a été pour le Parti» québécois. Il a rappelé que, tout jeune homme, son ex-collègue a investi temps, argent et énergie à bâtir le défunt Rassemblement pour l'indépendance du Québec. «C'est certain que la fin de sa vie politique, [...] M. Garon est parti un peu amer.» Lucien Bouchard l'avait écarté de son cabinet, en 1996.
L'actuelle leader parlementaire du PQ, Agnès Maltais, a préféré se rappeler qu'un souverainiste surtout. Qu'il avait toujours à coeur [...] ce projet de faire du Québec un pays. Ce qu'il a mis comme âme dans ce projet est important. Nous avons le devoir de le terminer.»
Le libéral Jean-Marc Fournier a souligné «évidemment [...] sa loi sur la protection du territoire agricole, un socle du développement agricole au Québec». C'était un «personnage», a insisté M. Fournier de celui qui a été un adversaire en chambre de 1994 à 1998. «Pour nous, a-t-il précisé, qui n'étions pas de la même formation politique, mais aussi pour les gens de sa propre formation. Il avait ses idées, elles étaient campées.»  
Avec Michel Corbeil
Ce qu'ils ont dit...
Denis Coderre, maire de Montréal et ancien député libéral fédéral : «On n'était pas de la même famille politique, mais c'était un grand politicien. C'est un grand fiscaliste. C'est probablement pour moi un des meilleurs ministres de l'Agriculture que le Québec ait produit.»
Sam Hamad, ministre des Transports et responsable de la Capitale-Nationale : «M. Garon, avec les années, a fait une contribution remarquable à notre société. Il avait le franc-parler et a travaillé avec les citoyens et surtout avec sa clientèle, les agriculteurs.»
François Legault, chef de la Coalition avenir Québec : «Mes sympathies à la famille et aux amis de Jean Garon qui fut un grand ministre de l'Agriculture.»
Christian Dubé, député caquiste de Lévis : «Nous venons de perdre un grand Lévisien. J'ai eu l'occasion de rencontrer Jean Garon avant d'être élu député en 2012. Je me rappellerai toujours de lui comme d'un homme entièrement dédié à la Ville de Lévis et au Québec. Nul doute que l'histoire lui réserve déjà une grande place!»