Sawsan Alalwan, immigrée au Québec en 2011, peut compter sur le soutien de son amie et confidente, la Dre Nadine Packwood. Cette dernière a eu l'idée d'organiser un spectacle-bénéfice pour aider Sawsan à faire venir ses enfants d'Irak.

Jamais sans mes enfants

La vie de Sawsan Alalwan est celle d'une battante. Mariée de force, adolescente, à un homme violent, dans son Irak natal, la femme de 43 ans est débarquée à Québec en 2011, seule et sans le sou. Six ans plus tard, parfaitement intégrée à sa terre d'accueil, autonome financièrement, elle mène le combat de sa vie : faire venir au pays ses quatre enfants restés en Turquie. À ses côtés, pour l'appuyer dans ses démarches, son amie Nadine, instigatrice d'un spectacle-bénéfice mis sur pied pour lui venir en aide. Récit d'une leçon de courage et de solidarité.
Attablée dans un café du quartier Montcalm, Sawsan Alalwan gratifie le journaliste de son plus beau sourire en lui tendant la main. Il ne faut pas se fier aux apparences, confie-t-elle. «Je suis souriante, mais je ne suis pas heureuse à l'intérieur de moi. Il me manque mes enfants. Mais je garde espoir, un jour, ça va aller.»
De son Irak natal jusqu'à son arrivée à Québec, en passant par la Syrie et la Turquie, la vie de cette mère se décline en plusieurs épisodes de malchance et d'infortune. Mais son histoire en est aussi une de résilience, doublée d'une force de caractère hors du commun.
«Sawsan est une femme intelligente, belle et courageuse. C'est l'une des personnes les plus souriantes qu'il m'ait été donné de rencontrer», avait indiqué dans un courriel Nadine Packwood, devenue sa grande amie, son ange gardien, sa confidente.
Assise à ses côtés lors de l'entrevue, la médecin aide Sawsan à mieux formuler ses pensées en français, une langue qu'elle a apprise dès son arrivée à Québec, en août 2011. Mais dans l'ensemble, chapeau, elle se dépatouille très bien dans la langue de René Lévesque.
Mari violent
Originaire de Basra, près de Bagdad, Sawsan est mariée de force, à 16 ans, à un homme de sept ans son aîné. Un voisin de son oncle que l'adolescente ne trouve «pas beau». De cette union naîtront six enfants. L'un mourra de brûlures en bas âge.
Le mariage vire à l'eau de vaisselle en raison du comportement violent du mari. «Il n'était pas gentil, c'était un dictateur. Il cherchait toujours la chicane et les problèmes. Il me frappait.»
Incapable d'en endurer davantage, Sawsan décide de se séparer. Sans le sou ni appui de son frère qui a autorité sur elle, incapable d'entreprendre les démarches judiciaires pour obtenir la garde de ses enfants, dans sa «grande détresse», elle s'exile en Syrie, quelques années avant que le conflit que l'on sait mette le pays à feu et à sang.
Là-bas, à la faveur d'une rencontre fortuite avec un chauffeur de taxi, elle fait la connaissance d'un octogénaire qui l'hébergera pendant un an. L'homme prend l'initiative de déposer en son nom une demande de statut de réfugié au Canada, un pays dont elle ne sait rien.
«Je connaissais les États-Unis parce que les Américains étaient entrés chez nous pour faire la guerre. Mais le Canada, c'était où? Je ne connaissais pas le Canada.» La jeune mère ne peut toutefois immigrer avec ses enfants, le père opposant un refus catégorique à sa demande.
Une fois à Québec, installée dans une petite chambre, Sawsan décide de prendre sa vie en main afin les faire venir au pays. C'est d'autant plus urgent que leur père les a abandonnés en Turquie, après s'être enfui illégalement en Autriche.
Avant de faire une demande de parrainage pour ses enfants, âgés de 14, 16, 19 et 20 ans - l'aîné vit en Floride avec sa femme et ses deux enfants-, Sawsan doit trouver un travail afin de ne plus dépendre de l'aide sociale.
Entre deux cours de français, elle passe de longues journées, l'été, à cueillir des fraises à l'île d'Orléans. Elle suit aussi une formation pour devenir agente de sécurité, ce qui l'amène à travailler sur appel au Musée national des beaux-arts et au Complexe G.
Elle qui n'avait jamais conduit de sa vie s'inscrit à des cours de conduite et décroche son permis, chose impensable dans son ancienne vie. «En Irak, j'étais une femme à la maison qui s'occupait de ses enfants.»
Chaque mois, elle envoie 200 $ en Turquie afin de subvenir aux besoins de sa marmaille. Aucun de ses enfants ne va à l'école. Elle s'est rendue les voir l'an dernier. Une visite qui lui a donné le courage de continuer à se battre pour les retrouver pour de bon et leur offrir une meilleure vie. Chaque jour, plusieurs fois par jour même, elle leur parle par Internet.
Récemment, le destin, encore lui, a mis sur sa route la Dre Packwood, rencontrée dans une clinique sans rendez-vous. Sawsan était venue consulter pour des maux de tête. «Quand je lui ai demandé si quelque chose la stressait, elle m'a parlé de ses quatre enfants seuls en Turquie. Je l'ai serrée dans mes bras et lui ai dit que je l'aiderais.»
Spectacle-bénéfice
Chose promise, chose due. La médecin, elle-même mère de cinq enfants, fait jouer ses contacts. Parmi eux, l'humoriste Emmanuel Bilodeau, rencontré il y a quelques années lors d'un séjour aux Îles-de-la-Madeleine. L'idée d'un spectacle-bénéfice prend forme. Car lorsque la famille sera réunie, elle ne sait trop quand, la bureaucratie étant ce qu'elle est, l'appartement de Sawsan, à Charlesbourg, sera trop petit pour loger tout le monde. Il faudra voir à déménager, mais aussi à trouver des meubles, habiller les enfants, leur fournir des objets de première nécessité.
Emmanuel Bilodeau, originaire de Québec, a embrassé la cause sur-le-champ, même s'il n'a jamais rencontré la mère de famille. «J'ai appris de mes parents à donner généreusement aux autres. J'ai trouvé que la cause de cette femme est très touchante», avoue-t-il au bout du fil.
Pour les besoins du spectacle, présenté mercredi au Cercle, rue Saint-Joseph, l'humoriste proposera une version «unplugged» de son One Manu Show, qu'il promène depuis trois ans à travers la province. «Ce sera plus intime, sans décor ni bande sonore. Ce sera seulement moi et le texte. Je vais me sentir pas mal lousse.»
D'ici à ce qu'elle retrouve ses enfants, Sarwan vit sa «routine». Elle aime se promener à Québec, une ville qu'elle a tout de suite adoptée. Ce qu'elle adore par-dessus tout, c'est magasiner à Place Laurier.
Timide et réservée, elle ne se mêle pas à la communauté arabe. Elle s'est liée d'amitié avec une Autochtone. «Je suis toujours seule. Annie et Nadine sont mes seules amies.
«Je suis fière de moi, confie-t-elle. Avant, j'étais triste, mais Québec est devenue ma famille. J'ai rencontré beaucoup de gens qui ont été généreux et sympathiques avec moi. Je veux rester ici toute ma vie.» Avec ses enfants, bien sûr...
Les billets pour le spectacle-bénéfice sont en vente au coût de 20 $ (en prévente sur le site du Cercle) et 25 $ à la porte, le soir du spectacle, le mercredi 10 mai, à 20h. La moitié a déjà trouvé preneurs.