Jaggi Singh est arrivé à la cour municipale avec son ses skis de fond.

Jaggi Singh en cour municipale: des preuves... et des skis de fond

Jaggi Singh arrive à la cour municipale avec ses skis de fond, dans l’espoir — vite déçu — de pouvoir profiter de la neige durant une pause. Un policier de la Ville de Québec va garder les skis à l’oeil durant trois heures.

Chaque passage à la cour municipal de celui qui se décrit comme un anarchiste met visiblement les autorités sur le qui-vive. Trois policiers accueillent la poignée de journalistes, seuls spectateurs — outre une interprète désoeuvrée — de cette longue journée de requête.

Quelques minutes avant l’audience, un policier demande à regarder dans l’étui à skis de l’accusé. «Dégage!» lui répond le militant, irritable. Singh va toutefois exhiber skis, bâtons, gourdes d’eau et chocolat à la demande du juge Pierre Bordeleau. Le policier s’asseoit à côté des skis et ne relâchera sa surveillance qu’à l’heure du dîner.

Singh était de retour à Québec vendredi pour convaincre la cour municipale de forcer la Couronne et la police à lui remettre des enregistrements audios, vidéos et une série d’autres informations concernant la manifestation du 20 août 2017, qui a opposé les activistes de gauche au groupe d’extrême droite La Meute.

Après quatre heures passées, selon lui, à manifester et à danser, Jaggi Singh a été arrêté par la police de Québec parce qu’il a refusé de se déplacer. Lorsqu’on lui a demandé son identité, le militant indo-canadien de 46 ans a répondu «Michel Goulet» et a nommé le «Colisée» comme adresse.

Après avoir été relâché en se faisant annoncer une possible contravention, Singh a finalement été arrêté sur mandat neuf jours plus tard alors qu’il déjeûnait dans un restaurant de Montréal. Détenu durant quelques heures, il a été accusé d’entrave et de supposition de personne.

Se représentant seul, Jaggi Singh a tenté de démontrer durant plus de trois heures, en français et en anglais, que la Couronne avait failli à son obligation de lui divulguer la preuve le concernant.

La procureure de la Couronne Me Marie-Hélène Guillemette pianote d’exaspération sur le paravent de son bureau. Elle répète que toute la preuve pertinente, audio, vidéo et écrite, a déjà été remise à l’accusé, après caviardage. 

Le sergent-détective Stéphane C. Noël indiquera à la Cour que lui et un autre collègue de l’unité de contrôle ont filmé la manifestation. Jaggi Singh n’a jamais entendu parler de cet enregistrement. Le juge Bordeleau échappe une grimace.

L’accusé veut ce vidéo pour démontrer, selon lui, qu’il était pacifique avant son arrestation. «Peut-être qu’on verra des individus qui font des choses pires que moi et qui ne seront pas arrêtés?» soumet Singh.

Policiers déguisés?

Jaggi Singh est convaincu qu’il y avait des policiers déguisés en manifestants masqués ou des informateurs de la police parmi la foule. Il veut en avoir la confirmation pour nourrir une de ses hypothèses. «La motivation pour m’arrêter c’est qu’apparemment trois personnes ont utilisé des pétards, dit M. Singh. Est-ce que ces gens-là pourraient être des policiers undercover

La police et la Couronne ne veulent pas divulguer ce renseignement tactique. Tout comme elles refusent de remettre les audios des communications entre les policiers lors de la manifestation, pour ne pas donner d’informations aux manifestants. De toutes façons, selon le sergent-détective Noël, le nom de Singh ne sera jamais mentionné par les agents.

Sceptique, l’accusé maintient toutes ses demandes. Ce débat, qui sera suivi vraisemblablement de plusieurs autres, continuera le 1er mars.