Nicolas Luppens, coordonnateur du GASP, met en garde vis-à-vis les chiffres qui résulteront du dénombrement des personnes en situation d’itinérance au Québec.

Itinérance: le GASP dénonce le grand dénombrement

Le gouvernement du Québec a récemment annoncé la tenue d’un dénombrement des personnes en situation d’itinérance partout au Québec afin de documenter l’itinérance visible. Le Groupe Actions Solutions Pauvreté (GASP) appelle à la vigilance par rapport aux données qui seront dévoilées, notamment parce qu’elles auront leurs limites.

Le dénombrement « Tout le monde compte » sera réalisé fin avril par des bénévoles. Il s’inscrira dans le cadre du deuxième portrait de l’itinérance au Québec du ministère de la Santé et des Services sociaux. Le portrait sera complété d’ici 2020 mais d’ici là, les résultats du dénombrement seront dévoilés sans analyse qualitative.

« On pense que le dénombrement va être assez réducteur, surtout en région, où l’itinérance est moins visible. Le portrait [final] va être plus intéressant parce qu’il sera plus qualitatif », exprime le coordonnateur du GASP, Nicolas Luppens.

M. Luppens explique que l’itinérance est peu visible dans la région puisque les situations d’itinérance sont cachées ou cycliques, et sont temporaires. De plus, les personnes en situation d’itinérance sont moins visibles en avril qu’en été, ce qui ne donnera pas un portrait juste, ajoute-t-il.

« Le but est d’arriver à un chiffre et, ce chiffre-là, on se demande à quoi il peut servir parce qu’on sait qu’on ne pourra pas aller chercher toutes les personnes qui sont sans-abri. Pour nous, c’est un chiffre qui va avoir beaucoup de limites, mais par contre qui va marquer l’imaginaire collectif pour les deux prochaines années avant que le portrait sorte. Aussi, il risque d’orienter les politiques publiques. »

Évidemment, il craint que le dénombrement désavantage la région en matière d’aide gouvernementale et qu’il minimise l’ampleur du problème à l’extérieur des grands centres urbains. « Il faudra faire attention quand on va utiliser ces chiffres-là », prévient M. Luppens.

Il soutient par ailleurs que les travailleurs de rue, qui étaient ciblés pour réaliser ce recensement, n’y participeront pas puisqu’elles considèrent que ces personnes seront stigmatisées, que ça ne cadre pas dans leur rôle et qu’une telle démarche, surtout qu’il y aura un formulaire à faire remplir aux personnes en situation d’itinérance, pourrait briser le lien de confiance.

La seule utilité que le responsable du GASP voit dans cet exercice est l’évolution des chiffres dans le temps, si l’exercice est réalisé avec les mêmes ressources dans cinq ans.