Cette année, le SPVQ a fait plus de 5000 interventions directement liées à des problématiques d’itinérance et de santé mentale.

Itinérance et santé mentale: la Ville de Québec réclame entre 800 000$ et 1 M$ au gouvernement Legault [VIDÉO]

La Ville de Québec doublera l’aide annuelle versée à quatre organismes communautaires qui offrent des services aux personnes en situation d’itinérance dans le quartier Saint-Roch, a-t-elle annoncé mercredi. Le maire Régis Labeaume a profité de l’occasion pour demander au gouvernement du Québec de déplier entre 800 000 $ et 1 million $ afin de déployer notamment un service d’hébergement d’urgence dans la capitale.

«Dernièrement, nous avons lancé un cri du cœur au gouvernement. L’enjeu de l’itinérance et de la santé mentale est de compétence provinciale, et la Ville est à la limite de ses ressources dans ce domaine. Aujourd’hui, nous précisons donc l’aide dont nous avons besoin de sa part. Le besoin de déployer de l’hébergement d’urgence, c’est à dire une unité d’urgence temporaire pour faire face au débordement actuel, fait consensus chez les organismes», a exposé le maire de Québec en conférence de presse.

Régis Labeaume a souligné que les programmes actuels du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale ne permettaient pas le financement d’une telle ressource, un centre d’hébergement d’urgence que la Ville et les organismes communautaires veulent «à haut seuil d’accessibilité». 

«C’est un grand terme pour parler d’un drop-in pour les hommes. Ça n’inclut pas évidemment le besoin d’un nouveau lieu pour le drop-in pour les femmes, qui existe, et ça n’inclut pas non plus le développement d’un réel centre de dégrisement», a précisé le maire Labeaume. Des discussions entre la Ville et le CIUSSS au sujet de cet éventuel centre de dégrisement seraient en cours, a-t-il mentionné.

Le maire de Québec a dit avoir l’impression que depuis la désinstitutionnalisation, «on n’a jamais pris la décision d’attaquer le problème [de la santé mentale et de l’itinérance] de front». 

«Depuis le temps que je fais cette job-là, j’ai l’impression qu’on considère ce problème-là comme une fatalité, comme un produit dérivé des problèmes sociaux. Il faut qu’il y a ait un changement de mentalité. Il faut que ce soit considéré comme n’importe quel problème social grave», a-t-il dit. Selon lui, «on ne semble pas comprendre que le problème de l’itinérance, c’est un problème de santé mentale». 

«À partir du moment où on a des surplus, mais vraiment de très gros surplus, c’est pas vrai qu’on va passer notre tour. C’est le temps d’attaquer le problème et de le régler, même s’il est complexe. (...) Ça leur prend un toit, même pour la personne qui a son chien. Il faut accepter que ce sont des gens différents, et que donc ça va prendre des solutions différentes», a plaidé le maire.  

Selon lui, les ressources mises en place dans la communauté par le réseau de la santé et des services sociaux sont clairement insuffisantes. Pour autant, il n’a pas voulu jeter le blâme au CIUSSS et critiquer le plan de transformation en santé mentale de l’établissement. «Le CIUSSS, il va faire avec l’argent qu’il a […]. Alors c’est simple, il faut que les gouvernements ajoutent de l’argent dédié aux problèmes de santé mentale et d’itinérance», a-t-il insisté.

Aide bonifiée

En attendant l’éventuelle contribution gouvernementale réclamée pour des services d’hébergement d’urgence et un centre de dégrisement, et parce que les besoins sont «toujours criants», la Ville bonifiera ses interventions en matière d’itinérance dans le centre-ville de Québec. Ce soutien sur trois ans, qui représente un investissement additionnel de 355 000 $ par année (pour un montant total annuel de 737 000 $), permettra «le maintien et l’amélioration des différents services offerts aux personnes en situation d’exclusion sociale ou à risque de l’être», a-t-on expliqué. 

«Cela comprend, entre autres, le renouvellement à la hausse des ententes avec quatre organismes offrant des services aux personnes itinérantes, soit PECH, le projet L.U.N.E, SQUAT Basse-Ville et Lauberivière, ainsi que le développement d’une entente avec le Regroupement pour l’aide aux itinérants et itinérantes de Québec (RAAIQ)», a détaillé le maire Labeaume.

Pour le commandant du SPVQ David Fillion, cette annonce «réjouit tout le service de police». «Les besoins en matière d’itinérance et de santé mentale ne cessent d’augmenter. Tous les policiers sont à même de constater l’évolution de cette problématique tous les jours, et partout sur le territoire de la Ville de Québec. En plus de notre travail régulier, nous devons plus souvent qu’autrement agir à titre d’intervenants sociaux avec des citoyens sans domicile fixe et aux prises avec des problèmes de santé mentale», a rappelé le commandant Fillion. 

Cette année, le SPVQ a fait plus de 5000 interventions directement liées à des problématiques d’itinérance et de santé mentale, a-t-il illustré. «Ça représente 16 interventions par jour. En 2017, on était à environ 14 interventions par jour», a comparé le policier. 

En plus d’être un enjeu par leur nombre, les interventions en matière de santé mentale et d’itinérance sont un enjeu par leur complexité, a-t-il ajouté. «Elles prennent généralement entre une heure et deux heures, souvent plus. Ça demande aussi de notre part d’avoir l’assistance d’organismes communautaires, qui sont des ressources indispensables à notre travail», a souligné le commandant Fillion.

L’annonce de mercredi s’ajoute à une autre faite récemment par la Ville de Québec, qui investira en 2020 un peu plus de 370 000 $ dans le programme de justice adaptée IMPAC. Cet investissement permettra de créer une deuxième équipe d’intervention pour les clientèles vivant en situation d’itinérance ou avec des problèmes de santé mentale.