Depuis qu'il a rompu avec le SRB, le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, martèle qu'il est nécessaire d'organiser une interconnexion efficace avec le réseau de transport en commun de Québec.

Interconnexion entre le RTC et STLévis: nuisible pour la circulation

La création d'un terminus conjoint pour les autobus de Lévis et de Québec, l'interconnexion que réclame le maire Gilles Lehouillier depuis qu'il a abandonné le service rapide par bus (SRB), pourrait nuire à toute la circulation dans le secteur du pont de Québec.
Le Soleil a obtenu copie des quatre scénarios préparés par le bureau d'études du SRB pour garder Lévis dans le projet. Ils ont été présentés officiellement au maire Gilles Lehouillier à la mi-février.
Deux de ces scénarios prévoyaient un rabattement des parcours de la Société de transport de Lévis (STLévis) vers le SRB à l'entrée sud des ponts. Soit sur la route Marie-Victorin, au pied du pont Pierre-Laporte (là où se dressait autrefois le mal famé motel Frontenac), soit dans le secteur de la rue de la Concorde en plein boom immobilier. 
Dans les deux cas, les experts ont évalué qu'il y aurait des impacts négatifs sur la circulation, peu importe le mode de transport. C'est donc dire que les automobiles comme les autobus seraient ralentis. Cela parce qu'il faudrait additionner les bus réguliers de Lévis à ceux du SRB - lesquels devraient en plus faire demi-tour - dans une zone déjà congestionnée aux heures de pointe. 
Maintenant que Lévis veut faire cavalier seul, et donc continuer de travailler avec des bus plus petits qui convergent vers la tête des ponts, cet effet demeure, nous a fait remarquer une personne proche du dossier. 
Le transfert des passagers en provenance de Lévis à un pôle d'échanges à l'Aquarium du Québec, où se rendrait un SRB roulant exclusivement sur la rive nord, n'améliorait pas la situation, mais ne la détériorait pas non plus. 
L'éventualité d'un point de correspondance sur la rive nord mettrait toutefois beaucoup de pression sur le pont de Québec. Pour véhiculer 120 à 150 passagers comme le fait un autobus bi-articulé, il faut en effet compter trois bus standards. Leur insertion dans le trafic - les voies seront toujours partagées sur le vieux pont - et la distance à observer entre les véhicules nuiraient à la fluidité recherchée. Et cela dans les deux sens puisque ces bus reviendraient rapidement vers Lévis, sitôt vidés de leurs passagers. 
Le seul scénario franchement avantageux pour la circulation était celui d'un SRB se rendant sur la rive sud pour desservir minimalement la route des Rivières à Saint-Nicolas et le secteur de Saint-Romuald. La STLévis aurait pris la relève sur le reste du territoire lévisien. L'impact sur la fluidité était alors jugé très positif puisqu'il y aurait eu moins de bus, de plus grande capacité, et potentiellement moins d'automobiles en raison de l'attrait du service. 
C'est d'ailleurs ce scénario, le plus avantageux selon six critères, que la Ville de Lévis privilégiait dans les derniers instants de sa collaboration avec Québec. Pour 215 millions $, Lévis aurait raflé 9 % de la clientèle du SRB. La version longue, se rendant au siège social de Desjardins, coûtait 660 millions $ pour capter seulement 11 % des clients.
Selon les documents que Le Soleil a pu consulter, l'administration Lehouillier a mis seulement quelques jours à faire son choix. Début mars, elle confirmait son intérêt par lettre. À la fin du même mois, le maire s'en ouvrait même aux médias. 
Le deuxième scénario le plus intéressant était celui d'un rabattement des usagers de l'est de Lévis vers le pôle d'échanges de la Concorde tandis que les usagers de l'ouest auraient traversé directement à Sainte-Foy dans un premier temps. La route des Rivières aurait pu être développée dans une deuxième phase. 
Depuis qu'il a rompu avec le SRB, le 18 avril, le maire Lehouillier martèle qu'il est nécessaire d'organiser une interconnexion efficace avec le réseau de transport en commun de Québec. Il évoque un carrefour de correspondance aménagé d'un côté ou de l'autre du pont de Québec, sans toutefois référer aux effets sur la circulation. 
Le politicien parle aussi d'aller porter les passagers plus loin, à l'Université Laval, ou même sur la colline parlementaire, comme c'est le cas actuellement pour les express baptisés «parlementaires». Ces autobus peuvent toutefois transporter les passagers dans un seul sens, ce qui augmente les coûts d'exploitation de la STLévis.
Très cher, le SRB à Lévis
La facture du service rapide par bus (SRB) était vraiment salée pour la Ville de Lévis. Pour gagner un peu plus d'un million de déplacements à l'horizon 2026, il lui en aurait coûté au moins 10 millions $ par année, soit une moyenne de 10 $ par passage.
Le Soleil a reçu des hypothèses de répartition de la facture du SRB entre le Réseau de transport de la Capitale (RTC) et la Société de transport de Lévis (STLévis).
Dans le meilleur des cas, c'est-à-dire si les gouvernements supérieurs finançaient à 100 %, la construction, il en aurait coûté 10,2 millions $ de plus par année à la Ville de Lévis pour son réseau de transport en commun en 2026, première année d'opération complète d'un SRB se rendant jusqu'au pôle Desjardins. 
Cela pour espérer un gain de 1012 000 déplacements. S'il avait fallu payer 10 % des coûts d'immobilisations, la note grimpait à 14,7 millions $, donc 1,47 $ de plus par passage. 
En raison de la longueur du tracé initialement planifié et du nombre d'heures d'opération requises, Lévis assumait 46 % des frais annuels de 34 à 44 millions $ du SRB, comparativement à 54 % pour Québec. 
Pourtant, au mieux 11 % des déplacements étaient attendus sur la rive sud, contre 89 % sur la rive nord. Si bien que le coût d'un déplacement à Québec revenait sept fois moins cher. 
Ces chiffres ont été soumis à la Ville de Lévis dès le début de l'année 2017, donc des mois avant que le maire Gilles Lehouillier ne décide de larguer le projet interrives de 42 kilomètres et 1,3 milliard $, qu'il jugeait finalement trop cher. 
Une estimation grossière, encore plus lourde de conséquences pour le budget lévisien, avait même circulé dès l'été 2016.
Ode au transport en commun
Plus de 200 personnes se sont déplacées pour donner et écouter des idées sur l'avenir du transport dans la capitale.
Le transport en commun a été porté aux nues, mercredi, au club social Victoria.
La foule était nombreuse et enthousiaste lors de cette deuxième séance de consultation publique sur la mobilité durable organisée par la Ville de Québec. Plus de 200 personnes se sont déplacées pour donner et écouter des idées sur l'avenir du transport dans la capitale.
Une cinquantaine de citoyens ont pris le micro et la grande majorité était des utilisateurs du Réseau de transport de la Capitale (RTC), des cyclistes ou des piétons. Ils ont donc tout naturellement plaidé pour le renforcement des transports collectifs et actifs. Après chaque intervention, deux minutes top chrono, les applaudissements fusaient. 
L'ancien député bloquiste du Bas-Saint-Laurent, Paul Crête, qui habite maintenant Limoilou, a donné le ton en réclamant un projet de transport en commun pensé «selon les besoins et pas selon le financement». Il a demandé la conversion de la partie sud de l'autoroute Laurentienne en boulevard urbain, la transformation du chemin Sainte-Foy et de la Grande Allée en sens unique et une campagne d'information sur «les coûts réels» de la vie en banlieue. Et le public en redemandait. 
Martial Van Nest, président de la Table de concertation vélo des conseils de quartier, a fait un tabac en appelant à la fin de la guerre idéologique entre les automobilistes et les partisans du transport en commun. 
«C'est pas parce qu'on parle que c'est important de manger des légumes qu'on part en guerre contre ceux qui mangent des chips. Moi je mange des chips et j'en ai un char», a lancé le cycliste convaincu, provoquant une onde de rires dans l'assemblée. 
Quelques minutes plus tard, Sébastien Bouchard, représentant de Québec solidaire, y allait d'un vibrant plaidoyer pour un tramway en haute ville, comme d'autres avant lui. «Il y en a de la place. La question, c'est : est-ce qu'on veut faire de la place?» a-t-il demandé, appelant au sacrifice de voies automobiles si nécessaire et qualifiant le boulevard Charest de «désert urbain». 
M. Bouchard a interpellé directement l'administration Labeaume pour qu'elle impose une taxe sur l'essence et une autre sur les stationnements au centre-ville. «Là, c'est le temps de tasser la radio poubelle, de prendre la place, de convaincre le monde pis surtout de passer à l'action!» a-t-il résumé sous les bravos. 
Cette idée de volonté politique a été reprise par d'autres citoyens. Comme Éric Michaud, de Limoilou, qui trouvait la consultation sur la mobilité durable redondante. «J'ai l'impression qu'on les a déjà toutes les réponses et qu'on vient chercher le courage», a-t-il mentionné. 
Un dernier mot sur les nombreux plaidoyers en faveur d'une tarification réduite du RTC pour les personnes à faible revenu, voire la gratuité pour tous afin d'atteindre les cibles d'augmentation de la part modale du transport en commun. 
Comme la veille, le maire Régis Labeaume est demeuré coi après son allocution d'ouverture, même quand des critiques lui étaient directement adressées, mais s'amusant tout de même avec la foule à quelques occasions.