Des visiteurs ont visité samedi le musée d'Elne, dont la collection est entièrement consacrée à l’enfant du pays, le peintre Étienne Terrus.

Un petit musée du Sud de la France découvre 82 faux tableaux

ELNE — «C’est une catastrophe pour la municipalité», Yves Barniol le maire d’Elne, une petite commune du sud de la France, non loin de Perpignan, ne décolère pas depuis la découverte d’une monumentale escroquerie au détriment du musée de la ville.

La collection, entièrement consacrée à l’enfant du pays, le peintre «méditerranéiste» Étienne Terrus (1857-1922), était composée à 60 % de faux tableaux, dessins ou aquarelles : 82 œuvres sur les 140 de la collection.

Vendredi, c’est à bas bruit que ce village de 8000 âmes a inauguré son musée entièrement rénové et désormais amputé de plus de la moitié de ses œuvres.

«Étienne Terrus est le grand peintre d’Elne, il fait partie de la commune, c’est le peintre de chez nous», lance le maire.

Car si Terrus était «ami avec de nombreux artistes de renom» comme Henri Matisse ou André Derain, «il préféra se retrancher dans sa ville natale», après des études à Paris et ne connaîtra pas le même succès que son ami et mentor Aristide Maillol, explique sur son site la ville d’Elne.

C’est presque par hasard que le pot aux roses a été découvert. Depuis cinq ans, quelque 80 pièces ont été achetées pour enrichir la collection.

«En 2013, la précédente équipe municipale avait acheté 16 œuvres. En 2015, des associations locales ont acquis 47 œuvres en lançant une souscription, auxquelles s’ajoute un leg de 13 pièces provenant de la collection privée d’Odette Traby, au décès de la fondatrice du musée», explique l’historien d’art et commissaire d’expositions, Éric Forcada.

M. Forcada a été mandaté l’été dernier par la mairie pour réorganiser l’institution autour de ces nouvelles acquisitions, provenant «majoritairement d’antiquaires» de la région. Dès le premier coup d’œil, il se rend compte que la plupart sont des faux. «Sur un tableau, la signature à l’encre s’effaçait lorsque je passais dessus avec mon gant blanc.»

Il sonne l’alerte et demande la réunion d’un collège d’experts pour confirmer ces doutes.

«Au niveau stylistique c’est grossier, des supports en coton ne correspondent pas aux toiles utilisées par Terrus et il y a parfois des anachronismes.»

Marché de l’art gangréné

«J’espère que l’enquête ira au bout. Nous, nous ne lâcherons pas. On va rechercher tous les éléments, les délibérations, les certificats qui nous permettront de remonter jusqu’aux faussaires», lâche le maire. Début avril, la municipalité a décidé de porter plainte notamment pour faux, usage de faux, contrefaçons et escroqueries.

Pour Éric Forcada, «tout le marché de l’art au niveau local est gangréné. Du vendeur à la sauvette qui démarche les collectionneurs privés jusqu’aux antiquaires, en passant par les salles des ventes». Il relève un «particularisme local» : «Il y a dans les Pyrénées-Orientales [le département] énormément de collectionneurs privés, avec un ‘‘narcissisme local’’ poussé, qui sont extrêmement attachés aux artistes locaux».

Mais le constat vaut à nettement plus large échelle: «Personne ne se fait d’illusions. Il y a des faux et des œuvres mal attribuées dans les collections des musées», relève Yan Walther, expert de SGS, qui se spécialise en analyses scientifiques d’œuvres d’art.

«Il y a des œuvres mal attribuées au Louvre [à Paris], à la National Gallery [de Londres], dans tous les musées du monde. Mais pas à hauteur de 60 %...», souligne-t-il.