Le président chinois Xi Jinping à Pékin, le 30 avril

Forcé d’écouter le président, un étudiant chinois disparu dénonce la police

PÉKIN - Un étudiant chinois, qui a disparu la semaine dernière avec quatre de ses camarades, a accusé la police de lui avoir infligé des mauvais traitements... notamment en l’obligeant à écouter un discours-fleuve du président Xi Jinping.

Dans une vidéo et un texte diffusés après sa disparition, Qiu Zhanxuan, étudiant à la prestigieuse Université de Pékin, affirme que la police l’a malmené sur une période de cinq jours en février dernier.

Le jeune homme dit avoir notamment subi une fouille à nu et avoir dû écouter à plein volume le discours de trois heures prononcé fin 2017 par le président chinois lors du Congrès du Parti communiste au pouvoir.

La vidéo semble avoir été enregistrée à l’avance et diffusée après sa disparition par le Groupe de solidarité avec les travailleurs de Jasic -- une organisation de défense du droit du travail soutenue par des étudiants «marxistes» de l’Université de Pékin.

«Chers camarades et amis, lorsque vous lirez cet article, je serai derrière les barreaux», déclare l’étudiant, qui dirigeait le Cercle marxiste de l’université avant d’avoir été forcé d’abandonner cette fonction en décembre dernier.

De source proche du Cercle marxiste, on disait ignorer où se trouvait l’étudiant. Le commissariat où M. Qiu dit avoir été détenu en début d’année n’a pas répondu aux questions de l’AFP.

Les étudiants «marxistes» de l’Université de Pékin ont fait l’objet d’une reprise en main l’an dernier après avoir soutenu les ouvriers de Jasic, une entreprise de machines-outil du Guangdong (sud), qui tentaient de former un syndicat libre.

Tout en se réclamant du marxisme, le régime communiste réprime toute velléité d’organisation indépendante du parti au pouvoir et a interpellé des étudiants en août dernier dans plusieurs universités en raison de leur soutien aux ouvriers.

En décembre, M. Qiu avait de nouveau été interpellé pour avoir voulu marquer la naissance de Mao Tsé-toung, le fondateur du régime communiste qui reste pourtant la référence historique officielle des dirigeants chinois.

La disparition des étudiants survient alors qu’approche le 30e anniversaire de la répression sanglante des manifestations de Tiananmen en faveur de la démocratie, qui avaient été largement organisées par les étudiants de l’Université de Pékin.

Dans un discours solennel, le président Xi a appelé la semaine dernière les jeunes Chinois à aimer le Parti et le socialisme.