La statue de Saint-Georges à cheval datant du XVIe siècle et aux couleurs passées est désormais toute colorée et le visage du saint a pris l’expression d’un personnage des aventures de Tintin.

Après le Christ défiguré, un Saint-Georges restauré provoque hilarité et indignation

MADRID — Une sculpture de Saint-Georges aux allures de personnage de bande dessinée après sa restauration provoquait hilarité et indignation en Espagne, rappelant l’histoire ayant fait le tour du monde du Christ défiguré par une octogénaire.

Une recherche sur les réseaux sociaux avec le mot-clic «Estella» — le nom du village de Navarre (nord-ouest) abritant la sculpture dans l’église San Miguel — permet rapidement de voir des photos de l’avant et de l’après. La statue de Saint-Georges à cheval datant du XVIe siècle et aux couleurs passées est désormais toute colorée et le visage du saint a pris l’expression d’un personnage des aventures de Tintin.

Cette sculpture est classée comme bien d’intérêt culturel, ce qui suppose que sa manipulation doit être autorisée par le gouvernement régional.

«C’est une pièce intéressante, de l’an 1500 environ, de grande taille et bien conservée» a indiqué à l’AFP le directeur régional du patrimoine historique de Navarre, Carlos Martínez Álava, qui a été mis au courant par un habitant de cette restauration «effectuée sans professionnalisme et sans contrôle» par un artisan local.

«Ils ont recouvert la peinture du XVIe siècle avec de la peinture actuelle, il semble aussi qu’un travail de grattage et de ponçage a été effectué, ce qui ne correspond pas aux pratiques de la restauration actuelle», a dénoncé Martínez, dont les équipes tentent de savoir comment «dérestaurer» la sculpture.

La statue de Saint-Georges avant sa restauration

À l’hilarité des internautes a succédé l’indignation des autorités et du secteur culturel.

«Nous ne pouvons pas tolérer d’autres attentats contre le patrimoine culturel», a affirmé dans un dur communiqué l’association espagnole des restaurateurs, en menaçant de porter l’affaire en justice.

De nombreux médias de tout le pays se sont rendus ces derniers jours dans la ville de 13 000 habitants au riche patrimoine médiéval, mais où la sculpture est désormais recouverte d’un tissu, tandis que la chapelle où elle se trouve a été fermée au public.

«Nous ne voulons pas que [l’église] devienne un lieu de pèlerinage comme à Borja», a affirmé le maire d’Estella, Koldo Leoz.

Car le Saint-Georges d’Estella rappelle inévitablement l’Ecce Homo de Borja (Aragon, nord), un portrait du Christ défiguré, avec une chevelure hérissée aux allures de pelage de singe, après sa restauration en 2012 par une octogénaire.

L’histoire avait déclenché l’hilarité dans le monde entier et Borja avait reçu en un an 57 000 visiteurs venus voir la peinture. L’auteure de cette restauration controversée, Cecilia Giménez, a signé un accord pour toucher des droits pour l’utilisation commerciale de son «oeuvre».

Le Saint-Georges d’Estella rappelle inévitablement l’«Ecce Homo» de Borja (Aragon, nord), un portrait du Christ défiguré, avec une chevelure hérissée aux allures de pelage de singe, après sa restauration en 2012 par une octogénaire.