Le village de Blanc-Sablon ne sera pas desservi par le Bella-Desgagnés avant mardi, le bateau étant toujours cloué au quai de Rimouski.

Inquiétante pénurie de nourriture en Basse-Côte-Nord

Si vous résidez en Basse-Côte-Nord, il est pratiquement impossible aujourd'hui de se procurer une pinte de lait ou des légumes frais. Aussi surprenant que cela puisse paraître en 2014, les quelque 4000 résidents le long du littoral sont à la merci, en l'absence de lien routier, de la desserte maritime du Bella-Desgagnés, qui est cloué au quai de Rimouski, depuis lundi en raison de la présence abondante de glace.
«C'est inquiétant», a déploré le maire de Gros-Mécatina, Randy Jones. «J'ai essayé d'acheter du concombre et de la laitue et il ne restait plus rien. On dépend de ça et personne n'en parle.» Plus à l'est, à Lourdes-de-Blanc-Sablon, difficile aussi de s'approvisionner en produits périssables. «Je n'ai presque plus de lait, il reste un peu de pain, mais ça part assez vite», raconte l'épicier du coin, Jason Joncas.
Mais les Nord-Côtiers ne sont pas au bout de leur peine. Ce n'est que samedi qu'un brise-glace viendra en aide au Groupe Desgagnés. Avec un peu de chance, le navire pourra quitter le quai plus tôt, si les conditions hivernales le permettent. Sinon, la desserte devrait accoster à Blanc-Sablon, tôt en matinée mardi.
«C'est dommage que la Garde côtière n'ait pu offrir le service avant», explique le directeur général du Relais Nordik, entreprise qui exploite le Bella-Desgagnés, Robin Kelleher. «Il y a beaucoup de bateaux dans le trouble, nous aurions aimé qu'il y ait une meilleure planification, mais on comprend qu'ils font ce qu'ils peuvent», ajoute-t-il.
En Basse-Côte-Nord, on s'explique plutôt mal pourquoi aucun brise-glace n'était disponible à ce temps-ci de l'année. «Il faut mieux être attentif, il s'agit pour nous de notre route 138», se désole M. Jones, qui suggère que la MRC du secteur se dote d'un plan d'action. «Il s'agit de circonstances exceptionnelles, un Act of God, alors pourquoi ne pas planifier le nolisement d'un avion dans ces cas-là, par exemple?»
Les communautés des petits villages de la Basse-Côte-Nord se sont en quelque sorte habituées à leur isolement et aux conséquences qui s'y rattachent. «L'hiver, on stocke pas mal, indique le gérant de l'épicerie J.L. Joncas. Les clients savent qu'il peut manquer des produits, et ils comprennent qu'on peut rien faire.»
En temps normal, la desserte effectue un arrêt hebdomadaire dans les ports de Sept-Îles, Anticosti, Havre-Saint-Pierre, Natashquan et dans sept localités de la basse côte. Il n'est pas rare d'ailleurs que le Bella-Desgagnés accuse du retard en raison des mauvaises conditions climatiques.
À Blanc-Sablon, les commerçants se ravitaillent également du côté de Terre-Neuve, grâce à un traversier qui relie les deux rives. Ce dernier se trouvait d'ailleurs lui aussi prisonnier des glaces, jeudi. «On l'attend peut-être pour samedi soir, mais je ne sais même pas si ma commande sera à bord», a lancé M. Joncas.