M. Labeaume a insisté sur le caractère «subit» de la crue du 13 janvier. «On est en train de documenter tranquillement. […] Des spécialistes nous ont dit qu’ils n’ont jamais vu ça en milieu urbain.»

Inondations: la Ville de Québec reverra ses pratiques

La montée soudaine de la rivière Saint-Charles force la Ville de Québec à revoir ses façons de faire en hiver. Parole du maire de Québec, la surveillance des rivières et les inspections de potentiels embâcles seront désormais beaucoup plus serrées.

Régis Labeaume s’est de nouveau présenté dans le quartier Duberger–Les Saules, samedi, pour faire le point sur l’inondation qui afflige depuis le 13 janvier 70 résidents de l’avenue Grandbois, de l’avenue Saint-Léandre et de la rue Pascale France. Alors que la situation était «en train de revenir à la normale» et que la suite était «entre les mains des propriétaires» des 47 résidences touchées, il s’est partiellement mis en mode bilan lors d’un point de presse tenu à l’heure du dîner.

M. Labeaume a notamment annoncé des changements de pratiques concernant la surveillance des rivières durant la saison froide. «On le fait normalement l’hiver, mais là on va le faire de façon plus régulière. On va aller surveiller toutes les rivières et tous les amas de glace au fur et à mesure pour faire de la prévention, quoi qu’on en fait [déjà]», a-t-il expliqué aux journalistes.

«Je vais parler à Dieu»

S’il s’est engagé à ce que la Ville en fasse davantage pour prévenir, le maire a aussi bien fait comprendre qu’il existait, malgré tous les efforts qui seront déployés, une part d’imprévisible dans toute catastrophe. Interrogé sur les autres moyens qui pourraient être pris à l’avenir, il y est allé de cette boutade: «Je parle à Dieu cet après-midi et je vais lui en parler. Je vais parler à Dieu pour voir ce que Dieu en pense pour voir comment on peut mieux se protéger.»

Sur une note plus sérieuse, le maire a insisté sur le caractère «subit» de la montée des eaux samedi dernier. Il a admis que des apprentissages seront assurément tirés de cette mésaventure. «On est en train de documenter tranquillement. […] Des spécialistes nous ont dit qu’ils n’ont jamais vu ça en milieu urbain.»

Sur le terrain, les traces laissées par le passage de l'eau sont spectaculaires.

En analyse

À la Ville de Québec, une porte-parole a affirmé que tout le processus d’évaluation du risque est présentement «sous analyse» après les événements de cette semaine.

Le protocole actuellement en place l’hiver, a-t-on expliqué au Soleil, est axé sur la lecture des relevés de débit des rivières. «Il y a des appareils de mesure qui sont mis à plusieurs endroits sur les rivières», a exposé Marjorie Potvin. La Ville analyse les données et effectue une visite de terrain si le débit est jugé anormal. «Les employés sont formés pour connaître les points faibles des rivières et les secteurs où on retrouve des infrastructures [comme des ponts] qui peuvent causer un problème.»

Hommage aux intervenants

Toujours lors de son point de presse de samedi, M. Labeaume a par ailleurs salué le travail des employés de sa ville. «Moi ce qui m’a renversé cette semaine, c’est la créativité technique [de ces gens-là]», a-t-il dit, rendant hommage à ceux qui n’ont pas beaucoup dormi, dont le coordonnateur à la Sécurité civile Michel Therrien. «On le sent chez tout le personnel, le niveau d’adrénaline qu’il faut. Tout le monde est high si je peux me permettre l’expression. Il y a une solidarité incroyable.»

Pour ce qui est des sommes dépensées par la Ville de Québec, estimées à 300 000 $ en date de jeudi, le maire n’a pas caché que «ça va être beaucoup plus que ça». «Il faut que tu ouvres le compte de banque. Il ne peut pas y avoir de petits moyens [en pareille situation]. […] J’ai même utilisé mes pouvoirs spéciaux [dans le cas de la pelle-grenouille] pour éviter les appels d’offre. Dans ce temps-là tu paies et tu fais ce que tu as à faire.»

Un véhicule complètement inondé s'est transformé en véritable bloc de glace.

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LA CIRCULATION EN PRIORITÉ

Après avoir travaillé toute la semaine à démanteler l’embâcle et permettre aux résidents d’amorcer le travail de nettoyage chez eux en toute sécurité, la Ville de Québec espère maintenant rouvrir la circulation sur le boulevard Père-Lelièvre, «une voie importante», le plus rapidement possible. Quatre systèmes de chauffage industriels installés sur le pont sous lequel s’est formé l’embâcle fonctionnaient à plein régime samedi afin de faire fondre la glace. «La motte», comme l’a appelée le maire Régis Labeaume, doit être retirée afin d’assurer un écoulement sécuritaire de l’eau de la rivière. En attendant la fin de l’opération, le boulevard Père-Lelièvre est fermé entre les boulevards Masson et Neuvialle. Une inspection de la structure du pont devra aussi être réalisée puisque des pelles mécaniques et des poids lourds y ont travaillé 24 heures sur 24 ces derniers jours.