C’est à Sainte-Marie que la bombe météo a frappé la plus durement le printemps dernier, où 212 maisons ont été démolies après le sinistre.
C’est à Sainte-Marie que la bombe météo a frappé la plus durement le printemps dernier, où 212 maisons ont été démolies après le sinistre.

Inondations du printemps 2019 en Beauce: des centaines de maisons démolies

Des centaines de maisons rasées; presque 100 millions $ d’indemnités versées par l’État; le cœur de certains villages devenu terrain vague; des habitants qui s’exilent… Le bilan n’est que provisoire, mais les stigmates des inondations du printemps 2019 marquent déjà la Beauce.

C’est à Sainte-Marie que la bombe météo a frappé la plus durement. «Il y a 212 maisons qui ont été démolies» , compte le maire Gaétan Vachon en entrevue avec Le Soleil. Ce n’est pas fini; les mâchoires des pelles mécaniques ont été muselées pour l’hiver. Mais l’élu annonce déjà plus d’une centaine d’autres abattages dès que le beau temps se pointera. Total : 316.

Sainte-Marie va changer

À peu près la moitié des sinistrés dont le foyer a été détruit sont restés dans la municipalité, ont pu se reloger, évalue-t-il à vue de nez. Il y aura donc des habitants en moins.

Puis, il faudra un projet pour aménager tous les terrains abandonnés que la Ville rachète une fois les gravats ramassés. «Il va falloir être patient» , prévient cependant l’élu. Les trous dans le centre historique ne seront embellis qu’une fois les démolisseurs rassasiés. «On va essayer de faire un parc qu’on n’aura pas à refaire à chaque inondation… La rivière Chaudière va toujours revenir.» 

Scott

Sainte-Marie a été durement blessée. Mais elle n’est pas la seule.

Poursuivons notre tournée. Au téléphone, Ghislain Jacques, inspecteur en bâtiments et en environnement à la mairie de Scott. «On a beaucoup de propriétés qui ont été touchées : 285. C’est un petit peu plus que le quart de la population.» 

«Jusqu’à maintenant, il y a 67 démolitions.»  Et il reçoit de nouvelles demandes quasi quotidiennement en ce début d’année. 

L’impact est majeur : «C’est tout notre cœur, notre ancien noyau du village, qui se fait démolir», regrette-t-il. «La grande majorité des terrains vont devenir vacants.» 

Lui-même sinistré, M. Jacques a acquis une nouvelle maison dans la municipalité de 2400 âmes. Il voit cependant plusieurs anciens voisins s’éloigner : «J’ai réussi à me trouver une demeure hors des zones inondables. Mais il y en a qui sont obligés de s’exiler. La majorité va dans les villages aux alentours.» 

Saint-Joseph-de-Beauce

Arrêtons-nous maintenant à Saint-Joseph-de-Beauce. Ici, 21 permis ont été délivrés pour la pulvérisation d’habitations. «C’est sûr qu’il va y en avoir d’autres… la question c’est de savoir combien», observe le directeur de l’urbanisme, Hugo Coulombe. 

Notre interlocuteur s’inquiète particulièrement pour les bâtiments centenaires dont quelques-uns étaient visités durant le circuit historico-touristique municipal. «On va y avoir goûté en 2019 avec les inondations.» 

Vallée-Jonction

Prochaine étape de notre survol beauceron : Vallée-Jonction. Nouveau lieu, même blessure. «Il y a eu des démolitions et il va y en avoir d’autres» , laisse tomber le maire Réal Bisson. Il entrevoit, pour l’instant, l’anéantissement d’une vingtaine de constructions. «Vingt maisons sur un peu moins de 2000 de population, c’est énorme.» 

Ici aussi, le paysage sera remodelé. «Ça change l’aspect du village. C’est un choc.» 

M. Bisson fait remarquer que les municipalités perdent des revenus, perdent des citoyens. Mais que plusieurs Beaucerons perdent aussi beaucoup, même lorsque leur logis reste debout. Le gouvernement ayant révisé ses cartes de zones inondables, plusieurs citoyens voient la valeur de leur principale possession fondre considérablement puisqu’ils se retrouvent dans des quartiers maintenant considérés à risque. 

Le maire affirme avoir interpellé le gouvernement supérieur pour réclamer des modifications, sans succès. «Il y a des affaires ahurissantes là-dedans.» 

Notre-Dame-des-Pins

Toutes les villes riveraines, tous les villages riverains, n’ont toutefois pas été mutilés quand la Chaudière est sortie de son lit.

Dominique Lamarre est directrice générale à Notre-Dame-des-Pins, 1700 habitants. «On a délivré un seul permis de démolition à la suite des inondations. […] Pour les inondations printanières, c’est pas mal rentré dans l’ordre.» 

Katia Le Gall est inspectrice en bâtiments à Saint-Bernard : «Officiellement, on n’est pas vraiment touché. […] Quelques personnes ont eu de l’eau dans le sous-sol.» 

Payer les erreurs du passé

Quoique les cicatrices soient nombreuses sur le territoire de la Beauce, le maire de Sainte-Marie, Gaétan Vachon, encaisse le coup. Et se fait même un peu philosophe. De nombreuses maisons sont certes tombées sous le pic des démolisseurs, dit-il. «Mais est-ce qu’on avait vraiment le choix?» Plutôt que de décaisser à chaque inondation pour aider les sinistrés, plutôt que «d’investir dans le vide», il était sans doute opportun de relocaliser les citoyens, songe-t-il. «C’est des choses qui, peut-être, auraient dû être entamées il y a des années et des années…» 

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LES EXCÈS DE LA RIVIÈRE CHAUDIÈRE ONT COÛTÉ CHER

Il faudra un projet pour aménager tous les terrains abandonnés que la Ville de Sainte-Marie rachète une fois les gravats ramassés. Les trous dans le centre historique ne seront embellis qu’une fois les démolisseurs rassasiés.

Pour nous aider à jauger l’impact du débordement de la rivière Chaudière au printemps 2019, le ministère de la Sécurité publique a compilé des statistiques pécuniaires. «En date du 6 janvier», nous écrit la relationniste Louise Quintin, exactement 96 197 807 $ ont été versés en «assistance financière» aux sinistrés de Chaudière-Appalaches; une moyenne de 59 500 $ par «dossier» accepté. Beaucoup pour des travaux de rénovation. Beaucoup aussi pour les demeures condamnées dont les proprios peuvent toucher jusqu’à 250 000 $.

La région a été particulièrement amochée. La Beauce a reçu quelque 40 % des 247 millions $ d’aide distribués dans les régions du Québec pour les dommages subis durant le printemps 2019. 

Les indemnités envoyées en Beauce surpassent ainsi en coût celles octroyées aux habitants de Sainte-Marthe-sur-le-Lac. Souvenez-vous, une digue y avait cédé, un événement exceptionnel : près de 6000 personnes avaient été évacuées, environ 2500 propriétés envahies par les flots. Les sinistrés y ont néanmoins reçu moins qu’en Beauce, soit environ 79 millions $, note Mme Quintin.

Les citoyens des autres 310 municipalités touchées par les inondations, dans toutes les régions administratives du Québec, se partagent la balance de l’aide financière.

Mme Quintin souligne que le compteur tourne toujours : «Ce ne sont pas des montants finaux.» 

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