L’inondation, causée vers minuit et demi par la crue soudaine des rivières Restigouche et Matapédia en raison d’un embâcle, a provoqué la fermeture de la route 132 pendant plusieurs heures, l’évacuation d’une vingtaine de personnes âgées en pleine nuit, en plus d’inonder le sous-sol et le rez-de-chaussée de plusieurs édifices de la rue des Saumons, à Matapédia.

Inondations à Matapédia: la Garde côtière déçoit

MATAPÉDIA – L’inondation de la nuit de samedi à dimanche à Matapédia laisse des commerçants et des citoyens locaux fort insatisfaits du travail de la Garde côtière canadienne, qui a retiré son aéroglisseur Sipu Muin de la rivière Restigouche jeudi midi pour l’assigner à des tâches de déglaçage de havres de pêche au Nouveau-Brunswick.

L’inondation, causée vers minuit et demi par la crue soudaine des rivières Restigouche et Matapédia en raison d’un embâcle, a provoqué la fermeture de la route 132 pendant plusieurs heures, l’évacuation d’une vingtaine de personnes âgées en pleine nuit, en plus d’inonder le sous-sol et le rez-de-chaussée de plusieurs édifices de la rue des Saumons, à Matapédia.

«C’est de la négligence criminelle de la part de la Garde côtière. Ils sont partis jeudi pour aller déglacer un port de pêche alors qu’il y avait ici des gens potentiellement en voie d’être inondés. C’est comme un refus de prêter assistance. On n’a pas fait le poids devant les pêcheurs de crabe» déplorait dimanche midi Pete Dubé, propriétaire du Motel Restigouche.

Ses entrées ont été labourées par les glaces, qui ont décollé des plaques d’asphalte de plusieurs mètres carrés. Des brèches rendaient ces mêmes entrées inutilisables. M. Dubé, qui arpentait encore sa propriété pour faire le bilan des dégâts, tente depuis des années de vendre son établissement.

«J’ai perdu plusieurs occasions à cause du risque d’inondation. Pourtant, ce risque devrait être minime si l’aéroglisseur était bien utilisé. Nos propriétés perdent de la valeur quand il y a inondation», dit-il.


« C’est de la négligence criminelle de la part de la Garde côtière. Ils sont partis jeudi pour aller déglacer un port de pêche alors qu’il y avait ici des gens potentiellement en voie d’être inondés. C’est comme un refus de prêter assistance »
Pete Dubé, propriétaire du Motel Restigouche

Près de là, les frères Richard et André Mill, propriétaires du Garage Restigouche et Pièces d’auto BM, faisaient aussi le bilan des pertes de l’inondation ayant débuté lentement vendredi soir, alors que l’aéroglisseur était encore dans la Péninsule acadienne, à 200 kilomètres de Matapédia.

Le plancher principal du garage a été envahi par deux mètres d’eau, sous le record de quatre mètres et demi de l’inondation dévastatrice de 1994. Cette année, comme c’est le cas depuis longtemps, Richard Mill vide son garage aux premiers signes inquiétants de crue.

«On pense vraiment que ça aurait pu être évité, aborde André Mill, calmement. On sait qu’ils (les membres d’équipage de l’aéroglisseur) font leur possible, mais ça prendrait quelqu’un à bord qui connaît la rivière. Depuis quelques années, il y a un manque de communication. Un navire se sert toujours d’un pilote local. Ils devraient faire la même chose».

Aéroglisseur depuis 1995

Depuis l’inondation de 1994, la Garde côtière dépêche un aéroglisseur à Matapédia. De 1995 à 2007, le contact direct entre la Garde côtière et un comité local de citoyens a été établi et aucune inondation n’a ponctué cet intervalle. Depuis 2008, le rôle de ce comité a été graduellement atténué, derrière le ministère de la Sécurité civile. Bien que non comparables à celle de 1994, quatre inondations sont survenues depuis 11 ans, en 2008, 2012, 2014 et cette année.

«Jeudi, apparemment, ils ne pouvaient plus travailler, parce qu’il manquait d’eau pour l’aéroglisseur. On les a déjà vu travailler dans des conditions pareilles, et approcher des ponts pour briser l’embâcle. Il n’y avait rien de dangereux, mais on était en urgence ici. On ne comprend pas le départ pour aller ouvrir un port de pêche. En Beauce, ils ne peuvent rien faire pour prévenir les inondations. Ici, on a une solution et elle n’a pas été utilisée au maximum », ajoute Richard Mill.

Comme plusieurs citoyens, il a été surpris des endroits choisis par la Garde côtière pour intervenir avec le Sipu Muin sur la rivière Restigouche.

Le Soleil a tenté de savoir pourquoi l’aéroglisseur avait quitté jeudi alors que le travail de déglaçage était loin d’être terminé. Le service des communications de La Garde côtière n’a pas répondu à cette question depuis vendredi.

Janique Lebrun, directrice régionale de la Sécurité publique, a indiqué au Soleil avoir été informée que « la mission première de la Garde côtière, c’est de déglacer les ports de pêche ».

Pourtant, le 12 avril, Guylaine Beaudoin, porte-parole de La Garde côtière, assurait que la prévention des inondations passait devant le déglaçage des ports pour cet organisme fédéral.

La mairesse de Matapédia, Nicole Lagacé, a refusé dimanche de commenter l’intervention de la Garde côtière. « Je félicite tout le monde qui a été sur le terrain (…) Je suis contente que nous soyons arrivés à la fin de ce mauvais épisode ».