Dans une entrevue publiée dans Le Soleil jeudi, le chef du Service de police de la Ville de Québec, Robert Pigeon, a lui-même indiqué que le fentanyl avait changé la donne du point de vue de la sécurité.

Injection supervisée: les opioïdes ont éveillé les consciences

L’appui de la police de Québec ajoute «à la crédibilité» du projet de service d’injection supervisée dans Saint-Roch, se réjouit l’organisme Point de repères. Et selon son directeur Mario Gagnon, la crise pancanadienne des opioïdes n’est probablement pas étrangère à la mobilisation en faveur de cette nouvelle ressource.

Cela fait plus d’une décennie que Mario Gagnon travaille à sensibiliser les autorités, tant politiques que policières, à l’importance d’implanter un centre d’injection supervisée à Québec. L’organisme de Saint-Roch œuvre depuis près de 30 ans auprès des usagers de drogues par injection (UDI).

L’objectif de base en a toujours été un de santé publique, à savoir qu’il fallait contrer la transmission de maladies, comme l’hépatite C et le VIH, par l’échange de matériel souillé entre les usagers. 

Si ce problème n’est pas encore réglé et qu’il est toujours pertinent de s’y attaquer, Mario Gagnon observe une mobilisation sans précédent en raison de l’apparition des opioïdes, comme le fentanyl. 

«La crise pancanadienne des opioïdes, c’est aussi ça qui fait que les gens comprennent le problème de santé publique» que représente les drogues par injection, a-t-il dit jeudi en entrevue au Soleil. 

L’Agence de la santé publique du Canada révélait en juin que 4000 personnes au pays — surtout dans l’Ouest — étaient décédées de surdoses liées aux opioïdes en 2017, une hausse de 34 % par rapport à 2016. On a retrouvé du fentanyl ou ses dérivés dans près de trois quarts des cas. Le fentanyl, 40 fois plus puissant que l’héroïne, peut notamment se retrouver dans la cocaïne, a précisé M. Gagnon.    

Le fléau semble, du moins selon le vétéran travailleur communautaire, avoir servi d’accélérateur ces dernières années pour mobiliser de nombreux acteurs publics, y compris dans le dossier du SIS. Surtout depuis 2015 dans le cas de Québec, année où le fentanyl a causé quatre décès dans la capitale. 

Nouvelle donne

Dans une entrevue publiée dans Le Soleil jeudi, le chef du Service de police de Québec (SPVQ), Robert Pigeon, a lui-même évoqué que le fentanyl avait changé la donne. «Une difficulté supplémentaire qui est apparue est celle des opioïdes, comme le fentanyl», a-t-il dit, reconnaissant que le SIS pouvait prévenir les cas de surdoses mortelles en offrant un environnement plus sécuritaire aux UDI. 

Cet appui du SPVQ «va amener une crédibilité» au projet et est un signal que le CIUSSS de la Capitale-Nationale et Point de repères ont mené une «démarche sérieuse», selon Mario Gagnon. «Tout le monde a vu ce qui se passe au Canada […] C’est une évidence qu’il fallait travailler rapidement.» 

L’annonce par le gouvernement du Québec, mercredi, d’une enveloppe de 23 millions $ consacrée à la lutte aux opioïdes suit cette même logique, a ajouté M. Gagnon. 

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale s’est lui aussi réjoui de l’appui du SPVQ. «Ils sont impliqués depuis les tout débuts», a rappelé la porte-parole Mélanie Otis, saluant la collaboration de toutes les parties. 

Mme Otis a souligné que la police municipale, bien qu’elle soit un partenaire, avait son propre «agenda» et qu’elle était «indépendante». «Eux aussi ont fait leurs vérifications. Chacun a fait ses devoirs et prend ses responsabilités.»

Le SPVQ a notamment discuté avec le Service de police de la Ville de Montréal, qui compose avec quatre SIS sur son territoire depuis l’an dernier. Les résultats ont été positifs, selon un rapport présenté au début de l’été.