La police de Québec se range à 100 % derrière le service d’injection supervisée tel que projeté dans le quartier Saint-Roch. Le chef de police Robert Pigeon estime que la démonstration est maintenant faite que les SIS ont leur place.

Injection supervisée: la police appuie le service

EXCLUSIF / La police de Québec se range à 100 % derrière le service d’injection supervisée tel que projeté dans le quartier Saint-Roch. «Les services de santé ont fait leurs devoirs, ils ont fait évoluer tout le monde», selon le directeur du Service de police de la Ville de Québec, Robert Pigeon.

La position du chef de police, en poste depuis novembre 2016, tranche avec celle de son prédécesseur, Michel Desgagné, du moins avec celle qu’il avait partagée en 2011. M. Desgagné s’était vivement opposé à l’idée d’un service d’injection supervisé (SIS) à Québec. «Disons que ce n’est pas très valorisant pour un quartier d’avoir ça dans sa cour», disait-il.

À la décharge de son ancien collègue, M. Pigeon estime que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis et que la démonstration est maintenant faite que les SIS ont leur place. «On est rendu à 27 SIS au Canada. Ça a fait sa place ailleurs, ça semble donner des résultats», a-t-il affirmé mercredi, rencontré par Le Soleil dans les bureaux du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) à Sainte-Foy.

Les autorités policières discutent «depuis 2012» avec les représentants de la santé publique au sujet du SIS, a rappelé M. Pigeon. «On a pu émettre notre point de vue à plusieurs étapes.» Le SPVQ est aujourd’hui convaincu et se range derrière le CIUSSS de la Capitale-Nationale, qui porte le projet en collaboration avec l’organisme Point de repères. 

«Comme service de police, on a fait le choix de faire confiance aux médecins et aux experts du milieu communautaire. C’est sur cette base-là qu’on avance avec eux. […] Le projet sur la table est le meilleur projet qu’on peut penser obtenir», a-t-il affirmé. Le choix du site, à l’angle des rues Sainte-Marguerite et Monseigneur-Gauvreau, près des bretelles de l’autoroute Dufferin-Montmorency, fait lui aussi l’unanimité. 

Pour M. Pigeon, le SIS signifie «moins de seringues dans les rues, moins de seringues dans les parcs, moins de personnes intoxiquées dans les rues, moins de personnes qui s’injectent dans des endroits inappropriés». Des arguments calqués sur ceux du CIUSSS et cités par le maire de Québec, Régis Labeaume, il y a à peine trois semaines. 


« Si ça peut permettre aux [utilisateurs de drogues] d’avoir accès à des conseils de prévention, accès à d’autres services qui pourraient leur permettre de sortir de la toxicomanie, bien ce sera un plus. Si ça peut permettre à des usagers d’anticiper l’avenir de façon différente, ce sera ça de gagné. »
Robert Pigeon, 
chef de police de la ville de Québec

Santé publique d’abord

Les expériences observées ailleurs ont aussi pesé dans la balance. Le bilan de la première année d’opération des quatre SIS à Montréal, présenté en juin, semble avoir conforté le numéro un du SPVQ. «J’ai parlé avec mes collègues du SPVM. J’ai été en mesure de constater auprès d’eux que la criminalité n’a pas augmenté autour des sites d’injection supervisée, donc c’est faux de penser que ça va amener une nouvelle criminalité», a-t-il rapporté. Une telle crainte a été manifestée par des citoyens et des gens d’affaires du quartier Saint-Roch lors des deux séances d’information publiques tenues par le CIUSSS, début juillet. 

M. Pigeon a assuré mercredi que si des trafiquants de drogues osaient profiter de la présence du SIS, le SPVQ ferait «sa job de police». Les enquêteurs du SPVQ poursuivront leur travail pour contrer le trafic de stupéfiants, a-t-il insisté, rappelant que l’existence de «piqueries illégales» était connue à Québec. 

Une grande différence avec un SIS, outre l’encadrement sanitaire et sécuritaire, est que les policiers n’y mettront pas les pieds pour démanteler un réseau de trafiquants. Pas question non plus de «planter un agent» devant le SIS. «Ce serait inapproprié. […] Ce serait contradictoire avec l’objectif [de santé publique] qui est visé. Il faut les laisser [les usagers] avoir accès à ces services-là.»

Le but n’est pas de traquer les consommateurs, mais de les diriger vers la bonne ressource pour éventuellement se sortir de la toxicomanie. «Si ça peut permettre à des usagers d’anticiper l’avenir de façon différente, ce sera ça de gagné», a exprimé Robert Pigeon. 


« Les piqueries illégales, ça existe, et ça existe à Québec. L’objectif de nos services de santé est que les usagers délaissent ces endroits de façon graduelle pour adopter des comportements beaucoup plus sécuritaires. »
Robert Pigeon, 
chef de police de la ville de Québec

Rassurer les citoyens 

Sur le «sentiment de sécurité» des citoyens et des travailleurs qui voisineront le SIS, le SPVQ répondra présent s’il faut rassurer la population. M. Pigeon a évoqué l’idée, discutée avec le CIUSSS, d’une table de concertation qui serait implantée si le besoin se faisait sentir sur le terrain. «On serait prêt à s’asseoir avec les commerçants et les citoyens. […] On va devoir les écouter et les entendre, réagir en fonction de ce qu’ils vont constater.»

L’arrivée du SIS pourrait même avoir un effet bénéfique pour les patrouilleurs, selon leur patron. «C’est un outil de plus où référer les toxicomanes qu’on voit de façon régulière, de les référer à un endroit sécuritaire», a-t-il expliqué. Qui plus est, «une difficulté supplémentaire qui est apparue est celle des opioïdes, comme le fentanyl. Le naloxone [l’antidote en cas de surdose] sera disponible dans le SIS.»

Aucune date n’est encore arrêtée pour la mise en opération du SIS de Québec. Le CIUSSS souhaite son implantation «le plus tôt possible». 

Quelque 900 UDI ont été identifiés à Québec entre 2004 et 2010, selon un rapport daté de 2014 du défunt Centre de santé et de services sociaux de la Vieille-Capitale. Le CIUSSS et l’organisme Point de repères (qui travaille auprès des UDI depuis près de 30 ans) voient dans le SIS la «réponse médicale et de santé publique à la dépendance aux drogues», en plus d’un moyen de contrer la transmission de maladies causée par l’échange de matériel d’injection souillé.