L'avocate Sophie Mongeon en compagnie de son client Michel Plante lors de la conférence de presse à Montréal.

Indemnisé car son cancer s’est aggravé

Montréal — Exposé à des radiations 40 fois plus élevées que la norme sécuritaire à son travail, le Trifluvien Michel Plante a vu son cancer de la vessie s’aggraver au cours des dernières années. C’est la conclusion à laquelle en vient le Tribunal administratif du travail qui, dans un jugement rendu récemment, a infirmé une décision de la CNESST et lui reconnaît du même coup le droit aux prestations pour avoir subi une lésion professionnelle.

L’homme qui était à l’emploi de l’entreprise Sucro Can du boulevard Parent à Trois-Rivières entre janvier 2014 et avril 2015 a été exposé à des radiations émanant d’une machine à rayons X qui servait à détecter les métaux dans le sucre. La machine appartenant à l’entreprise a ensuite été envoyée en Ontario où elle a fait l’objet d’un rapport plutôt inquiétant, rapport auquel le travailleur a eu accès et à propos duquel il a tenté de se faire le sonneur d’alerte. Toutefois, il n’aura reçu écoute ni de son ancien employeur, ni de la CNESST, selon ses dires.

Michel Plante a reçu un diagnostic de cancer de la vessie peu de temps après son embauche chez Sucro Can, qui possédait deux usines, soit sur le boulevard Parent et sur le chemin Sainte-Marguerite, devenue depuis Sucre BBR. S’il a été admis que le cancer n’aurait pu être causé par l’exposition aux radiations sur une si courte période de temps, le médecin qui faisait son suivi à l’époque s’est rapidement questionné sur les circonstances entourant des récidives et une évolution atypique pour ce type de maladie et le traitement reçu. L’homme aura été opéré cinq fois dans la même année, et a reçu un autre diagnostic de cancer, cette fois de la prostate, en 2016. 

Une conclusion non reconnue par la CNESST lors des premières réclamations faites par le travailleur, alors qu’elle soutenait qu’il n’y avait aucune preuve prépondérante entre l’exposition alléguée à des radiations et l’état de santé du travailleur, et que le problème de guérison pouvait s’expliquer par la chimiothérapie. 

L’expertise du radio-oncologue Bernard Fortin est toutefois venue infirmer cette remarque, soutenant que tous les problèmes de guérison vécus par le travailleur peuvent s’expliquer par une exposition à des radiations, d’autant plus que la chimiothérapie a aussi pu rendre le travailleur plus sensible aux effets néfastes des rayons X. Il estime même que dans le pire des scénarios, son exposition totale durant les 15 mois de son emploi aurait pu atteindre un niveau 40 fois plus élevé que la dose reconnue comme étant sécuritaire chez un employé du secteur nucléaire.

Une conclusion qui a été retenue par le Tribunal administratif du travail, qui a donc infirmé la décision de la CNESST et déclaré que l’homme avait bel et bien subi une lésion professionnelle, et se devait donc d’être indemnisé en conséquence.

Soulagement

C’est avec soulagement, mais aussi en gardant en tête le sort des autres employés qu’il côtoyait à l’époque, que Michel Plante a accueilli le jugement. «Je l’ai fait en partant pour moi. Je suis travailleur autonome, je ne suis plus assurable. Je ne pouvais pas me reposer durant mes traitements, je devais continuer de travailler parce que je ne suis pas couvert. Je suis content, mais j’espère que les autres (employés) vont prendre les démarches. Je leur souhaite qu’il n’y ait rien», a indiqué M. Plante, qui a rencontré la presse jeudi matin à Montréal.

Son avocate, Me Sophie Mongeon, ajoute que les employés ayant œuvré chez Sucro Can dans les dernières années ne devraient pas prendre la situation à la légère, puisque les risques associés à une telle exposition peuvent se révéler après une période de latence de dix ans. 

«Nous suggérons à tous les employés qui ont travaillé de près ou de loin avec cette entreprise, près de cette machine qui est dans une aire ouverte, de faire une réclamation préventive à la CNESST, puis de consulter un médecin, puisque des tests particuliers doivent être réalisés auprès de ces travailleurs. D’ailleurs, nous demandons à la CNESST de contacter ces travailleurs et de les mettre en contact avec un officier de radioprotection afin que des mesures soient prises», ajoute l’avocate.

Au sujet de l’intervention de la CNESST, Michel Plante dénonce le peu d’écoute reçue tout au long des procédures. «Je n’appelle pas ça une procédure. Il n’aurait rien existé et ça aurait donné le même résultat. C’est quoi la valeur de faire une plainte si on n’est même pas écouté par eux autres? C’est leur mandat de nous protéger», indique celui qui est toujours en traitement pour soigner son cancer.

L’entreprise soutiendra les travailleurs

L’entreprise Sucre Solution, anciennement Sucro Can, mettra en place des mesures pour soutenir ses employés, à la suite du jugement rendu par le Tribunal administratif du travail dans le dossier de Michel Plante. 

L’entreprise, qui a changé de mains en mars 2017, n’est plus liée aux anciens administrateurs qui étaient en poste lorsque la machine défectueuse était en fonction. Les nouveaux administrateurs disent d’ailleurs sympathiser avec Michel Plante.

Le directeur des opérations chez Sucre Solution, Yannick Bineau, explique que la machine n’est plus en fonction depuis plusieurs mois, qu’elle a été retournée chez le fabricant, en Asie. 

«La CNESST n’a jamais sanctionné l’entreprise du boulevard Parent et l’appareil mentionné dans le jugement n’a jamais été évalué par la CNESST», indique M. Bineau, ajoutant que l’entreprise a toujours offert son entière collaboration à la CNESST.

Les employés de Sucre Solution ont été rencontrés jeudi matin et l’entreprise offrira un programme d’aide aux employés si ces derniers en expriment le besoin. 

Yannick Bineau estime que de deux à quatre travailleurs pourraient devoir faire l’objet d’un suivi plus serré au niveau médical afin de s’assurer que l’exposition n’aura pas causé de problèmes de santé. Le directeur des opérations se dit d’ailleurs personnellement concerné par la situation, puisqu’il fait partie de ces travailleurs. «On ne prend vraiment pas cette situation à la légère», soutient-il.

La CNESST a décliné nos demandes d’entrevue, jeudi, étant donné la confidentialité du dossier.