Des inhalothérapeutes auraient constaté des problèmes de lecture du dosage et de tubulure bloquée en utilisant le système Sokinox destiné aux enfants aux soins intensifs néonataux et pédiatriques.

Incidents «préoccupants» aux soins intensifs néonataux et pédiatriques au CHU de Québec

Au moins quatre «incidents» reliés à l’utilisation d’un système de thérapie respiratoire au monoxyde d’azote destiné aux enfants aux soins intensifs néonataux et pédiatriques ont été recensés au CHU de Québec au cours de la dernière année. Si l’établissement assure que ces incidents n’ont eu aucun impact sur la santé de ses jeunes patients, il a néanmoins dû mettre en place une «cellule de crise» pour régulariser la situation. Sauf qu’entre le dernier incident et la transmission d’un avis de défaut au fournisseur, il s’est écoulé... cinq mois.

Selon des documents du CHU de Québec obtenus en vertu de la Loi sur l’accès à l’information par la firme L’Orange bleue affaires publiques, inscrite au registre des lobbyistes pour l’entreprise Mallinckrodt Pharmaceutical, des inhalothérapeutes auraient notamment constaté des problèmes de lecture du dosage et de tubulure bloquée en utilisant le système Sokinox. 

Le système a été acquis à la suite d’un appel d’offres publié en septembre 2016 par le Groupe d’approvisionnement en commun de l’Est-du-Québec (GACEQ). Le CHU de Québec a actuellement six appareils Sokinox, en location au prix de 1550 $ par mois chacun.

L’établissement a refusé de nous en dire plus sur les incidents recensés. «Puisque ces données sont consignées dans leur dossier médical respectif, elles sont confidentielles en vertu de la Loi sur les services de santé et les services sociaux», explique une porte-parole du CHU de Québec, Lindsay Jacques-Dubé. 

Selon elle, le premier incident, survenu le 7 juillet 2017, aurait fait l’objet d’une évaluation et d’un signalement auprès du fournisseur. Quelques jours plus tard, un second incident s’est produit. «L’appareil concerné a été retiré et changé», précise Mme Jacques-Dubé. Puis, le 14 novembre 2017, un nouvel incident est survenu, menant là aussi au remplacement de l’appareil. 

«Le lendemain, le GACEQ communiquait avec les fournisseurs pour que ce dernier apporte les améliorations nécessaires, et une ligne téléphonique 24 sur 24 a été mise à notre disposition», indique la porte-parole du CHU de Québec. Malheureusement, poursuit-elle, un autre incident s’est produit le 31 décembre, menant là encore au retrait de l’appareil. «À la mi-janvier, le fournisseur a procédé au rehaussement de ses appareils, et une mise à jour a eu lieu en mars», précise Mme Jacques-Dubé.

Problèmes similaires

Dans les documents que Le Soleil a pu consulter, qui sont en fait des comptes-rendus de conférences téléphoniques organisées en mars et en avril derniers par la direction de la logistique du CHU de Québec et auxquelles participaient notamment des inhalothérapeutes et des représentantes du GACEQ, on apprend que d’autres établissements auraient vécu des «problématiques similaires» avec le Sokinox. L’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ), l’Hôpital de Montréal pour enfants et le Centre universitaire de santé McGill sont cités. 

Les documents nous apprennent également qu’une étude ayant débuté avant le lancement de l’appel d’offres est actuellement en cours au CHU Saint-Justine afin d’évaluer le Sokinox.

«Clientèle vulnérable»

Dans le compte-rendu de la rencontre téléphonique du 22 mars, on mentionne que les inhalothérapeutes «sont très préoccupées par la nature des problématiques en raison de la clientèle vulnérable à qui le traitement est administré».

Pendant la conférence téléphonique du 26 avril, le GACEQ a fait savoir qu’«un avis de défaut sera transmis au fournisseur vers le 4 mai» et que celui-ci «devra répondre avec un plan d’action dans les 30 jours suivant la date d’envoi du document». «Si le plan d’action du fournisseur n’est pas acceptable, le GACEQ pourrait envisager un rendement insatisfaisant en vue de mettre fin au contrat», précise-t-on dans le résumé de la rencontre.

Le document indique que «jusqu’à preuve du contraire, il n’y a qu’un seul autre joueur qui offre un appareil jugé conforme», et qu’un retour en arrière «pourrait coûter très cher». 

Le plan d’action proposé par le GACEQ a été jugé satisfaisant. La représentante du secteur de la gestion des risques du CHU de Québec a toutefois dit souhaiter que «les délais soient très courts en raison de la criticité des patients qui reçoivent un traitement avec l’appareil Sokinox». 

La porte-parole du CHU de Québec a indiqué au Soleil qu’à la suite de l’avis de défaut du GACEQ, le fournisseur a proposé en mai un «plan d’amélioration» et que celui-ci a été approuvé par le comité responsable du dossier. Comme le fournisseur a procédé au «rehaussement des appareils» ainsi qu’aux «corrections et mises à jour nécessaires», l’établissement continue de les utiliser, a précisé Mme Jacques-Dubé.

«On ne compte aucun autre incident depuis. Bien sûr, en parallèle, nos équipes exercent une vigilance accrue et nous avons à notre disposition d’autres appareils qui peuvent aisément être utilisés en remplacement au besoin», assure la porte-parole du CHU de Québec.

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TRAITEMENT VITAL AU MONOXYDE D'AZOTE

Dans son site Internet, le CHU Saint-Justine explique que «le monoxyde d’azote inhalé est un traitement vital pour les enfants aux soins intensifs». S’il a lancé une étude pour évaluer la performance du système Sokinox, c’est que la compagnie qui livre actuellement ce traitement à l’établissement «charge un coût très élevé en raison d’un monopole». «L’arrivée d’un nouvel outil [le Sokinox] pourrait briser ce monopole et améliorer les soins», explique le CHU Sainte-Justine dans son abrégé du projet d’évaluation du Sokinox, évaluation qui est toujours en cours.