Malgré les immenses flammes, Yannick Souçy n’a jamais hésité et s’est précipité à l’extérieur pour trouver une façon d’aider les trois résidents toujours à l’intérieur de l'édifice en flammes.
Malgré les immenses flammes, Yannick Souçy n’a jamais hésité et s’est précipité à l’extérieur pour trouver une façon d’aider les trois résidents toujours à l’intérieur de l'édifice en flammes.

Incendie à Saint-Romuald: le récit d’un voisin courageux

David Rémillard
David Rémillard
Le Soleil
«Je suis sûr de l’avoir entendu cogner… C’est ça qui est dur. J’aurais aimé ça sortir les deux personnes.»

Yannick Soucy habite directement en face du 2338, sur l’étroit chemin du Fleuve, où s’est produit l’incendie qui a coûté la vie à un homme de 73 ans, jeudi soir. 

Remarquant une lumière vive provenant de l’autre côté de la rue, il a tiré le rideau et s’est vite aperçu que la situation était grave. «On a vu une énorme boule de feu. Ça cramait… il faisait clair. C’était épouvantable», a-t-il raconté au Soleil vendredi, toujours ébranlé par les événements.  

Malgré les immenses flammes, il n’a jamais hésité et s’est précipité à l’extérieur pour trouver une façon d’aider les trois résidents toujours à l’intérieur. «Je suis allé à la course entre les deux maisons pour constater que le feu était trop pris en arrière. Je suis revenu vers le devant en cognant sur la maison.»

M. Soucy s’est ensuite concentré sur le logement à l’étage. «Je savais qu’il y avait deux personnes en haut. C’est un couple que je connais, ça fait longtemps qu’ils sont là.»

Son premier réflexe a été de se rendre chez un autre voisin, de frapper sur les murs en réclamant une échelle avec insistance. 

L’objet lui «est apparu» rapidement et il s’est mis au boulot. Il a accoté l’échelle sur la façade du bâtiment comptant trois fenêtres au deuxième étage. Le courageux citoyen a instinctivement choisi celle du centre. 

Un heureux hasard. «En grimpant, la fenêtre a ouvert. J’ai vu la jambe de la madame. J’ai descendu la madame entre moi et l’échelle. […] On est comme arrivé en même temps.»

Épaisse fumée

La dame a été conduite chez M. Soucy par d’autres témoins pendant que celui-ci était déjà à la recherche du second résident. «J’aurais aimé ça rentrer, mais c’était pas invitant. La fumée, c’était extrêmement épais, ça roulait. C’était noir, noir, noir, noir, noir. […] Ça me brûlait, c’était vif», a-t-il poursuivi.

Il a eu beau crier, utiliser la lumière d’un téléphone cellulaire en guise de point de repère, rien n’y a fait. L’homme n’est jamais apparu. Des débris de fil électrique tombaient sur M. Soucy et la situation devenait désespérée. «On me criait de m’en aller de là, que c’était dangereux. Les pompiers ont pris le relais.»

Même s’il sait qu’il a peut-être sauvé la vie d’une personne, ce bon samaritain ne pensait qu’à l’homme qui a été évacué par les pompiers, transporté vers l’hôpital dans un état critique et dont le décès a été confirmé un peu plus tard.

«Je suis sûr de l’avoir entendu cogner… c’est ça qui est dur. J’aurais aimé ça sortir les deux personnes. […] Y’a quelqu’un de mort et ça n’aurait pas dû», a-t-il dit, visiblement ému. 

Avec le recul, bien qu’il n’ait pas eu beaucoup de temps pour souffler, M. Soucy croit avoir fait ce que tout citoyen aurait fait. «[La dame], elle me doit rien… ça m’a fait plaisir. C’est la moindre des choses, y’a pas de mérite.» Il a aussi eu une pensée pour ceux qui l’ont aidé. «Ça ferait peut-être deux personnes [décédées] ce matin si je n’avais pas eu d’échelle.»

Ce drame fait présentement l’objet d’une enquête au Service de police de la Ville de Lévis. Aucune piste, y compris la thèse d’un incendie criminel, n’a encore été écartée. 

Selon les pompiers, le feu aurait pris naissance à l’extérieur avant de se propager à l’étage et à la toiture. Tous les témoins, y compris Yannick Soucy, ont été interrogés. La survivante a subi des blessures, notamment aux bras.