En attendant la mise en service de l’usine de chloration, les habitants de Saint-Bernard branchés à l’aqueduc municipal doivent faire bouillir leur eau.
En attendant la mise en service de l’usine de chloration, les habitants de Saint-Bernard branchés à l’aqueduc municipal doivent faire bouillir leur eau.

Il faudra bouillir l’eau encore un an à Saint-Bernard en Beauce

Les citoyens de Saint-Bernard, en Beauce, devront faire bouillir l’eau de l’aqueduc municipal durant encore un an, peut-être jusqu’au début 2022. Mais la bactérie Campylobacter, qui a brassé bien des estomacs, sera alors mise K.O. par l’usine de chloration de 5 millions $ dont la construction vient de commencer.

Faisons un petit voyage dans le passé. Juillet 2018, des résidents se plaignent de maux de ventre et autres symptômes de dysfonction digestive. «Une enquête a permis d’établir rapidement que plusieurs dizaines de personnes ont été malades», rappelle Maryse Rodrigue, agente d’information au Centre intégré de santé et de services sociaux de Chaudière-Appalaches.

Un avis d’ébullition de l’eau avait été émis.

L’automne venu, la Santé publique avait poussé son investigation plus avant. Conclusions : 1) Il y a eu «plus d’une centaine de cas»; 2) «[L’eau municipale] est l’élément qui explique l’éclosion d’infections à Campylobacter et de gastroentérites vécue par plusieurs citoyens», écrivaient les experts. «Les personnes qui consommaient l’eau de la municipalité avaient 18 fois plus de risques de présenter une infection que les personnes n’ayant pas consommé cette eau.»

L’avis d’ébullition avait été maintenu.

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Deux ans à bouillir l’eau

Revenons en 2020. Au téléphone, Caroline Tremblay, adjointe administrative à la mairie de Saint-Bernard. Justement, au moment de notre discussion, elle préparait une nouvelle distribution de l’avis d’ébullition en vigueur depuis maintenant 2 ans. «Toutes les 2 semaines encore on envoie une feuille à la population.»

La fin de l’histoire est cependant en vue : «L’usine est en construction, l’usine de chloration, depuis mai. Une fois qu’on aura l’usine, l’avis d’ébullition sera levé. […] On est bien content que ce soit en branle.»

1400 personnes desservies

Le chantier a une envergure certaine. Le contrat pour une usine de traitement de l’eau toute neuve a été octroyé en début d’année aux Constructions de l’Amiante, nous apprend le système électronique d’appel d’offres du gouvernement du Québec. Une entente de quelque 4,25 millions.

En incluant tous les travaux préparatoires, la facture grimpe à 4896 000 $, précise Caroline Tremblay. 

Un gros projet, donc, pour une municipalité de moins de 2500 habitants, dont le puits dessert plus ou moins 1400 personnes, selon les données publiées par le ministère de l’Environnement.

L’échéancier? «On en a jusqu’à l’année prochaine», note Caroline Tremblay. Peut-être 2022.

Jusque-là, c’est la bouilloire durant 1 minute avant de boire ou cuisiner; il faudrait aussi faire attention de ne pas avaler l’eau sous la douche. 

Cela, même si la bactérie Campylobacter n’aurait pas été revue depuis le 20 mars 2019, date du dernier prélèvement souillé, avance notre interlocutrice. «On fait des tests très régulièrement et on n’a pas eu de Campylobacter. Mais on est obligé de garder ça comme ça, avec l’avis d’ébullition. C’est une demande la Santé publique, tant qu’on n’aura pas l’usine de chloration.»

Paraît que tout le monde ne respecte pas la consigne, toutefois. Ils assument le risque.

Pour ceux qui voudraient en apprendre un peu plus sur la bactérie Campylobater et ses effets, le gouvernement québécois a préparé une page web en son honneur

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DEPUIS PLUSIEURS ANNÉES, ST-BERNARD PROJETTE DE DÉSINFECTER L'EAU

Fin 2017, soit environ 8 mois avant l’éclosion de Campylobater dans l’eau potable, la municipalité de Saint-Bernard en Beauce a déposé une première demande au ministère de l’Environnement pour installer un système de désinfection à la sortie de son puits. Projet qui est tombé à l’eau. 

En juillet 2018, des dizaines de citoyens ont été malades, à cause de l’eau. Juste avant cette éclosion, la municipalité avait cependant demandé au ministère de suspendre l’analyse de son dossier qui était toujours à l’étude, nous apprend Frédéric Fournier, conseiller en communications et porte-parole régional à l’Environnement. La mairie de Saint-Bernard n’avait pas trouvé de financement.

Il faudra attendre encore quelques mois, pour que le projet de désinfection de l’eau refasse surface. À l’automne 2018, quand un rapport de la Santé publique a clairement mis en cause la contamination du puits, le ministère des Affaires municipales «a informé la municipalité que son projet de traitement est prioritaire et que leur demande d’aide financière a été retenue», nous écrit Frédéric Fournier.

Le projet, qui avait été largement modifié depuis 2017, a toutefois coincé dans la machine. Il a fallu reprendre du début : «Une nouvelle demande d’autorisation a été déposée au ministère le 17 juillet 2019. Cette demande a été analysée et une autorisation ministérielle a été délivrée le 17 décembre 2019 pour l’installation d’un système de désinfection de l’eau distribuée, lequel permettra un retour à la conformité de cette situation», explique M. Fournier.

Finalement, en mai 2020, le chantier a commencé. En attendant la mise en service, les habitants de Saint-Bernard branchés à l’aqueduc municipal doivent faire bouillir leur eau.