La plupart des médecins ont trouvé qu’en proportion, il y avait plus de diabétiques et d’hypertendus admis à l’hôpital pour la COVID-19 que dans la population générale, et une proportion encore plus élevée dans les cas les plus sévères et les décès.
La plupart des médecins ont trouvé qu’en proportion, il y avait plus de diabétiques et d’hypertendus admis à l’hôpital pour la COVID-19 que dans la population générale, et une proportion encore plus élevée dans les cas les plus sévères et les décès.

Hypertension, diabète, obésité, qu’est-ce qui tue?

Q: «On nous dit que les gens qui souffrent du diabète sont plus à risque. Qu’est-ce qui explique ce phénomène?» demande Michel Gingras, de Québec.

Pour sa part, Liette Fiset, de Longueuil, veut savoir «quels sont les liens entre la COVID-19 et le risque de complications sévères pour les personnes atteintes d’hypertension? Les travaux sont en cours et les résultats ne sont probablement pas connus, mais avons-nous des pistes d’explications?»

R: Depuis le début de la pandémie, des études rétrospectives sur le profil des patients admis à l’hôpital ont été menées dans plusieurs pays, en Chine principalement, mais aussi en Italie, en France et aux États-Unis, notamment. Les médecins ont relevé les «comorbidités», un mot qui désigne les autres problèmes de santé dont est atteinte une personne sous investigation. La plupart ont trouvé qu’en proportion, il y avait plus de diabétiques et d’hypertendus admis à l’hôpital pour la COVID-19 que dans la population générale, et une proportion encore plus élevée dans les cas les plus sévères et les décès. Dans une étude publiée le 9 avril, des chercheurs français ont regardé aussi l’indice de masse corporelle de 124 patients COVID-19 ayant eu besoin de ventilation mécanique dans un hôpital de Lille, et montré que près de la moitié d’entre eux avaient un indice de masse corporelle supérieur à 30, la définition de l’obésité, une proportion beaucoup plus élevée que dans la population générale.

Hypertension et diabète sont très liés : 70 % des diabétiques sont hypertendus, et les hypertendus sont 2,5 fois plus susceptibles que la population générale de développer du diabète. Environ 7 % des Canadiens ont du diabète et un sur quatre de l’hypertension. Ces proportions sont beaucoup plus élevées chez les personnes plus âgées. Par exemple, 3 % des 20-40 ans ont une tension artérielle trop élevée, contre 70 % des septuagénaires. Il y a aussi un lien très étroit entre hypertension, diabète et poids corporel : plus une personne grossit, plus sa tension artérielle tend à augmenter, et les personnes obèses souffrent bien plus souvent d’hypertension et de diabète que les minces.

À tous les âges, les gens souffrant de ces comorbidités semblent plus à risque d’avoir des symptômes plus graves de la COVID-19 que les autres personnes du même âge. Rien ne prouve qu’ils soient plus à risque d’être infectés. S’ils le sont, par contre, la maladie risque d’être beaucoup plus grave.

Pour beaucoup de chercheurs comme Jean-Pierre Després, professeur à l’Université Laval et spécialiste de la santé cardiométabolique, il ne fait aucun doute qu’au-delà des chiffres précis colligés dans les études, les mauvaises habitudes de vie (tabagisme, sédentarité, mauvaise alimentation) et l’état de santé général sont directement liées à la sévérité des cas. L’obésité viscérale, l’hypertension ou le diabète accroissent la fragilité des organes que peut atteindre le virus, comme les poumons ou le cœur. Ces conditions feraient en sorte que l’organisme est constamment en mode inflammatoire, le système immunitaire travaillant fort pour tenter de ramener la tension artérielle ou le taux de glucose à la normale.

On sait depuis 50 ans qu’il y a des liens très étroits entre le système immunitaire et l’hypertension, sans que tout le détail des mécanismes biochimiques en cause soit encore élucidé. L’emballement du système immunitaire, une des principales causes de mortalité attribuée à la COVID-19, pourrait être nettement plus fréquent chez les personnes souffrant d’hypertension, de diabète ou d’obésité.

L’âge, en soi, n’est pas un puissant facteur de risque de la maladie, mais le fait de maintenir depuis longtemps de mauvaises habitudes de vie l’est, croit Jean-Pierre Després, qui est aussi directeur de la science et de l’innovation de l’Alliance santé Québec. Les conditions socio-économiques sont déterminantes dans le profil des malades, comme l’ont rapporté des médias qui montrent une surreprésentation des Afro-Américains et des pauvres parmi les gens hospitalisés. Jean-Pierre Després espère que cette crise fera prendre conscience de l’importance d’avoir un vrai tableau de bord de la santé de la population pour prioriser les actions, ce qui aurait permis, par exemple, d’accentuer la prévention et la surveillance dans les quartiers où l’état de santé de la population est le plus préoccupant. «À Québec, par exemple, il y a sept ans d’écart de longévité entre la haute-ville et la basse-ville, on doit changer la médecine pour en tenir compte!» explique-t-il.

Il y a aussi peut-être des liens génétiques à faire entre le diabète, l’hypertension et l’infection au SRAS-Cov-2, croit pour sa part le docteur Pavel Hamet, professeur à l’Université de Montréal et titulaire d’une chaire de recherche en génomique prédictive du diabète et de l’hypertension. Dans les dernières années, plusieurs études ont trouvé des liens entre la régulation de la tension artérielle et l’enzyme ACE-2 exprimée par les cellules. Or c’est cette même enzyme qui sert de porte d’entrée au virus. Dans une étude récente, Pavel Hamet a trouvé que certaines variations génétiques dans le gène qui code pour cette enzyme font en sorte que l’hypertension se manifeste plus tôt chez certaines personnes et qu’elle est plus sévère. Dans les prochains mois, il souhaite vérifier si cette mutation prédestinerait aussi à un risque accru de symptômes sévères de la COVID-19, en utilisant les données collectées par la UK BioBank, qui contient des données génétiques et de santé sur 500 000 Britanniques.

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