Le délai d’accès moyen en urologie, toutes cotes confondues (A, B, C, D et E), est de 155 jours au CHU de Québec.

Huit mois d’attente pour voir un urologue

Clément*, 55 ans, a passé deux tests d’urine en mars 2019 qui ont révélé la présence de sang. Son médecin de famille l’a référé à un urologue, qu’il devait voir dans un délai de trois mois. Il attend depuis maintenant huit mois.

Le quinquagénaire a communiqué avec Le Soleil après avoir pris connaissance de la sortie du maire de Québec, Régis Labeaume, qui a invité la semaine dernière les hommes à «mettre de côté leur orgueil» et à se soumettre à un test de dépistage du cancer de la prostate.

Pour Clément, ce n’est pas l’orgueil le problème, mais l’accès à un urologue. «Imaginer avoir eu du sang dans les urines en mars 2019 et attendre indéfiniment que l’urologue intervienne pour confirmer ou infirmer la présence de sang dans les voies urinaires», nous a-t-il écrit.

Au bout du fil, Clément précise que l’omnipraticien qu’il voit au privé depuis que son médecin de famille a pris sa retraite a soumis son dossier au Centre de répartition des demandes de services spécialisés (CRDS) après que deux tests d’urine eurent révélé la présence de sang. 

«Il m’a fait passer une culture et une échographie, et rien n’a été trouvé», d’où la référence à un urologue, explique le quinquagénaire, précisant que les résultats du test de l’antigène prostatique s’étaient pour leur part révélés «dans les limites de la normalité». «Mais même si ce test était normal, j’ai quand même du sang dans mes urines, et ça, ce n’est pas normal», souligne Clément.

Cotes de priorité

Son médecin lui aurait dit qu’il serait vu par un urologue dans un délai de trois mois (comme c’est le cas pour tous les patients à qui on a attribué la cote de priorité D, A étant la cote la plus prioritaire). «En juin, personne ne m’a appelé», raconte Clément, qui a alors contacté le CRDS, où on lui a confirmé qu’il était toujours sur la liste d’attente. 

«Là, je viens de rappeler [jeudi dernier], et on m’a dit qu’on avait en effet constaté que le délai de trois mois était dépassé, que j’aurais dû être vu en juin, mais qu’on ne pouvait rien faire, qu’il fallait que je retourne chez mon médecin pour qu’il renvoie une demande [au CRDS] en mentionnant qu’elle est urgente», rapporte Clément, découragé.

C’est le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale qui gère le CRDS pour la région de Québec. Selon les données obtenues par Le Soleil, qui datent du 14 septembre, le délai moyen d’attente en urologie pour les patients cotés D, comme Clément, est de 163 jours (plus de cinq mois, soit deux de plus que le délai maximum fixé par le ministère de la Santé). À la mi-septembre, 1571 patients cotés D attendaient en urologie, et près des trois quarts d’entre eux étaient hors délai. 

Pour les patients cotés A, qui doivent être vus par un urologue dans un délai maximum de trois jours, aucun n’était en attente au CRDS. Pour ceux cotés B, qui doivent être vus dans un délai de 10 jours, neuf étaient en attente en date du 14 septembre, et la moitié était hors délai. Enfin, pour les patients cotés C (délai de 28 jours et moins), 583 étaient en attente (près de 80 % hors délai), alors que pour ceux cotés E (délai de 12 mois et mois), 3613 attendaient sur la liste du CRDS (près de 23 % hors délai). 

Toutes cotes confondues, c’est près de la moitié des demandes de consultations en urologie qui sont actuellement hors délai, révèlent les données du CIUSSS.

Le CIUSSS de la Capitale-Nationale a refusé de nous parler du cas de Clément pour des motifs de confidentialité, même si celui-ci était prêt à signer une autorisation de communiquer au Soleil des renseignements contenus dans son dossier. La porte-parole Annie Ouellet nous a simplement indiqué qu’un patient pouvait attendre plus longtemps que prévu en urologie pour plusieurs motifs, notamment la disponibilité des plateaux techniques. «Si un patient a besoin de passer une cystoscopie, par exemple, le délai peut être plus long», a illustré Mme Ouellet. 

«Chaque cas est différent. Le délai est variable selon la cote de priorité du patient, la disponibilité des urologues et la disponibilité des plateaux techniques dans les milieux hospitaliers», a résumé la porte-parole du CIUSSS de la Capitale-Nationale, précisant qu’entre le 1er avril et le 5 novembre, le CRDS a attribué 3095 rendez-vous en urologie. 

Des besoins qui vont avec le vieillissement

Au CHU de Québec, Mélanie Dubé, directrice clientèle en ophtalmologie et services ambulatoires spécialisés, mentionne que «l’urologie couvre des besoins qui vont avec le vieillissement de la population, donc assurément, les besoins vont en augmentant». «C’est pourquoi on est constamment en train de rechercher comment on peut mieux faire les choses pour s’assurer que nos médecins spécialistes traitent les bons patients. On a aussi ce défi-là de la pertinence des consultations dans nos milieux», souligne Mme Dubé.

Le délai d’accès moyen en urologie, toutes cotes confondues (A, B, C, D et E), est de 155 jours au CHU de Québec. «On va toujours octroyer les rendez-vous en fonction des besoins cliniques des patients. On va donc s’assurer que les patients ayant une condition clinique qui nécessite qu’ils soient vus dans un délai plus rapproché le soient avant une personne» dont la condition est moins urgente, explique Mélanie Dubé. 

Mme Dubé assure que les délais en urologie, qui sont «multifactoriels», sont «une préoccupation constante dans notre organisation». «Quand on a une inadéquation entre l’ensemble de la demande et l’offre qu’on fait, et que ça crée une attente pour la clientèle, on se requestionne à savoir si on utilise bien les plages de consultation, si on a mis en place les ressources nécessaires pour rendre notre accès encore plus fonctionnel, si on assure un bon soutien à nos équipes médicales… Ce sont toutes des questions qu’on se pose», dit-elle.

*Prénom fictif