Pour l’Université Laval , tout professeur de clinique doit «répondre à des exigences propres au milieu universitaire, notamment le devoir de soumettre ses propos à la validation par les pairs».
Pour l’Université Laval , tout professeur de clinique doit «répondre à des exigences propres au milieu universitaire, notamment le devoir de soumettre ses propos à la validation par les pairs».

Homéopathie: le Syndicat des profs de l’UL à la défense du Dr Jean Drouin

Élisabeth Fleury
Élisabeth Fleury
Le Soleil
Le Syndicat des professeurs et professeures de l’Université Laval (SPUL) dénonce les «remontrances» qu’a faites l’Université Laval au professeur Jean Drouin, qui a participé le 19 novembre à une table ronde sur l’homéopathie organisée par l’entreprise de produits homéopathiques Boiron.

Selon un reportage du quotidien La Presse publié à la fin du mois dernier, le Dr Jean Drouin, professeur de clinique à la faculté de médecine de l’Université Laval, aurait affirmé lors de cette table ronde tenue à Montréal qu’il conseillait l’homéopathie depuis 1974, comme clinicien. «C’est clair qu’il y a plus que l’effet placebo», aurait-il dit.

Questionné par La Presse après la table ronde, le Dr Drouin aurait dit toujours privilégier le diagnostic et le traitement médical en premier lieu avec ses patients, et ne jamais remplacer un traitement médical par de l’homéopathie. «Par contre, [pour] les troubles de sommeil légers, les gens qui ont mal à la gorge, les rhumes… un peu tout ça, ça [l’homéopathie] fonctionne très bien», aurait-il affirmé.

Le Dr Jean Drouin aurait aussi dit tester l’efficacité du produit avec ses étudiants en médecine. «Je mets des oignons sur la table de mes 50 étudiants en médecine. Je dis : “Coupez des oignons. Notez vos symptômes […].” Un sur deux, je mets un placebo, l’autre, je mets le vrai. Ben ça marche tout le temps», a rapporté le quotidien montréalais, citant le médecin. 

Le Dr Drouin aurait plus tard précisé à la journaliste avoir mené ces expériences auprès des étudiants avec des oignons dans les années 80 et ne plus le faire aujourd’hui.

Questionnée par La Presse, l’Université Laval a déclaré que de telles expériences «ne font pas partie des pratiques d’enseignement» de l’établissement. Selon la porte-parole, Andrée-Anne Stewart, si le Dr Drouin a droit à la liberté de l’enseignement et à la liberté d’expression, il doit, comme tout professeur de clinique, «répondre à des exigences propres au milieu universitaire, notamment le devoir de soumettre ses propos à la validation par les pairs». 

Étonnement du SPUL

Dans un communiqué diffusé jeudi après-midi, le SPUL dit avoir appris «avec étonnement» que l’administration de l’Université Laval avait «fait des remontrances à l’un de ses professeurs de clinique en raison de ses prises de position lors de sa participation à une table ronde et de ses propos tenus face à la presse». 

«Le professeur Jean Drouin, comme tous les professeurs d’université, a le droit d’enseigner, d’effectuer des recherches ou de créer sans aucune contrainte, qu’elle soit institutionnelle ou externe. Ce droit, nommé “liberté universitaire”, s’exerce évidemment dans le respect de la liberté d’opinion d’autrui et des lois régissant la liberté d’expression», souligne le SPUL.

Selon le syndicat, «en rabrouant de la sorte ce professeur de clinique, qui exerce sa science en participant au débat critique sur des pratiques contemporaines, l’administration de l’Université Laval a raté une fois de plus l’occasion de soutenir le travail d’un de ses professeurs». 

«Elle a également démontré sa préférence pour la protection des intérêts externes plutôt que ceux de ses propres professeurs qui, par leurs diversités de postures, font avancer tous les domaines scientifiques», conclut le SPUL.