Les pêcheurs du secteur compris entre Gascons et Percé devront retirer leurs casiers de l’eau et cesser leurs débarquements vendredi, pendant deux semaines.

Homard gaspésien et protection de la baleine noire: les pêcheurs jugent les mesures exagérées

CARLETON — Le Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie trouve inadmissible la suggestion du ministre fédéral des Pêches et des Océans Dominic LeBlanc visant à reporter à l’automne la pêche du homard, présentement suspendue sur une partie de la Gaspésie à cause des mesures de protection de la baleine noire.

La suspension touche environ 50 % des 163 détenteurs de permis de capture de homard en Gaspésie, dans le secteur entre Gascons et Percé. Leurs casiers devront être retirés de l’eau vendredi pendant deux semaines, mais il ne restera alors que cinq jours de captures avant la fin de saison dans ce secteur.

«On considère pour l’instant que l’idée du ministre est inadmissible parce qu’une pêche d’automne contrevient à notre plan de gestion intégré des pêcheries. Si nous pêchons l’automne, c’est notre certification du Marine Stewardship Council qui sera menacée. Ça pourrait nous faire perdre des marchés. Le ministre justifie les mesures extrêmes de protection par la nécessité de protéger les marchés, mais ce qu’il propose aurait le même effet», assure O’Neil Cloutier, du Regroupement des pêcheurs professionnels du sud de la Gaspésie.

«En 1976 ou 1977, les homardiers gaspésiens ont pêché l’automne et l’année suivante, ils ont mangé leurs bas. L’automne, les homards sont fragiles; ils sont en prémue de carapace, ou en post-mue», ajoute-t-il.

Les homardiers trouvent démesurées les mesures de protection de baleines noires annoncées lundi parce qu’elles restent loin des côtes où ils évoluent.

La tentative des pêcheurs de limiter leurs activités à une faible profondeur de 10 brasses, ou 60 pieds, a été rejetée par le ministre LeBlanc, tout comme une surveillance jour et nuit d’ici la fin de la saison.

O’Neil Cloutier croit que les homardiers qui retireront leurs casiers ne reviendront pas pour les cinq derniers jours de la saison, considérant la possibilité de se faire de nouveau fermer leur secteur si les baleines restent au large, mais à l’intérieur des paramètres définis par le ministre.

«Ce qui est urgent présentement, c’est de garantir dès lundi matin que les aides-pêcheurs et les employés d’usines pourront travailler ou recevoir une formation. Il faut aussi trouver une solution pour l’an prochain. La stratégie doit aussi assurer que nous aurons un contact avec les scientifiques. Nous voulons savoir en quoi des baleines que les homardiers n’ont jamais vues peuvent être en danger proches des côtes», affirme O’Neil Cloutier.

Impact économique

Les homardiers et les crabiers touchés par des mesures assez similaires sont appuyés par des élus, dont la préfète de Rocher-Percé, Nadia Minassian, puis par les députés à l’Assemblée nationale Gaétan Lelièvre et Sylvain Roy.

L’impact économique pour les homardiers s’élèvera à «plusieurs millions de dollars», selon O’Neil Cloutier, mais il ne devrait pas affecter trop le prix au consommateur parce que le homard est abondant ailleurs.