Il a peu ou pas de construction de nouvelles habitations à loyer modique et les personnes inscrites sur les listes doivent  attendre des années pour obtenir une place.

HLM: les millions allongés n'ont pas raccourci les listes d'attente

Les millions de dollars dépensés pour faire fondre la liste d'attente pour un logement en HLM n'ont pas porté fruit. Les Québécois les moins nantis sont toujours plus nombreux à cogner à la porte des offices d'habitation. Si bien qu'au dernier décompte, ils étaient plus de 44 000 en file.
Selon les données transmises au Soleil par la Société d'habitation du Québec (SHQ), les 17 régions administratives ont des listes d'attente : quelque 1825 personnes espèrent un logis à loyer modique dans la Capitale-Nationale; 709 dans le Bas-Saint-Laurent; 607 en Chaudière-Appalaches; 454 en Gaspésie... 25 351 dans la métropole.
Des listes d'attente qui se maintiennent depuis nombre d'années malgré les investissements répétitifs. «Effectivement, ça stagne partout, ça ne bouge pas», déplore la porte-parole du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), Véronique Laflamme. «Il y a des personnes qui sont sur la liste et qui attendent des années.» Parfois plus de cinq ans.
Il a peu ou pas de construction de nouvelles habitations à loyer modique, fait-elle valoir. Mais la demande croît. 
«La seule alternative au marché privé, c'est le logement social», rappelle-t-elle. «C'est long d'avoir accès. Les personnes qui figurent sur la liste, leur seul espoir d'avoir un logement c'est que quelqu'un meurt ou déménage», enchaîne-t-elle. «Les personnes qui sont les plus mal prises, on n'est pas capable de les aider.»
Ça fait des lunes que la liste d'attente est au même niveau, convient l'Office municipal d'habitation de Québec (OMHQ). Marc Laberge est, depuis peu, directeur des communications et des affaires juridiques. Mais durant la décennie précédente, il était à la division de «l'attribution de logement». Et pendant toutes ces années, la liste d'attente qu'il gérait était similaire.
La SHQ fait cependant valoir que le gouvernement dépense chaque année pour accroître le nombre de places disponibles. Le conseiller en communication et relations avec les médias, Sylvain Fournier, cite en exemple les plus récentes annonces : depuis 2015 l'État octroie des fonds pour développer annuellement un peu plus de 1000 «suppléments au loyer». En gros, ce sont des logements à loyer modique, mais dans un immeuble privé. Comme dans un HLM, le locataire paye 25 %, le gouvernement subventionne la balance. Sur cinq ans, ce programme coûtera 123 millions $ de plus.
Au cours du présent exercice financier, Québec permettra également la construction de 3000 portes dans différents types d'habitations à loyer réduit. Une facture qui tourne autour de 255 millions $.
Dans la capitale, la part reçue a permis l'ajout de 209 appartements subventionnés au cours des deux dernières années. On espère en ajouter 150 au cours de la prochaine année.
Pourtant, la liste d'attente demeure. Le FRAPRU attribue notamment la hausse constante de la demande à la flambée du prix des baux de location. «Le revenu ne suit pas la même courbe que celle des loyers, ce qui fait que les gens s'appauvrissent», analyse Véronique Laflamme.
Vulnérables
Les milliers de personnes qui poireautent sur les listes ont toutes été «préqualifiées»; toutes ont des ressources limitées. Pour être admissibles à un HLM ou à un logement subventionné, une personne seule et un couple sans enfant ne peuvent gagner plus de 28 000 $ par année. Et il est interdit d'avoir des possessions de valeur.
«Ce sont des gens qui ont des besoins», certifie Marc Laberge, de l'OMHQ. «Quand ces gens obtiennent un logement chez nous, ça leur donne une marge de manoeuvre pour mieux manger, pour mieux vivre.»
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En chiffres
74 000
Nombre de logis à loyer modique que compte le Québec. L'État subventionne environ 29 000 logements de plus dans le cadre du programme de «supplément au loyer».
Nombre de personnes en attente d'un HLM au Québec
2014 : 44 276
2015 : 45 147
2016 : 44 128
Délai d'attente moyen 
2014 : 40,4 mois
2015 : 42,2 mois
2016 : 42,7 mois
Source : Société d'habitation du Québec