Carte du fort Saint-Louis par Franquelin
Carte du fort Saint-Louis par Franquelin

Il y a 400 ans: après des mois d’épreuves, Champlain prépare l’avenir de Québec

Le 11 juillet 1620, Champlain est de retour à Québec après une absence de presque deux ans. Le lendemain, à l’issue d’une messe, il fait lire les commissions que Louis XIII et le vice-roi Montmorency viennent de lui accorder pour commander la colonie. La population présente crie « Vive le roi ! » et le canon tire en signe d’allégresse. Champlain croit que le conflit qui l’a opposé, durant de longs mois, aux marchands de la Compagnie du Canada est enfin terminé. Il pense qu’il peut désormais « porter sa considération plus avant », c’est-à-dire préparer l’avenir de Québec.

Depuis 1613, la colonie est financée grâce à un monopole de la traite des fourrures qu’exploite la Compagnie du Canada. Les marchands qui la composent rechignent à recruter des colons car ils craignent que ceux-ci ne détournent les précieuses pelleteries pour leur propre profit. Aussi n’y a-t-il, à Québec en juillet 1620, qu’une soixantaine d’habitants permanents, dont seulement trois familles, celles des Hébert, des Desportes et des Martin. Champlain a eu beau exiger des marchands le respect de leurs obligations, rien n’y a fait. En mars 1619, ils n’ont même pas hésité à le retenir en France afin de l’évincer de Québec et d’avoir les coudées franches dans la vallée du Saint-Laurent. Finalement, le roi Louis XIII a dû intervenir. Le 25 février 1620, convaincu par les arguments de Champlain, il a nommé un vice-roi prestigieux et énergique, le duc Henri de Montmorency, et l’a chargé de mettre au pas les marchands.

Peu de temps après son retour à Québec, Champlain fait commencer la construction du fort Saint-Louis, dont des vestiges sont encore visibles aujourd’hui sous la terrasse Dufferin. Ses canons doivent permettre de protéger la colonie, mais aussi de veiller à la loyauté des agents de la Compagnie du Canada qui entrepose ses fourrures dans le magasin de l’habitation située en contrebas depuis la fondation de Québec en 1608.

Vestige du fort Saint-Louis Terrasse Dufferin en 2008

Champlain soutient aussi les missionnaires récollets qu’il a lui-même fait venir dès 1615. Depuis juin 1620, ceux-ci construisent leur couvent au bord de la rivière Saint-Charles, à l’emplacement de l’actuel Hôpital général, sur un terrain qui a été défriché par Louis Hébert. Fait d’un assemblage de poutres dont les vides sont remplis de pierres, un pan de mur du corps de logis s’y dresse encore aujourd’hui.

L'hôpital général u bord de la rivière Saint-Charles, vers 1940

En 1620, Champlain s’installe durablement à Québec. Pour la première fois, il vient en famille, c’est-à-dire avec sa jeune épouse, Hélène Boullé, et leurs domestiques, probablement la servante Isabelle Terrier et le valet Guillaume Chaudron. Madame de Champlain fait sensation dès son arrivée. Les Chroniques de l’ordre des ursulines rédigées après sa mort, probablement d’après les souvenirs d’Isabelle Terrier, nous apprennent que les Innus vivant à Québec auprès des Français « la voulaient adorer comme une divinité, n’ayant jamais rien vu de si beau », qu’ « ils admiraient son visage et ses habits, mais par-dessus tout un miroir qu’elle portait à son côté, ne pouvant comprendre comment toutes choses étaient, ce leur semblait, renfermées dans cette glace », et que « sa grande bonté et sa charité à leur égard gagnèrent dès l’abord leurs affections, de sorte qu’ils n’eussent voulu bouger d’auprès d’elle ».


« Champlain ne voit d’avenir durable pour Québec que grâce à une cohabitation harmonieuse avec les autochtones »
Éric Thierry, historien

Champlain ne voit d’avenir durable pour Québec que grâce à une cohabitation harmonieuse avec les autochtones. Il est réaliste et sait que des crises peuvent survenir : en 1617, deux Français ont été assassinés par des Innus, à cause d’une querelle futile, et une guerre a failli éclater l’année suivante, mais Champlain a tout fait pour préserver la paix, préférant ne pas punir les coupables. Dans ses Voyages qui sont parus au printemps 1619, il a raconté son séjour chez les Hurons durant l’hiver 1615-1616 et a précisé sa vision des relations franco-amérindiennes. Humaniste chrétien, il croit que les autochtones sont naturellement enclins à aimer Dieu. Il loue leur « bon sens naturel qui montre le désir qu’ils ont de connaître Dieu » et note qu’il suffirait que des familles françaises vivent à leurs côtés pour, « avec douceur, les contraindre à faire mieux, et par de bons exemples, les inciter à corriger leur vie ». Lorsqu’il revient à Québec durant l’été 1620, Champlain est persuadé que les rives du Saint-Laurent sont en mesure de devenir le pays de la communion des hommes.