Hausse marquée des signalements à la DPJ de Chaudière-Appalaches

Le nombre de signalements à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) continue d’augmenter dans les régions de la Capitale-Nationale et de Chaudière-Appalaches. Surtout dans Chaudière-Appalaches, où 2128 ont été retenus en 2017-2018, une hausse de… 14,5% par rapport à l’année précédente.

La situation est à ce point préoccupante que la DPJ de Chaudière-Appalaches participera, avec d’autres DPJ de la province, à une étude visant à comprendre pourquoi le nombre de signalements augmente depuis quelques années, particulièrement depuis trois ans.

«C’est une hausse assez importante comparativement à l’année dernière et comparativement à l’ensemble de la province. C’est toujours à la fois inquiétant et rassurant […]. On a fait énormément de sensibilisation […], donc je pense que les gens tolèrent de moins en moins la maltraitance faite aux enfants», a commenté mercredi la Directrice de la protection de la jeunesse (DPJ) de Chaudière-Appalaches, Caroline Brown, en marge d’une conférence de presse au cours de laquelle la DPJ de la Capitale-Nationale, Dominique Jobin, et elle présentaient leur bilan annuel. 

«Depuis les trois dernières années, on connaît une hausse assez importante [du nombre de signalements]. […] Il n’y a pas de situation socio-démographique ou économique qui pourrait expliquer ça. Des fermetures d’usines, par exemple, on n’a pas ça. Et les études sur nos tout-petits montrent que les conditions de vie de nos enfants sont quand même supérieures à celles de l’ensemble de la province», expose Caroline Brown, selon qui «c’est beaucoup plus la confiance des gens en la DPJ et le fait qu’on en parle beaucoup» qui expliquent la hausse des signalements. 

Il n’empêche, «c’est quand même préoccupant de voir que la situation de nos enfants se détériore ou, si elle ne se détériore pas, qu’ils ont besoin de services», convient Mme Brown. 

Les deux principaux motifs d’intervention en 2017-2018 ont été la négligence ou le risque sérieux de négligence (36,5% des interventions) et le risque sérieux d’abus physique (31,4%). Une hausse des troubles de comportements chez les adolescents a également été notée (11,9% des interventions l’an dernier), ce qui est contraire à la tendance observée dans l’ensemble de la province, note Mme Brown, sans pouvoir expliquer clairement le phénomène. 

La DPJ de Chaudière-Appalaches souligne que son service couvre un territoire où la moitié des enfants grandissent dans un milieu urbain, et l’autre, dans un milieu rural, «où les services autour sont parfois moins bien organisés». 

«Les gens sont fiers aussi, ils n’osent pas toujours aller chercher de l’aide. Il y a peut-être une méconnaissance des services sociaux qui sont disponibles dans leur milieu, dans les CLSC par exemple. La protection de la jeunesse, je pense que c’est la porte qu’on ouvre pour aller chercher des services pour la jeunesse, mais ce n’est pas la seule qui existe», rappelle Mme Brown. 

Pour faire face à la hausse du nombre de signalements, la DPJ de Chaudière-Appalaches a embauché près de 40 personnes cette année. «Heureusement, on est encore capable de recruter du personnel pour faire face à nos hausses», dit Caroline Brown, en référence à la pénurie de main-d’oeuvre qui frappe tout le réseau de la santé et des services sociaux. 

Hausse moins marquée dans la Capitale-Nationale

À la DPJ de la Capitale-Nationale, ce sont 4001 signalements qui ont été retenus en 2017-2018, une hausse de 4,2% par rapport à l’année précédente. La DPJ est intervenue principalement pour des cas et des risques sérieux d’abus physiques (36%) et de négligence (30%). 

Dominique Jobin croit elle aussi que la hausse du nombre de signalements s’explique par la plus grande sensibilité des gens à la maltraitance des enfants. Et à l’instar de Mme Brown, la DPJ de la Capitale-Nationale estime ne pas manquer d’effectifs pour faire face à cette hausse. 

«C’est sûr que le travail à la DPJ est un travail exigeant parce qu’on travaille avec des gens qui ont énormément de difficultés», souligne Mme Jobin, tout en assurant offrir «beaucoup de support, d’écoute et d’accompagnement» aux intervenants. «On va leur permettre de travailler à deux sur certains dossiers ou arrêter de leur attribuer des dossiers quand ils travaillent sur des cas plus lourds», illustre-t-elle.

Au sujet de la volonté du gouvernement caquiste de s’attaquer à ce qu’il qualifie de «sur-bureaucratisation» de la DPJ, Dominique Jobin assure qu’elle est inexistante en protection de la jeunesse. «S’il y a une place où les effectifs sont mis à contribution pour travailler, je vous dirais que c’est dans notre secteur.»

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«LA CAUSE DES ENFANTS TATOUÉE SUR LE COEUR»

Les DPJ du Québec ont profité mercredi du dévoilement de leur 15e bilan annuel pour rendre hommage à leurs intervenants, qui ont «la cause des enfants tatouée sur le coeur».

Une vidéo touchante dans laquelle des intervenantes de différentes DPJ de la province racontent leur quotidien a été présentée à la presse. Elle peut être consultée notamment sur la page Facebook du CIUSSS de la Capitale-Nationale.

Valérie Plante, réviseure à la DPJ du Saguenay-Lac-Saint-Jean, relate qu’il n’y a «pas une semaine» où elle arrive dans son milieu de travail sans qu’elle apprenne que telle personne a pleuré, qu’une autre se sent impuissante ou qu’une autre encore vit de la détresse par rapport à la violence qu’elle a vécue lors d’une intervention. 

Sandra Rousseau, qui travaille en adoption à la DPJ de la Montérégie-Est, raconte que ce qu’elle trouve le plus difficile, «c’est de prendre une distance par rapport à certaines situations, de ne pas en prendre trop sur mes épaules par rapport à la souffrance des enfants ou des familles d’accueil». 

Éducatrice spécialisée en centre jeunesse, à Québec, Véronique Normand confie que «même quand c’est très difficile», elle trouve toujours l’énergie pour «être là pour eux», ces jeunes qui, «bien souvent, n’ont pas choisi la vie qu’ils ont».

Travailleuse sociale à la DPJ du CIUSSS de la Capitale-nationale, Stéphanie Couture est affectée à l’évaluation des signalements. «C’est certain que quand on arrive dans la vie d’une famille, ça génère parfois des émotions négatives, et c’est normal. Le défi, c’est d’amener les gens à collaborer. Ce qu’il faut se rappeler, c’est qu’on est souvent devant des gens qui vivent des difficultés, qui sont en détresse», souligne-t-elle en entrevue au Soleil

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BILAN ANNUEL DES DPJ, EN CHIFFRES

Capitale-Nationale

— Près de 850 intervenants

— 9434 signalements reçus, 4001 retenus

— 36% des interventions concernent des cas ou des risques sérieux d’abus physique et 30%, des cas ou des risques sérieux de négligence

— Près de 70% des interventions ont eu lieu dans le milieu familial ou chez un tiers significatif où habite l’enfant

Chaudière-Appalaches

— 550 intervenants

— 4962 signalements reçus, 2128 retenus

— 36,5% des interventions concernent la négligence et 31,4%, des cas ou des risques sérieux d’abus physique

— 61,6% des interventions ont eu lieu dans le milieu familial ou chez un tiers significatif

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LÉGÈRE HAUSSE DES SIGNALEMENTS À LA DPJ DU BAS-SAINT-LAURENT

RIMOUSKI – Le nombre de signalements portés à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) a augmenté de 3 % au Bas-Saint-Laurent. Une hausse «dans la continuité des années passées», assure la directrice de la protection de la jeunesse par intérim, Anne Duret.

La DPJ du Bas-Saint-Laurent a traité 2353 signalements en 2017-2018. «C'est 75 de plus que l'an dernier, précise Mme Duret. Au Bas-Saint-Laurent, c'est environ six enfants par jour qui sont signalés à la DPJ.» Du nombre total de signalements reçus, c'est 37 % d'entre eux qui ont été retenus, pour un total de 870.

Selon l'organisme, le premier motif demeure la négligence ou le risque sérieux de négligence qui représente un total de 37 % des signalements retenus. Le deuxième motif repose sur les mauvais traitements psychologiques avec 21 %. Puis, le troisième motif réfère à des troubles de comportement sérieux, qui est de l'ordre de 11,5 %.

La DPJ du Bas-Saint-Laurent a pris en charge 938 enfants en 2017-2018. De ce nombre, 54 % ont été pris en charge parce qu'ils étaient victimes de négligence ou risquaient sérieusement de l'être. «Au niveau de la négligence, le Bas-Saint-Laurent se situait à 49 % l'an dernier, fait remarquer la directrice de la protection de la jeunesse régionale par intérim. Cette année, la situation a augmenté à 54 %.» Par conséquent, le Bas-Saint-Laurent enregistre davantage de cas de négligence que le Québec, qui est de 48 %.»

Cette année, 66 % des enfants pris en charge par la DPJ régionale sont demeurés dans leur milieu familial (59 %) ou chez des tiers significatifs (7 %). «On est plus hauts que la moyenne du Québec en termes de maintien en milieu familial qui est de 60 %», souligne Anne Duret.  Johanne Fournier (collaboration spéciale)