Hausse du nombre de crises cardiaques causées par la chaleur

MONTRÉAL - Le nombre de crises cardiaques causées par la chaleur est en hausse depuis quelques années, préviennent des chercheurs allemands dans une édition récente du European Heart Journal.

Les scientifiques de l’Université Ludwig Maximilian, de l’hôpital universitaire d’Augsbourg et de l’hôpital de Nördlingen ont comparé des données compilées entre 1987 et 2000 à des données colligées entre 2001 et 2014. Ils ont constaté que la hausse de la température quotidienne moyenne a été accompagnée d’une hausse du risque de crise cardiaque causée par la chaleur; les gens souffrant de diabète ou d’hypercholestérolémie étaient particulièrement menacés.

Ils y voient une conséquence du réchauffement climatique, mais également de la prolifération de facteurs de risque qui rendent la population plus vulnérable à la chaleur.

«Je trouve que l’étude est très intéressante, mais très inquiétante aussi parce que ça suggère que des éléments climatiques changent et qui feront qu’on aura plus d’événements ou plus de températures extrêmes qui vont mener à plus d’événements cardiaques, a réagi le cardiologue Peter Guerra, de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal. La tendance est clairement là et elle est clairement inquiétante.»

Plusieurs études précédentes avaient témoigné d’un lien clair entre les événements climatiques extrêmes, dont les périodes de chaleur extrêmes, et l’incidence de mortalité et d’hospitalisation due à des causes cardiovasculaires en général.

Cela ne veut pas pour autant dire que les médecins comprennent exactement ce qui se passe. L’exposition à la chaleur est un stress pour le coeur et «peut-être que le simple fait de répondre (à la chaleur) pourrait être la goutte qui fait déborder le vase» chez certains patients, a dit le professeur Daniel Gagnon, du département de pharmacologie et physiologie de l’Université de Montréal.

«C’est LA question qui est non résolue actuellement, a-t-il admis. On ne connaît pas très bien le mécanisme derrière ça. Quand nous sommes exposés à la chaleur, une des premières réponses du corps pour dissiper la chaleur est une relaxation des vaisseaux sanguins au niveau de la peau (...) Mais ça cause un certain stress au coeur parce qu’il y a beaucoup de sang qui est envoyé (...) loin des organes internes, donc le coeur doit travailler plus fort pour maintenir une certaine pression artérielle.»

Le docteur Guerra souligne que les chercheurs allemands écrivent dans leur étude que l’accès à la climatisation était rare dans la ville où ils ont mené leur enquête.

«Alors je pense notamment à nos centres pour personnes âgées, certains de nos hôpitaux qui n’ont pas l’air climatisé, c’est une chose à laquelle on devra réfléchir comme société, parce qu’on sait que des patients pourront être plus à risque dans ces endroits-là», a-t-il dit.

Daniel Gagnon voit dans leurs conclusions le reflet d’une nouvelle réalité.

«Les périodes de chaleur deviennent de plus en plus extrêmes, la population est vieillissante et de moins en moins en santé. Il faudrait peut-être particulièrement y porter attention avec les changements démographiques et environnementaux qui se produisent», a-t-il indiqué.