Le nouveau taux de remise aux joueurs des montants misés est désormais établi à 83 % pour les jeux de Loto-Québec comme le poker en ligne.

Hausse des remises de Loto-Québec: plus d'accros en ligne?

En s'engageant à remettre aux joueurs une plus grande part de leurs mises lorsqu'ils pourront parier en ligne cet automne, Loto-Québec pourrait engendrer plus de joueurs pathologiques qu'avant, avance Jean Leblond, un docteur en psychologie spécialisé dans la dépendance au jeu.
Jusqu'ici, en matière de jeux télématiques, comme le poker en ligne, Loto-Québec devait retourner aux joueurs au moins 35 % des montants misés, mais jamais plus de 75 %.
Désormais établi à 83 %, le nouveau taux de remise atteint même en réalité 92 % pour le Texas Hold'em Poker, le jeu vedette dans le domaine. Cette récente modification au règlement, adoptée le 7 juillet par le Conseil des ministres, inquiète beaucoup M. Leblond.
«L'augmentation du taux de remise est certainement le plus grand danger auquel est exposée la population pour les jeux en ligne», met en garde cet ancien professionnel de recherche du Centre québécois d'excellence pour la prévention et le traitement du jeu (CQEPTJ) à l'Université Laval.
Selon lui, plus le taux de remise aux joueurs en ligne est élevé, plus on a de chances de voir apparaître des joueurs pathologiques. «Quand les gens commencent à jouer, l'important, c'est de les garder à jouer. Quand on leur retourne plus d'argent, on a plus de chances de créer des événements qui vont les accrocher. On les amène à croire à un défaut de la machine que le hasard ne peut plus expliquer. Tandis que si le taux de remise est bas, ils perdent leur intérêt envers la machine. C'est un principe simple de renforcement», explique l'expert.
Aucune étude
Toutefois, aucune étude qualitative ou quantitative ne vient appuyer ses dires. Les hypothèses de M. Leblond relèvent de ses observations d'expert, ce que n'a pas hésité à soulever  Louise Nadeau. Professeure titulaire au département de psychologie de l'Université de Montréal, Mme Nadeau préside le Comité de suivi sur le jeu en ligne mis sur pied le 9 juillet dernier par le ministre des Finances Raymond Bachand afin de faire de la lutte contre la dépendance au jeu une priorité.
«Je ne me suis jamais penchée sur la question. Mais à vue de nez, cet élément de profit, ce n'est pas ce qui émerge des articles que j'ai lus. Si c'était un trait dominant chez les joueurs pathologiques, ça ressortirait et ce n'est pas le cas», souligne-t-elle.
«Au niveau scientifique, ce n'est pas parce qu'on observe quelque chose de cliniquement vrai qu'on peut généraliser à tous, soulève Mme Nadeau. Ça se peut fort bien qu'il ait raison, mais ça n'a pas été mesuré, alors je ne le sais pas», ajoute-t-elle.
Le manque d'études sur la question constitue d'ailleurs une autre des lacunes gouvernementales que critique cet expert. «Il y a tellement peu de données. Il faut faire des études pour préciser le taux sécuritaire. De 54 % à 78 %, c'est peu dangereux. Mais à 92 %, on parle de crise sociale. Alors il faut que ce soit quelque part entre les deux», précise le docteur.
Pas d'accord
Chez Loto-Québec, on semblait accorder peu de crédit aux propos de M. Leblond. «Nous ne sommes pas d'accord avec les affirmations de M. Leblond», a commenté Marie-Claude Rivet, porte-parole de la société d'État. «Ce n'est pas la première fois que cet homme tient des propos à l'encontre de Loto-Québec. Alors ce n'est qu'une fois de plus», a-t-elle ajouté laconiquement.
En effet, le docteur Jean Leblond a agi comme témoin expert lors du recours collectif intenté par des victimes des appareils de loterie vidéo contre Loto-Québec. Malgré ses arguments en faveur des joueurs, la preuve au procès avait établi que les appareils de loterie vidéo ne sont pas la cause du jeu pathologique, ce que la porte-parole n'a pas manqué de souligner.
Technologie décriée
Pour l'instant, Loto-Québec refuse de dévoiler quels jeux exactement seront mis en ligne cet automne et quelle technologie sera utilisée. M. Leblond craint toutefois que la plate-forme qui sera choisie serve des intérêts privés. «Le site de Loto-Québec va servir à repérer des nouveaux clients qui se dirigeront à long terme vers l'un des 2000 sites internationaux décriés», croit-il depuis qu'il a pris connaissance d'une étude suédoise sur la question.
«On va leur donner plus d'avantages, comme leur retourner une partie des pertes, ce que la réglementation ne permettrait pas, à mon avis. Il y aurait trop d'opposition au niveau moral. Et comme les gens vont déjà être familiarisés au logiciel, ils vont s'autoexclure pour aller vers ces sites parce qu'ils vont faire des gains plus importants», prédit l'expert.