Harcèlement psychologique, non-respect du code d’éthique, insubordination et manque de loyauté, non-respect du règlement en matière d’acquisition d’équipements et implication dans la rédaction de faux rapports sont les gestes reprochés aux deux officiers.

Harcèlement psychologique: c'est la crise chez les pompiers de Shannon

Faisant l’objet de plaintes de harcèlement psychologique, le capitaine Éric Arsenault et le lieutenant Marc Gagnon du service de protection contre les incendies de Shannon ont été suspendus avec solde par le conseil municipal avant de pouvoir se faire entendre au sujet des allégations auxquelles ils font face.

Le conseil municipal de Shannon, dont les membres font tous partie de l’équipe du maire Mike-James Noonan, a entériné jeudi soir en assemblée extraordinaire les deux suspensions et donné à la firme Services conseil Marie-France Chabot Inc. le mandat de réaliser une enquête au sujet des plaintes.

Les conseillères Sarah Perreault, ex-députée libérale de Chauveau, et Sophie Perreault se sont cependant prononcées contre les résolutions. 

«Je suis contre le harcèlement psychologique, je n’en minimise pas l’importance et je sais que c’est une situation très sérieuse. Cependant, je ne peux pas en mon âme et conscience suspendre une personne qui n’a pas pu se faire entendre. Je considère que le droit d’un individu de se faire entendre existe toujours», a déclaré Sarah Perreault pour justifier sa position. Sa collègue a invoqué les mêmes raisons pour s’opposer.

Neutralité

Le maire Noonan a répondu à un citoyen que c’était par souci de neutralité qu’il n’avait pas entendu les deux officiers, dont l’un est le président du nouveau syndicat des pompiers de Shannon, avant de les suspendre.

«Ils auront la chance de se faire entendre lors de l’enquête. L’enquêteur prendra le temps d’écouter chaque partie», a expliqué le maire. «Je pense qu’on a sauté une étape...», a laissé tomber sèchement le citoyen.

Deux ex-conseillers municipaux, Stéphane Hamel et Bernard Gagné, ont également critiqué la décision du conseil. «Le soir du dépouillement du vote en novembre, je sais qu’un conseiller a dit à un pompier “d’attacher sa tuque”... J’ai trouvé ça très cavalier. Et la suite, on l’a maintenant», a déclaré M. Hamel en faisant référence au climat qui s’est détérioré et a mené à la démission de l’ex-chef des pompiers Claude Langlois et de deux autres officiers avant les suspensions du capitaine Arsenault et du lieutenant Gagnon.

Plusieurs allégations

Le maire Noonan en a également dévoilé un peu plus sur les raisons des suspensions. «Un peu moins de 10 plaignants», des employés présents et passés des pompiers de Shannon, auraient fait plusieurs dénonciations.

Harcèlement psychologique, non-respect du code d’éthique, insubordination et manque de loyauté, non-respect du règlement en matière d’acquisition d’équipements et implication dans la rédaction de faux rapports sont les gestes reprochés aux deux officiers.

Le maire a déclaré au Soleil qu’il était possible que la Ville ait perdu de l’argent en raison de certains gestes, ajoutant que l’enquête pourrait aussi révéler s’il y avait eu fraude.

Il n’a pas voulu élaborer sur la nature des faux rapports qui auraient été rédigés ou sur les équipements qui auraient été acquis sans respecter la réglementation en vigueur. Cependant, selon plusieurs observateurs, l’achat récent d’un camion de pompiers neuf pour la somme de 400 000 $ pourrait être en cause.

Tensions

«Nous espérons, pour les accusés et pour les victimes et vu les tensions qui existent chez les pompiers, que l’enquête se fera le plus rapidement possible», a déclaré le maire, ajoutant qu’il respectait la décision de ses deux conseillères de ne pas voter en faveur des résolutions.

Le maire a aussi assuré que la sécurité des résidents de Shannon ne serait pas mise en danger malgré le déficit au niveau du nombre de pompiers. «Dès vendredi, des ententes avec la base de Valcartier et les municipalités voisines garantissent qu’il y aura au moins deux officiers et huit pompiers lors de l’attaque initiale de chaque incendie», a expliqué le conseiller municipal Alain Michaud.

Quant aux tensions au sein du service de protection contre les incendies, elles seraient loin de se résorber puisqu’un préventionniste aurait à son tour déposé une plainte de harcèlement psychologique jeudi, cette fois contre le nouveau chef des pompiers Émile McCarthy.