La vidéo Journée relax dans la vie d’un privilégié masculin de Kévin Marquis est rapidement devenue virale. Elle a été vue plus d’un million de fois sur YouTube et Facebook depuis sa mise en ligne le 19 octobre.

Harcèlement: l’humour pour sensibiliser les hommes [VIDÉO]

À l’ère du #moiaussi, les efforts pour sensibiliser les hommes à certains comportements se sont multipliés. Le youtubeur Kévin Marquis a décidé d’utiliser l’humour pour expliquer les actions irrespectueuses que les femmes peuvent vivre au quotidien. Une approche originale qui a attiré l’attention.

Dans sa vidéo, Kévin Marquis, que l’on a connu dans Jokes de papa joue le rôle d’un homme qui subit un ensemble de gestes que les femmes peuvent vivre au quotidien.

La vidéo Journée relax dans la vie d’un privilégié masculin est rapidement devenue virale. Elle a été vue plus d’un million de fois sur YouTube et Facebook depuis sa mise en ligne le 19 octobre.

Lorsqu’elle a vu ce contenu, l’intervenante sociale de l’organisme Viol-secours, Géraldine Massoungue, a salué le travail de sensibilisation du youtubeur.

«C’est humoristique, mais ça montre bien la réalité dans laquelle certaines femmes vivent au quotidien. On remarque le double standard qui existe quand on parle de l’exigence sur l’habillement ou la moralité», dit-elle. «Le message passe bien de la manière qu’il a fait sa vidéo.»

L’objectif de Kévin était clair : sensibiliser sans faire la leçon aux hommes. Et malgré une approche plus légère, on parvient bien à saisir le message de la vidéo.

«L’humour était la meilleure façon d’aborder ce sujet, il ne fallait surtout pas être moralisateur. Particulièrement quand tu veux atteindre les gars qui peuvent se sentir directement visés par le message. Je voulais faire une vidéo sympathique pour que les hommes réalisent qu’il y a beaucoup de situations qu’on ne vit pas», explique-t-il.

Un point de vue partagé par Mme Massoungue. Elle avance que lorsqu’il est question d’un sujet polarisant comme le harcèlement, une approche moins moralisatrice peut être bénéfique pour faire réfléchir.

Elle a aussi salué le fait de voir un homme se mettre de l’avant pour dénoncer des comportements déplacés. «Le fait que ça soit un homme a un impact supplémentaire, c’est comme quelqu’un qui vient valider une cause. Le fait de voir un homme dans la peau de celui qui se fait harceler, ça frappe. Si à nouveau dans le vidéo on avait montré une fille se faire suivre dans la rue, ça aurait probablement eu moins d’impact, parce que nos yeux sont déjà tellement habitués à ça», ajoute-t-elle.

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Introspection d'un youtubeur

Cette vidéo a permis à Kévin de faire une introspection sur ses comportements passés, lui qui admet avoir été insistant auprès des femmes. Il aurait souhaité voir ce type de vidéo lorsqu’il avait 20 ans pour prendre conscience de la portée de ses gestes.

De plus, il croit que cette manière de sensibiliser la population devrait être davantage utilisée par d’autres mouvements sociaux.

«Cette approche devait être adoptée pour n’importe quelle cause. Dès que tu as un discours absolu, tu viens de me perdre, moi, et plusieurs autres. Peu importe que ta cause soit noble ou pas. En s’attardant seulement aux cas extrêmes, on devient sourd au reste du discours.»

Le youtubeur estime qu’éduquer subtilement les gens peut rétablir les ponts avec les personnes moins réceptives.

Être un homme en 2019

Le mouvement #moiaussi a chamboulé le rapport entre les hommes et les femmes. Mme Massoungue entend régulièrement des hommes affirmer ne plus savoir comment se comporter envers les femmes. La limite morale semble plus floue pour eux. 

«Après le mouvement #moiaussi, on a parlé beaucoup de la redéfinition des rôles des hommes et des femmes. Quelle est la limite entre la séduction et le harcèlement? Pour nous, c’est assez clair, quand on parle de séduction, c’est une situation où deux personnes vivent quelque chose d’agréable, et où les deux personnes sont impliquées et se sentent valorisées», explique-t-elle. 

«Alors que dans le harcèlement, il peut y avoir de la peur, la femme ne se sent pas rehaussée, elle a plutôt le sentiment d’être une proie.»

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MISER SUR L'ÉDUCATION POUR PLUS DE SÉCURITÉ 

Deux ans après le mouvement #moiaussi, il reste encore beaucoup de travail à faire pour enrayer le harcèlement envers les femmes. Mais au-delà des notions d’égalité et de respect, Géraldine Massoungue, de Viol-secours, explique qu’il faut s’attarder à l’aspect de la sécurité.

«Très jeunes, les femmes apprennent à avoir peur. Elles intègrent le risque d’être harcelées et agressées très tôt au début de l’adolescence, et cela peut orienter leur déplacement ou les heures où elles font leurs activités.» Même si des femmes peuvent en venir à banaliser des gestes irrespectueux de certains hommes, elles ne sentent pas plus en sécurité pour autant, selon elle.

Mme Massoungue croit qu’en initiant davantage les enfants à entretenir des rapports égalitaires, basés sur la non-violence et le respect, cela pourra avoir un impact dans un proche avenir sur la problématique du harcèlement.

Elle remarque toutefois que depuis deux ans, il y a une amélioration en général dans la perception des jeunes, lorsqu’on leur demande si un comportement est déplacé ou pas. Thomas Thivierge

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VIOL-SECOURS EN CHIFFRES

Nombre d’ouverture de dossiers

2010-2015 : 176

2018-2019 : 339

Trousses médico-légales effectuées

2010-2015 : 77

2018-2019 : 121

Source: Viol-Secours